Entretien avec Tristan Rouquet à propos des Écrivains collaborateurs

Paru le : 17.08.2026

Entretien réalisé par Véronique Donnat avec Tristan Rouquet au sujet de son dernier livre, Les écrivains collaborateurs. Engagement, stigmate et postérité, paru aux éditions du CNRS.

Retrouvez la recension de l’ouvrage dans l’édition papier du n° 23 de Mémoires en jeu

Mémoires en Jeu : Des écrivains collaborateurs, notre mémoire commune ne retient que quelques noms, le plus célèbre étant Céline. On les pensait tombés dans l’oubli, invisibilisés. Gisèle Sapiro en étudie une cinquantaine. Mais avec vous, ils sont nombreux, très exactement 227. Autant de fantômes de papier, comme vous les qualifiez en introduction de votre ouvrage (Rouquet, 2025), à s’être engagés dans la collaboration avec l’Occupant et avoir considérés comme collaborateurs lors de l’épuration.
Une première question : qu’est-ce qui a motivé l’objet de votre recherche et la plongée dans cette prosopographie monstre ?

Tristan Rouquet :  Je retiendrai trois éléments. Le premier est que, sans être un spécialiste ni avoir fait des études de lettres, je reste un amateur de littérature, plutôt libéral, et au moment où je commence la thèse, j’avais déjà lu Céline, Morand, Giono… pas beaucoup plus. Par ailleurs, j’avais déjà travaillé sur le monde des lettres en consacrant mon mémoire de master 2 aux prises de position d’Albert Camus vis à vis de l’Algérie (Rouquet, 2014). Il y va, chez moi, de l’attrait pour la littérature, étudiée à l’aune des sciences sociales.
Deuxième élément, concernant l’aspect historique, il y a toujours, comme le dirait Marc Bloch, une solidarité entre le passé et le présent. Et lorsque j’ouvre ce travail de recherche au milieu des années 2010, je fais le constat d’une actualité éditoriale : publication de la Correspondance de Jacques Chardonne et de Paul Morand chez Gallimard, entrée de Pierre Drieu La Rochelle dans la Pléiade et reparution des Décombres de Lucien Rebatet chez Robert Laffont. Je n’étais pas très satisfait des explications immédiates, volonté de faire de l’argent, montée de l’extrême droite, ce qui n’était pas faux, mais je sentais – et ce qui relevait de l’intuition s’est confirmé – qu’il y avait une sorte de « creux » : on étudiait jusqu’à l’épuration – mentionnons les excellents travaux de Gisèle Sapiro (Sapiro 1999, 2018) et d’Anne Simonin (Simonin) par exemple – puis il y avait ce resurgissement. Et, entre les deux, pas grand-chose, sinon quelques articles épars. Je voulais donc relier ce fil, entre le présent éditorial et l’immédiat après-guerre. Et j’ai très rapidement réalisé qu’il me fallait remonter jusqu’à l’avant-guerre pour bien comprendre tout cela.
Le troisième point me semble tout aussi important : mine de rien, il y a des enjeux matériels à la recherche, à savoir être financé. N’ayant pas obtenu le contrat doctoral de ma formation en sciences politiques, j’ai présenté ma candidature auprès du laboratoire d’excellence (Labex) « Les passés dans le présent ». Je n’avais alors pas exclu de travailler sur les intellectuels et la guerre d’Algérie. Mais compte tenu de la publication du livre remarquable de Nicolas Hubert, qui en disait déjà beaucoup, j’ai donc fait un pas de côté (Hubert). On peut résumer ainsi les trois motivations principales qui ont présidé à ma recherche : la première d’un amateur littéraire, la seconde de relier le passé et le présent, et enfin une motivation très concrète avec cette candidature au Labex.

MeJ : Auteurs, gens de lettres, intellectuels… Si j’ai bien compris, pour être retenu dans votre corpus en tant qu’écrivain collabo, il fallait avoir publié au moins un ouvrage référencé BNF, quel qu’il soit, jusqu’aux courtes histoires, en vogue chez les auteurs de romans populaires. Vous disposiez de 214 auteurs, vous y ajoutez 13 journalistes. Comment avez-vous circonscrit cette cohorte, et êtes-vous arrivé à ce nombre de 227 que d’aucuns disaient encore, il y a peu, que les dénombrer était chose impossible (Cariguel) ?

