Un nouveau récit national pour la Pologne

> Par Potel, Jean-Yves
   
> Paru le : 28.12.2016
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Cette année, les Varsoviens ont entendu deux discours inhabituels à l’occasion du 73e anniversaire de l’insurrection du Ghetto. Sous un soleil un peu froid et entourées de barrières de sécurité, entre le vieux monument de Natan Rapaport et le tout frais musée Polin, quelques milliers de personnes s’étaient rassemblées comme d’habitude, le 19 avril 2016. Le président de la République, Andrzej Duda, est apparu dans un manteau sombre, sur fond de torches enflammées et de soldats au garde à vous, et il a récité, sans note, concentré et grandiloquent, un message qu’il voulait amical. « Un jour de mémoire », « un geste de solidarité », a-t-il répété. Assimilant les insurgés de 1943 aux héros des insurrections polonaises du XIXe siècle, citant Mickiewicz, Słowacki et Sienkiewicz, il a inventé des combattants juifs inspirés par la tradition de « ceux qui luttaient pour recouvrer ou défendre la polonité. » Cette tradition a-t-il affirmé, les a « certainement poussés à prendre les armes et à engager le combat », plutôt qu’à « s’évader » (sic !)… Il a conclu sur l’unité de la nation et le symbole du musée Polin qui présente selon lui, une histoire « partagée » – mille ans de vie commune entre Juifs et Polonais –, une histoire qui a été et « sera toujours une histoire d’amis. C’est aussi l’histoire de respects mutuels, d’une bienveillance et d’une mémoire vivante. » La mémoire de « ceux qui ont combattu pour notre liberté et n’ont pas eu peur de mourir pour elle. » Malgré la gravité du ton, cette « polonisation » n’a guère convaincu l’assistance.

Puis s’est avancée la maire de Varsovie, Hanna Gronkiewicz-Waltz, vêtue d’un petit manteau blanc. Devant le micro, elle a lu sa déclaration, d’un ton ferme et sans effets. Elle a salué l’honneur des combattants juifs de 1943, et défini le « testament » qu’ils nous ont transmis : « Le refus de toutes formes de discrimination fondées sur l’origine nationale ». Elle a cité plusieurs incidents antisémites récents en Pologne – notamment une parade néonazie dans une église et, à Wrocław, l’effigie d’un Juif brûlée lors d’une manifestation d’extrême droite – incidents qui n’ont donné lieu à aucune réaction du gouvernement. Elle s’en est indignée. « Il est difficile de croire que dans un pays qui a connu cette Histoire, il puisse y avoir un accord tacite pour de tels comportements. Toute la classe politique devrait exprimer son désaccord, et non se taire ». Parce que, a-t-elle insisté, « l’antisémitisme ne s’en prend pas seulement aux Juifs, il s’attaque aux valeurs de base de toute société démocratique et pluraliste.» C’était une apostrophe claire et directe au nouveau gouvernement polonais dirigé par le parti de Jaroslaw Kaczyński, Droit et Justice (PiS). Tout le monde l’a compris.

OUVERTURE ET PRAGMATISME

Pour la première fois depuis longtemps, deux voix divergentes dissonaient lors d’une même cérémonie, deux voix de deux personnalités de premier plan, le président de la République et la maire de la capitale. Ce qui est grave. On peut, sans risquer la caricature, faire de cet événement le symbole des transformations idéologiques en cours en Pologne.

Certes, la mémoire de la Shoah y a toujours été l’objet de vives polémiques. Si l’ampleur et les formes du crime sont peu contestées, l’attitude des « voisins » ou « badauds » polonais, s’est trouvée au cœur de l’attention depuis une trentaine d’années. Elle est analysée par une nouvelle génération d’historiens et fait l’objet de demande de reconnaissance et de réparations par les victimes[1]. Elle a secoué le pays à plusieurs reprises, soulevé des problèmes de conscience, au point que les autorités polonaises ont dû prendre position et demander pardon. Ce fut le cas, entre autres, pour les pogroms de Jedwabne (1941) et de Kielce (1946). Et, depuis le discours de juillet 2001 du président de la République à Jedwabne, la parole officielle reconnaît une part de responsabilité, de complicité, des Polonais face à l’extermination des Juifs par les nazis. Elle prend en compte ces relations difficiles, et œuvre, par l’éducation et la commémoration, à la transmission d’une vision lucide du passé.

