Des commémorations sous influence ? Exposer la Grande Guerre à Bruxelles

> Par Benvindo, Bruno
   CegeSoma,
> Par Vanraepenbusch, Karla
   CegeSoma/UCL
> Paru le : 15.01.2017
> Mots-clés :

En décembre 1918, moins d’un mois après la libération de la ville, s’ouvrait à Bruxelles une exposition au titre explicite : le « salon anti-boche », qui entendait commémorer la guerre en exposant des caricatures patriotiques réalisées sous l’occupation. Un siècle plus tard, la Grande Guerre s’expose à nouveau dans la capitale belge. La germanophobie d’antan a disparu, pour faire place à un nouveau récit centré sur la paix et la réconciliation européenne. Mais ce changement de régime mémoriel ne s’opère pas sans heurts ni contradictions. Seule capitale d’Europe occidentale à vivre la Première Guerre mondiale sous occupation, Bruxelles devient dès la libération de 1918 le coeur d’un ensemble de dispositifs commémoratifs dans lesquels s’enchâssent les dimensions locales, nationales et internationales. Avec plus de six cents monuments, plaques commémoratives et noms de rues commémorant l’occupation 1914-1918, la mémoire du conflit y reste, jusqu’à aujourd’hui, bien visible dans l’espace urbain (Van Ypersele, Debruyne, Kesteloot, 2014). Il est dès lors peu surprenant que Bruxelles ait rejoint en 2014 le vaste mouvement commémoratif qui a vu l’Europe entière se couvrir d’expositions célébrant le centenaire de la Grande Guerre. Deux expositions ont, en particulier, retenu l’attention du public. Sous le titre « 14-18, c’est notre histoire ! », le Musée royal de l’armée et d’histoire militaire a accueilli une ambitieuse exposition présentant la guerre dans son contexte belge mais aussi européen. Quant au Musée de la Ville de Bruxelles, il a abrité « 14-18 Bruxelles à l’heure allemande », une exposition davantage centrée sur l’expérience de la capitale occupée, mise en perspective avec celle des villes allemandes en 1914-1918. À travers l’exemple de ces deux expositions, notre contribution tentera de montrer ce qu’une analyse « au ras du sol » peut amener aux larges débats sur les relations entre commémoration et politique.

En se penchant sur les acteurs et discours des principales expositions bruxelloises ayant vu le jour dans le cadre des commémorations 2014-2018, on verra ce que ces manifestations doivent à l’improvisation et au mélange des cadres interprétatifs. Loin d’être le fruit d’une politique mûrement réfléchie et téléguidée d’en haut, elles révèlent, avant tout, le caractère équivoque des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale.

[L’intégralité de cet article sera en ligne en mai 2017, il est désormais accessible dans la version papier du n° 2 de Mémoires en jeu]