T. R. : Il y a effectivement l’enjeu de la publication, mais pour être honnête, je suis très peu intervenu. Autrement dit : je ne sais pas ce qu’est un écrivain, non plus un collaborateur. Ou, je sais trop bien ce qu’est un écrivain, ce qu’est un collaborateur. Et donc je m’en méfie. Un autre chercheur, très légitimement, pourrait m’opposer, un écrivain, un collaborateur, c’est ceci cela. On ne peut donc pas stabiliser de définition. Et ainsi, à chaque nouvelle recherche, on obtiendrait un nouveau groupe. Aussi je ne suis pas parti d’une définition a posteriori, essentialiste. J’ai privilégié les individus qui ont été désignés par leurs pairs, par des écrivains résistants, au moment de la Libération et de l’épuration. Les deux sources principales sont donc, d’une part, les listes mises en place par le Comité national des écrivains (CNE), publiées par Les Lettres françaises[1] à l’automne 1944, recensant 175 auteurs. Et, d’autre part, pour disposer d’un autre regard, j’ai travaillé sur les archives du Comité national d’épuration des gens de lettres, auteurs et compositeurs[2]. Sur les 179 individus considérés par le Comité national d’épuration, j’ai principalement retenu ceux qui avaient une publication enregistrée au dépôt légal de la Bibliothèque nationale de France, soit 93 auteurs. En cumulant les deux sources, les listes noires produites par le CNE et les personnes a minima accusées, avec un dossier ouvert auprès du Comité national d’épuration, on arrive à cette population globale de 227 auteurs dont 214 ont publié (et certains ont publié leur premier livre après guerre), et un reliquat de 13 auteurs concernés, mais sans publication, et donc principalement des journalistes.

MeJ : De fait, il y a une telle porosité entre le secteur de la presse et de l’édition…

T. R. : C’est pour cette raison qu’en plus du terme écrivain, je parle aussi d’intellectuels et de gens de lettres, car nombreux sont ceux que l’on considère comme écrivains, et qui sont en fait rémunérés par la presse. Aussi, lorsqu’Olivier Cariguel énonce un impossible décompte, il n’a pas tort. Si j’avais utilisé une autre méthode, que j’avais eu la vie devant moi, et que j’avais pu consulter toutes les archives départementales pour recenser tous les journalistes et tous les écrivains de chaque département qui ont eu un dossier ouvert à la Libération, cela aurait donné une population bien plus étendue, et probablement beaucoup plus fournie en nombre de journalistes. Toutefois, je me suis rendu compte qu’en travaillant sur une population quatre fois plus importante que celle étudiée par Gisèle Sapiro, j’aboutissais aux mêmes propositions en termes d’épuration ou d’origine sociale. Partant, j’ai du mal à croire qu’élargir encore la cohorte apporterait des différences statistiques significatives.

MeJ : À compulser la presse collaborationniste, on peut par ailleurs constater que nombre de papiers ne sont pas signés… Je pense notamment aux articles à la Une du quotidien Le Matin des 15, 16 et 18 mai 1941 relatant la « Rafle du Billet vert ». Aucune signature… et les photographies sont créditées « Le Matin », sans mention du photographe[3].

T. R. : La pratique de l’anonymat vaut avant, pendant et après-guerre. Mais ce sera en effet un enjeu lors de l’épuration. Les rédacteurs en chef vont devoir endosser la responsabilité des écrits anonymes de leurs journaux.

MeJ : Loin de l’image de ratés venus lécher les bottes de l’Occupant, vous pointez l’hétérogénéité de cette population : un vrai kaléidoscope à tous points de vue : âge, origine, statut social, capital culturel, intégration au marché des biens symboliques. Qu’ont-ils en commun et en quoi se distinguent-ils ?

T. R. : À bien des égards, ils répondent au portrait-type de l’homme de lettres, quel qu’il soit, résistant ou collaborateur. Les collaborateurs ont 49 ans de moyenne d’âge en 1940, ils sont donc plus vieux que les écrivains résistants, le vieillissement contribuant à un positionnement réactionnaire, conservateur. Ils viennent de la bourgeoisie. Plus des deux tiers ont eu le baccalauréat (contre 2 % pour une même classe d’âge sur cette période) et ils sont plus de la moitié à être diplômés du supérieur, ce qui est extrêmement rare. Là où ils se distinguent, c’est dans leurs dernières prises de position que j’ai pu identifier à la veille de la guerre : ils sont à l’extrême droite, pour la moitié d’entre eux. Il y a donc du « déjà là ». Environ 10 % sont issus de la gauche, souvent en rupture de ban avec leurs organisations. Il s’agit d’une gauche anticommuniste, munichoise, antisémite pour certains, en somme une gauche particulière. Quant aux anciens communistes, ils ne sont pas si nombreux qu’on le dit, et s’ils ont rompu avec le PC, c’est moins de leur plein gré que du fait de leur exclusion. Il en est ainsi du journaliste Camille Fégy[4], qui rejoint le Parti Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot.
Les collabos se distinguent donc des écrivains résistants par leur âge plus avancé, et parce que, pour moitié, ils se sont engagés à l’extrême droite à la veille de l’Occupation. Moins militants que sympathisants, ils n’ont pas forcément leur carte dans un parti – ce n’est pas le mode privilégié d’engagement des intellectuels qui souhaitent, en général, garder un semblant de liberté.
La particularité du groupe en tant que tel, c’est que, pour un tiers, ce sont des personnes bien intégrées, voire très intégrées : ils siègent à l’Académie française, à l’Académie Goncourt, ils sont lauréats de prix, édités dans de grandes maisons, etc. Mentionnons Paul Morand, Louis-Ferdinand Céline, Jacques Chardonne, Charles Maurras, Jean Cocteau, Georges Simenon, Jean Giono, Pierre Benoit… ou encore, moins connu et issu du roman populaire, l’auteur à succès Jean d’Agraives[5]. À leurs côtés, gravite une foule d’inconnus qui publient dans de petites maisons d’édition, très ponctuellement, un titre en 1920, et puis, ô miracle de l’Occupation, ils publient de nouveau entre 1940 et 1944. En conclusion, il n’y a donc pas que des ratés… mais aussi de grands noms.