Or, en « polonisant » les héros juifs, en « oubliant » de condamner le regain d’antisémitisme et en traitant de « diviseurs[2] » ceux qui, comme la maire de Varsovie, le font, la nouvelle équipe au pouvoir revient au récit national de la Pologne populaire, et brise le relatif consensus historique acquis depuis quinze ans. C’est un retour en arrière qui ne concerne pas seulement ce sujet. Il participe en fait, sous le vocable de « politique historique », d’une offensive politique du PiS qui, pour asseoir son pouvoir, manipule et instrumentalise les mémoires collectives.

Depuis 1989, avec l’ouverture démocratique, de nombreuses mémoires confinées aux familles ou associations, ont pu enfin s’exprimer publiquement, être reconnues. Des commémorations, des monuments et plaques, des festivals ont proliféré. Le passé est devenu à la mode. On a redécouvert le passé de sa ville, de son quartier, on a écouté les anciens raconter leur histoire à leurs petits enfants. Une Pologne bigarrée, diverse, « pluriculturelle », est remontée à la surface avec, bien sûr, un chapelet de contestations et de conflits. En remuant ouvertement leur passé, les Polonais partaient à la quête de leurs identités, non sans surprises… Ce fut un réel mouvement « d’en bas » qui, d’ailleurs, est loin d’être terminé. Voyez comment la ville de Wrocław, élue capitale culturelle de l’Europe en 2016, valorise son passé allemand ou tchèque au côté des traditions polonaises[3]. Ou bien à Gdynia, ce beau musée de l’émigration qui raconte deux cent ans de départs des Polonais à travers le monde, en vantant « l’expérience universelle » qui a enrichi la culture du pays. Des promenades dans le passé des villes[4] aux héros de la Seconde Guerre mondiale, en passant par les généalogies familiales ou le patrimoine abandonné (notamment les synagogues), les Polonais ont, comme un peu partout en Europe, été gagnés par un véritable engouement mémoriel.

Longtemps, les autorités publiques y ont répondu avec pragmatisme. En septembre 1989, le premier ministre Tadeusz Mazowiecki, soucieux de réconciliation nationale, a préféré « tirer un trait (gruba kreska), sur le passé » se limitant à une « dé-communisation » de la haute administration ou, après « vérification » des activités passées, de certains services comme la police. Les autorités nationales et locales se sont attachées à « décommuniser » les principaux symboles (nom de lieux, monuments, fêtes nationales, etc.) et à favoriser de nouvelles expressions. Non sans tomber, parfois, dans l’excès inverse. Mais très vite elles ont été entraînées dans des batailles terribles. Le principe de la liberté d’expression ne suffisait plus lorsque la haine et la vengeance prenaient le dessus. La mémoire est devenue un objet politique central, et pas simplement parce que des groupuscules néo-nazis prétendaient célébrer leurs héros, ou que telle ou telle revendication pouvait blesser d’autres groupes, en Pologne ou à l’étranger. Une politique mémorielle s’est mise en place. Un institut de la mémoire nationale (IPN) a été fondé en 1998, avec la triple fonction de gérer les archives du communisme avec l’appui d’historiens spécialisés, de promouvoir une politique éducative et de poursuivre sur le terrain pénal d’éventuels coupables. L’État et les collectivités locales ont investi, avec tolérance et ouverture, dans la sauvegarde du patrimoine, les commémorations, les politiques éducatives. Tous les présidents de la République et les premiers ministres ont engagé la parole publique sur la mémoire d’événements controversés en Pologne (l’insurrection de Varsovie en 1944, les relations judéo-polonaises, Solidarność, la table ronde de 1989, etc.) ou conflictuelles avec des partenaires étrangers (l’exécution d’officiers polonais à Katyn en 1940, les massacres de Volhynie en 1943, la signification d’Auschwitz, etc.). Ils ont reconnu les torts des Polonais quand c’était nécessaire, cherché la réconciliation, garanti l’indépendance du travail des historiens. Une politique mémorielle démocratique, ouverte et tolérante.

