Haïm Kern. Mémoires entre les mailles


> Paru le : 13.01.2017

Entretien avec Haïm Kern mené par Luba Jurgenson à Paris en août 2016.

Nous avons rencontré Haim Kern dans son atelier, où se trouvait alors une partie de sa sculpture destinée à remplacer le monument Ils n’ont pas choisi leur sépulture, érigé sur le plateau de Californie à Craonne, en 1998 et commémorant la bataille du Chemin des Dames. C’est en effet autour de cette œuvre, emblématique par sa visée artistique comme par son destin insolite, que s’est articulée la réflexion de l’artiste sur son action au sein de la cité et sa rencontre avec un site de la Grande Guerre. Cependant, l’œuvre de Haim Kern a toujours été subtilement habitée par la mémoire des violences du XXe siècle tout comme par des interrogations sur les manières de la traduire dans des langages artistiques – à travers d’abord la peinture ou la gravure, puis, la sculpture, le collage, la vidéo. Ist das eine Welt, un film de trois minutes créé par Haim Kern en 2007, consacré aux massacres de Juifs à l’Est, est intégré à cet entretien. Poursuivant une esthétique qui passe par le détournement de la « langue du bourreau », il y utilise la forme « Stückchen » – diminutif affectueux de Stücke, pièce, morceau, mot utilisé par les nazis pour désigner les cadavres de Juifs – pour exprimer de la tendresse à ces morts.

Dans la version initiale, ce film se termine par le texte suivant :

Au moins 1 500 000 hommes, femmes, vieillards et enfants juifs furent assassinés par balles de 1941 à 1944 en Ukraine dans les régions administratives de Dniepropetrovsk, de Donetsk, d’Ivano-Frankivsk, de Jitomir, de Kharkov, de Kherson, de Khmelnitski, de Kiev, de Kirovograd, de Lougansk, de Lvov, de Nikolaïev, d’Odessa, de Poltava, de la république autonome de Crimée, de Rovno, de Soumy, de Ternopol, de Tcherkassy, de Tchernigov, de Tchernovtsy, de la Transcarpathie, de Vinnitsa, de Volhynie, de Zaporojie.

Né à Leipzig en 1930, Haim Kern vit et travaille à Paris.