L’instrumentalisation de la « mémoire historique » à Madrid

> Par Gonález Calleja, Eduardo
   Université Carlos III, Madrid
> Paru le : 13.10.2020

Ces deux dernières semaines, près de 300 professeurs et chercheurs en histoire, appartenant à des universités espagnoles et étrangères ont souscrit à une pétition contre l’initiative présentée, le 21 septembre dernier, à la municipalité de Madrid par le groupe municipal Vox, pour que soient retirées les plaques de rues et les statues des dirigeants socialistes Largo Caballero et Indalecio Prieto Tuero, alléguant de présumés « crimes et pillages ». Le 15 septembre, l’initiative fut partiellement amendée par les groupes municipaux du Parti populaire et de citoyens (Ciudadanos), afin de la fonder sur l’article 15.1 de la loi 52/2007, du 26 décembre, dite loi de « la mémoire historique », qui ordonne aux administrations publiques de retirer les écussons, les insignes, les plaques et autres objets ou mentions commémoratives d’exaltation, personnelle ou collective, du soulèvement militaire, de la guerre civile et de la répression franquiste.

Les signataires ont souscrit à un document qui dénonce en treize points les affirmations de Vox, appuyé par les autres groupes de la droite municipale madrilène. La défense est soigneusement fondée sur des recherches reconnues et validées par la communauté scientifique. En plus de souligner que les accusations de Vox se réfèrent, pour une bonne part, à des périodes antérieures à celles mentionnées par la loi de « la mémoire historique », la pétition met en évidence l’incohérence qui consiste à condamner à une damnatio memoriae des personnalités politiques qui, précisément, se distinguèrent par leur opposition au soulèvement militaire, pour la défense de la légalité républicaine et des victimes de la dictature, poursuivies ou forcées à l’exil.

La coalition municipale actuelle de droite prétend mener ce changement de nomenclature des rues sans convoquer aucune commission d’experts, comme le fit la mairesse antérieure, Manuela Carmena, quand on procéda à l’élimination des noms des figures principales de la dictature franquiste concernées par la loi de « la mémoire historique » toujours en vigueur, loi que le gouvernement de coalition actuelle PSOE-Unidas-Podemos souhaite élargir par une nouvelle proposition législative plus ambitieuse.

Eduardo González Calleja (edgcalle@hum.uc3m.es)

Traduit de l’espagnol par Stéphane Michonneau