L’OFFENSIVE MÉMORIELLE DU PiS

Très tôt, la droite conservatrice s’y est opposée. Dénonçant les « trahisons », elle a voulu imposer sa propre narration de l’histoire polonaise. Au nom du respect de sa vérité, elle s’est emparée de la « dé-communisation » contre ses adversaires politiques. Brièvement au pouvoir en 1992, elle a réécrit l’épopée de l’opposition démocratique au régime communiste sur un scénario complotiste et lancé des attaques calomnieuses contre ses grandes figures, telles Jacek Kuron, Adam Michnik ou Lech Wałesa. Son ministre de l’intérieur, Antoni Macierewicz, pourtant ancien dissident, est apparu mû par une haine inextinguible. Il a relancé la même campagne en 2005-2007 avec les frères Kaczyński. Nouvel échec. Et le voici, en 2016, ministre de la Défense…

L’offensive mémorielle s’est également agrippée à des événements symboles de la Seconde Guerre mondiale si tragique et meurtrière en Pologne. Le premier à réussir ce genre de mobilisation fut Lech Kaczyński, le futur Président, alors maire de Varsovie, pour le soixantième anniversaire de l’insurrection de Varsovie, l’été 2004. Il sut bénéficier de l’ambiguïté de la situation, avec d’un côté une réelle mémoire populaire d’un événement douloureux, déconsidéré par le régime communiste, et de l’autre une thématique patriotique facilement exploitable. Ce fut un grand succès. Outre l’inauguration d’un musée, il put toucher la jeune génération en manque de valeurs héroïques, quelques mois avant l’élection présidentielle. Et la politique historique est devenue une de ses manières de gouverner.

Face à cette offensive, et pendant leurs huit dernières années de gouvernement, les libéraux de la Plateforme civique (PO) au pouvoir, ont plutôt recherché le consensus. Ils n’attaquaient pas frontalement cette « mémoire » du PiS jugée dérisoire, laissant à la société civile le soin du terrain. Par exemple, lors des manifestations commémoratives du 11 novembre, jour de l’indépendance en 1918, l’extrême droite et les nationalistes ont pris l’habitude de rassembler des foules autour de leurs slogans et martyrs. Le Président de l’époque, Bronislaw Komorowski, leur opposa une marche intitulée « ensemble vers la Pologne indépendante », mais sans interdire les manifestations fascistes et antisémites. Reprenant à son compte certains de leurs héros (Roman Dmowski, par exemple), il prononça même un discours trop conciliant qui appelait à « s’élever au-dessus de ses ambitions, au-dessus des intérêts partisans, au dessus des clivages historiques[5]. »

Si cette politique tolérante a permis des discussions plus sereines sur des sujets toujours très « émotionnels », avec de réelles avancées dans plusieurs domaines, comme les relations polono-juives ou polono-ukrainiennes, si elle a encouragé la floraison de musées historiques remarquables[6], et surtout l’épanouissement d’une riche historiographie, elle a aussi ses limites. Sa portée est faible ; ses acquis sont fragiles.

En face, la politique historique du PiS s’est affinée. Elle promut au contraire des stéréotypes et un « sens commun » hérités de cinquante ans de régime communiste. Il est plus facile de claironner le courage des Polonais qui ont combattu l’occupant ou sauvé des Juifs, que de reconnaître les fautes, les lâchetés ou les dénonciations. Dès son élection, le nouveau président Andrzej Duda a placé le retour de la mythologie d’une Pologne innocente et martyre, au centre du « bon changement ». Il a dit vouloir réunir la nation autour de valeurs communes comme l’indépendance ou le christianisme, pour lui rendre sa fierté, son assurance et son rayonnement international. La mémoire collective enseignée par l’État doit être réconfortante. Il a confié à Andrzej Nowak, un historien conservateur de l’Université Jagellon à Cracovie, l’orchestration de la symphonie. Lors d’une réunion, en novembre 2015[7], ce dernier en a défini les motifs. D’abord rectifier les « visions historiques fausses et réductrices » trop répandues. Il visait explicitement tout ce qui associe la Pologne à la Shoah, mettant dans le même sac l’appellation « camp de concentration polonais » effectivement erronée, et les travaux historiques comme ceux de Jan T. Gross sur la participation de voisins polonais aux meurtres de Juifs. Lors de cette réunion, certains ont même appelé à une chasse aux sorcières, demandant une pénalisation de ces « erreurs ». Depuis, une loi est à l’étude…