MeJ :  L’antisémitisme est-il un point commun à tous ces auteurs ?

T. R. : Pas forcément, même s’il est très répandu. Il y a d’autres éléments à prendre en considération, ainsi l’anglophobie. Je pense à Pierre Béarn[6], mais aussi à Alain Jeff et Magog (Jeff ; Magog), deux auteurs de romans populaires, qui reconnaissent, durant l’instruction de leur dossier, qu’on leur avait conseillé de faire d’un Anglais un « méchant » pour obtenir du papier de la part des Allemands. Si l’antisémitisme est prégnant, l’anticommunisme l’est aussi, virulent, avec la peur, même sincère, des Rouges. Et puis, par-dessus tout, on observe une haine de la IIIe République et de la démocratie libérale, une adhésion au modèle du fascisme mussolinien, au coup d’État des militaires factieux en Espagne, au culte du chef… Au niveau idéel, on retrouve tous ces éléments.

MeJ : Autre observation. Seules 7 femmes font partie du listage… Les écrivaines, et il y en a sur cette période qui publient, auraient-elles été moins engagées, sinon épargnées par leurs pairs à la Libération ?

T. R. : Je ne peux pas répondre à cette question, faute d’archives. J’ai certes pu saisir, dans des correspondances ou des journaux intimes, certains moments d’arbitrage relatifs aux liste noires, mais je ne dispose pas des comptes-rendus de réunions, au niveau du Comité national des écrivains. Pour répondre à cette question, il faudrait avoir ces archives qui malheureusement, à ma connaissance, n’existent pas. J’ai procédé cependant à des déductions, constatant un effet trompe l’œil. Oui, les femmes de lettres sont bien présentes au début du XXe, pour 20 % selon Rotraud von Kulessa. Elles sont également bien présentes en politique, y compris à l’extrême droite, avec la défense des valeurs Travail-Famille-Patrie, et une forme d’intériorisation de la domination masculine. J’ai eu l’impression qu’on leur avait refusé le déshonneur des lettres par les lettres.  On leur reproche des dénonciations, des passe-droits… Alors qu’elles publient des ouvrages de propagande, et qu’elles écrivent pour la presse de propagande, c’est comme si on leur avait refusé d’avoir trahi par les lettres. À l’instar de Titaÿna, dont le dossier au niveau du Comité national d’épuration des gens de lettres est très peu étoffé, et qui est par ailleurs sanctionnée par la cour de justice pour son activité intellectuelle de collaboration (Rouquet, 2025, p. 37).

MeJ : À partir de son corpus sur les intellectuels, Gisèle Sapiro avait appliqué aux collaborateurs une catégorisation en quatre groupes, les notables, les esthètes, les polémistes et les avant-gardes (Sapiro, 2018, p. 87-88 et p. 106-153). Vous, vous ouvrez la focale, et proposez une autre catégorisation, en regardant de très près la postérité éditoriale de chacun, avec un travail titanesque dans les archives. Vous obtenez ainsi 4 listes : les exclus, les déclassés, les survivants et les maintenus. Comment avez-vous procédé pour les établir ? Et au fil du temps, ces auteurs ne peuvent-ils pas passer d’une catégorie à une autre ?

