Edith Bruck

> Paru le : 08.09.2019
> Mots-clés :

Edith Bruck. 18 romans, 6 recueils de poésie,3 pièces de théâtre et 6 films, plusieurs prix importants. Une partie de son œuvre a été traduite en anglais, allemand, danois, espagnol, hongrois,néerlandais. En français aussi, trois de ses livres : Signora Auschwitz (2015), Qui t’aime ainsi (2017), Lettre à ma mère (2018). Pourtant, elle demeure quasiment inconnue du public francophone. Il faut dire que dès Signora Auschwitz,sa vision s’est révélée dérangeante parce qu’elle témoigne autant de son expérience de déportation que de l’écart se creusant entre une rescapée et le public scolaire lorsqu’une élève l’appelle « Signora Auschwitz », alors qu’elle est en visite dans un lycée. Elle développe une vision critique et autoréfléxive que Primo Levi, son ami depuis longtemps, avait initiée dans les années 1970 exprimant alors une fatigue testimoniale dont son image universaliste et la notoriété qu’il a acquise après sa mort ne gardent pas trace.

Edith Bruck, née Steinschreiber le 3 mai 1932, à Tisza- karád, un village hongrois situé près de la frontière avec l’Ukraine, arrive à Auschwitz mi-avril 1944 lors de la dépor- tation des Juifs hongrois qui se prolonge jusqu’en été dela même année. Puis elle est transférée dans des camps de concentration en Allemagne : Kaufering, Landsberg, Dachau, Christianstadt et, enfin, Bergen Belsen d’où elle est libérée en avril 1945. Sa mère, son père et un de ses frères ne reviennent pas. Après une courte escale en Hongrie, oùle retour à la vie ne lui est pas possible, elle transite en Tchécoslovaquie pour Israël en 1948. Mais elle ne s’intègre pas dans le pays rêvé « de lait et de miel », écrit-elle, et, en 1954, s’installe à Rome, y demeurant encore après avoir partagé sa vie, à partir de 1957, avec Nelo Risi (1920-2015),poète, cinéaste et écrivain.

Son premier roman Chi ti ama così (Qui t’aime ainsi) date de 1959. Depuis elle n’a cessé d’écrire et de créer.Edith Bruck nous offre ici, dans un entretien avec Patri-cia Amardeil, sa traductrice en français, un regard à la fois rétrospectif sur son œuvre, sur l’expérience de la perte des siens lors de la Shoah et, éminemment contemporain, sur une Italie gouvernée par les héritiers à peine masqués du fascisme, qui s’est fermée aux réfugiés et dont une partierêve – à moins qu’il ne s’agisse déjà de la réalité – d’uneEurope revendiquant haut et fort son identité contre ceux qu’elle décrète comme autres, n’ayant plus honte de clamer ses nostalgies.

Une bibliographie complète et des extraits de ses oeuvres seront mis en ligne à partir de fin octobre 2019.