UNE PÉDAGOGIE DE LA DIVISION

Pour Nowak, l’État doit promouvoir sa vision de l’histoire en mobilisant la « culture populaire » (principalement la musique et le cinéma) et en déployant de grands efforts éducatifs. Il doit favoriser la diffusion à l’étranger d’un discours alternatif à celui, dominant en Europe, qui sous-estimerait la Pologne. Il veut en finir avec ce qu’un participant, célèbre pour ses formules provocatrices, a nommé la « pédagogie de la honte », c’est-à-dire le regard critique sur les parts sombres de l’histoire nationale.

Les historiens ou directeurs de musées, et en général les universitaires, reçoivent mal ces intentions qui apparaissent manipulatrices. Pour beaucoup, la politique historique est un non sens. Ce qui ne semble pas gêner le pouvoir. L’échange contradictoire n’a pas vraiment lieu. Les protestations, tribunes ou colloques se multiplient, mais les clivages politiques rendent les échanges de moins en moins faciles. On assiste au contraire à des règlements de compte. Les attaques personnelles, comme l’intention rendue publique du Président Duda de retirer une décoration à Jan Gross, ou les abandons de projets sans explication cohérente, comme celui d’un musée de la Seconde Guerre mondiale prévu à Gdansk et déjà construit[8], sont autant de réponses concrètes du pouvoir, aux interrogations des historiens. Une discussion à coups de triques. La reprise en main de l’Institut de la mémoire nationale (IPN) lui offre des moyens considérables. On a pu le constater avec la réouverture du dossier Wałesa qui vise à disqualifier le héros de la grève de Gdansk[9]. D’autres dossiers sont sortis dans le même but. C’est un dispositif stratégique pour le PiS qui d’ailleurs, a fait du ministre de la culture un vice-premier ministre.

Dès lors, le discours du Président Andrzej Duda, ce mois d’avril, devant le monument aux héros du ghetto, prend une dimension inquiétante. Les auditeurs se sont remis en mémoire le fait que, pendant la campagne électorale, ce même président avait attaqué son prédécesseur pour sa position sur le pogrom de Jedwabne, en lui demandant pourquoi il soutenait les « accusations mensongères » selon lesquelles le peuple polonais serait « responsable de l’Holocauste[10]. » Ce discours illustre une attitude idéologique face à la mémoire d’un événement capital dans l’histoire de la Pologne et de l’Europe au XXe siècle. Il suggère une volonté du pouvoir en place d’imposer un nouveau récit national, de manipuler l’histoire. Duda multiplie les discours « amicaux » sur la « thématique juive » avec les limites que l’on a vues, tout en ne condamnant pas des actes antisémites graves. Ce qui les encourage et accroît les tensions.

Le PiS progresse par petites touches. Le ministre de l’Éducation nationale et le nouveau patron de l’IPN ont remis en cause, début juillet, les responsabilités polonaises dans les massacres de Jedwabne et Kielce. C’est cela, sortir de la « pédagogie de la honte » ! En fait, et c’est sans doute là l’essentiel, la politique historique du PiS n’est pas une politique mémorielle démocratique, c’est une machine de propagande démagogique qui voit des complots partout, et transmet l’image d’une patrie en danger. Une manière très « poutinienne » d’aborder le passé… « La Pologne et les Polonais, a dit Jaroslaw Kaczyński lors de la campagne électorale, sont attaqués, sont offensés, parfois de manière extraordinaire, à l’extérieur comme à l’intérieur, et cela doit cesser. Nous devons y résister résolument. Nous avons besoin d’une politique culturelle et éducative claire et d’une politique historique. Nous avons besoin de nous engager dans ce type d’effort qui peut être efficace à l’échelle globale car l’attaque est globale. » En jouant sur les peurs et les vieux complexes polonais, le PiS espère resserrer les rangs autour de son pouvoir. En réalité, au lieu de rassembler, il divise les Polonais, accroît les tensions et, partant, les guerres de mémoires.

Notes

[1] Réparations morales et matérielles allant, pour le cas des Juifs, de la restitution des biens communautaires à l’entretien du patrimoine, en passant par la restitution de certains biens privés ou de la citoyenneté polonaise aux expulsés de 1968.

[2] Voir le reportage de TVP sur ce discours http://wiadomosci.tvp.pl/24974850/po-uroczystosciach-w-warszawie

[3] Cf. la double page de Claire Guillot in Le Monde, 4 juin 2016 : « Wroclaw, à l’Ouest toute ».

[4] Cf. la collection de « spacerownik » (guide pour des promenades) publié par Gazeta Wyborcza dans la plupart des villes.

[5] Discours place Pilsudski, le 11 novembre 2013, d’après le texte publié sur le site de la Présidence.

[6] Cf. Jean-Yves Potel, « Pologne. Une nouvelle génération de musées », P@ges Europe, 3 décembre 2013 – La Documentation française.

[7] Le compte rendu est accessible sur le site de la Présidence http://www.prezydent.pl/kancelaria/dzialalnosc-kancelarii/art,18,zapis-spotkania-dotstrategii-

polskiej-polityki-historycznej.html

[8] Cofinancé par la ville de Gdansk et les fonds européens, la suspension de ce projet a entraîné de vives réactions locales et internationales. Voir l’actualité de son devenir sur le site du musée : http://www.muzeum1939.pl/en/aktualnosci/act/

news-info/type/month/y/2016/m/05#article-0c5775b2a79d93784e7a27d68acf74f1

[9] Cf. mon entretien avec Karol Modzelewski, sur Mediapart, le 16 mars 2016.

[10] Débat télévisé sur TVP le 17 mai 2015.


COMMUNIQUÉ DU 22 JUILLET 2016

L’histoire de la Shoah est une des questions les plus importantes et, en m.me temps, les plus controvers.es dans le d.bat public en Pologne. C’est un sujet sur lequel chaque mot doit être employé avec une extrême responsabilité. Aussi sommes nous profondément troublés par le nombre croissant de déclarations venant de politiciens polonais et d’autres personnes ayant une influence directe sur la formation de mémoire historique polonaise. La semaine derni.re, Mme Anna Zalewska, la ministre de l’éducation nationale, une personne dont l’influence sur l’instruction de la jeunesse polonaise ne peut être sous-estimée, a déclaré ne pas pouvoir dire qui .tait les criminels du pogrom de Kielce en 1946, ou dans la tuerie tristement célèbre de Jedwabne, en 1941. Ces déclarations sont choquantes, comme est choquante l’absence de réaction du gouvernement polonais. En effet, l’ignorance ou la mauvaise volonté manifestée par la ministre Zalewska n’est pas un événement isolé. Jaroslaw Szarek, récemment nommé au poste de directeur de l’Institut de la mémoire nationale (IPN), a immédiatement désigné les Allemands lorsqu’il a été interrogé sur l’identité des assassins de Jedwabne, invalidant par la m.me occasion, les conclusions précédentes de l’IPN, une institution avec laquelle il collabore depuis le début. Ces déclarations font honte au ministre Zalewska et au Dr Szarek et, plus important encore, elles font partie intégrante de la politique historique polonaise qui défie ouvertement les faits historiques. Il semble que ces déclarations de responsables polonais doivent être rapproch.es de celles d’Andrzej Duda, Président de la Pologne, qui, au cours de la dernière campagne présidentielle, a utilisé le massacre de Jedwabne, pour discréditer son adversaire, le président sortant. Nous sommes profondément choqués et attristés par les tentatives d’utiliser la tragédie de la Shoah et d’en abuser afin de marquer des points politiques dans les débats actuels. Ces actions auront des conséquences incalculables pour la société et conduiront à l’humiliation de la Pologne sur la scène internationale.

Les membres du Centre de recherches sur la destruction des Juifs (IFiS-PAN) : Barbara Engelking, Jan Grabowski, Agnieszka Haska, Marta Janczewska, Jacek Leociak, Dariusz Libionka, Jakub Petelewicz, Alina Skibińska