T. R. : Étudier systématiquement la survie éditoriale de ces auteurs ne pouvait se faire qu’à partir d’une seule source : le dépôt légal enregistré à la Bibliothèque nationale de France. Cela m’a permis, avec l’aide de Raphaëlle Lapôtre, alors responsable du projet data.bnf.fr et de son équipe, de sortir un catalogue pour les 214 auteurs enquêtés. Je me retrouve donc avec 90 000 titres qui, une fois le catalogue nettoyé, constitue un corpus de 13 000 titres, répartis entre deux cents personnes.
La survie éditoriale de ces auteurs après-guerre étant solidaire de leur place dans le monde des lettres avant-guerre et durant l’Occupation, cette bibliographie court sur près de 140 ans, entre 1878, première publication recensée et 2019, borne chronologique que je me suis fixée. Ce qui est énorme et permet à la fois d’éviter les anachronismes.
La bibliographie de chaque auteur a ensuite été catégorisée, par tranche de cinq ans, entre grandes maisons d’édition, petites maisons, officines d’extrême droite et absence de publication. Une analyse de séquences a permis de réunir les auteurs en quatre groupes selon leurs affinités bibliographiques (publier au même moment et dans les mêmes espaces éditoriaux). On observe le groupe des « exclus », composé de 96 personnes qui ne publient que très peu avant-guerre et quasiment plus après la Libération. Il s’agit là d’un groupe structurellement désajusté au monde des lettres, dont l’existence éditoriale est trop dépendante de l’Occupation pour lui survivre. Viennent ensuite les « déclassés », au nombre de 54, qui publient beaucoup avant-guerre et durant les années noires mais dont les publications s’écroulent dans les années 1950. On retrouve ici des personnes relativement âgées (61 ans de moyenne d’âge en 1940 contre 49 ans pour l’ensemble du groupe), présentes depuis (trop) longtemps dans le champ littéraire et dont la compromission durant l’Occupation a contribué à ne plus leur donner voix au chapitre. C’est le cas des académiciens Abel Bonnard et Abel Hermant. À l’opposé, les 39 auteurs que j’ai qualifiés de « survivants » publient après la guerre jusqu’aux années 1970. Leur survie est due à leur jeunesse relative (41 ans de moyenne d’âge en 1940). Toutefois, leur investissement à l’extrême droite après-guerre ou dans des genres périssables (essai, roman policier, colonial, d’aventure…) ne leur donne pas accès à la postérité. C’est toute la différence avec les 25 « maintenus » qui sont encore présents aujourd’hui sur les étals des libraires. Ainsi en est-il de Céline, Pierre Drieu la Rochelle, Paul Morand ou encore Georges Simenon. Âgés de 49 ans en 1940, très bien intégrés au champ littéraire dès avant-guerre, relativement peu condamnés (28 % contre 42 % pour l’ensemble de la population étudiée), disposant de réseaux et capables de se réinventer en termes de genre ou de style, les maintenus cumulent toutes les qualités pour entretenir leur survie symbolique.
Au final, on observe plus de continuités que de ruptures dans le destin éditorial de ces individus de part et d’autre de la Libération. De façon contre-intuitive, les condamnations de l’épuration judiciaire, sans être nulles, ont toutefois moins d’incidences sur la postérité des écrivains collaborateurs que leur âge, leur intégration dans le champ littéraire, ou encore le genre dans lequel ils évoluent. Aux seules considérations politiques s’ajoutent des enjeux intellectuels, littéraires et économiques dans la survie éditoriale de ces auteurs qui, soit dit en passant, est toujours une entreprise collective. Il faut en effet une série d’intermédiaires culturels (éditeurs, critiques, institution scolaire, lecteurs…) pour assurer, ou non, l’accès à la postérité.
Pour revenir à votre remarque sur le fait que ces auteurs puissent glisser d’une catégorie à une autre, je le concède tout à fait. De plus la borne temporelle de ma recherche s’arrête à 2019, et peut-être qu’un Georges Blond[7] ou un André Castelot[8] glisseront, dans vingt ans, de « maintenus » à « survivants »…

MeJ : Quand leurs rééditions resteront moisir dans des boîtes à livres…

T. R. : Et inversement, les « survivants » Robert Brasillach ou Lucien Rebatet passeront chez les « maintenus », qui sait ? Avec les sciences sociales, on propose des grilles d’interprétation du monde social. Je ne souhaitais pas que ce livre soit un enchaînement de biographies, en décrivant telle trajectoire, puis une autre, etc. J’ai essayé de donner des interprétations que j’espère être méthodologiquement organisées. La même méthodologie pourrait être employée pour d’autres groupes littéraires, confrontés à un événement ou associés à une génération, à l’instar des écrivains surréalistes, se demander si Louis Aragon est un maintenu, René Crevel un survivant, si l’on y met Julien Gracq ou pas, etc…

MeJ : Vous montrez également, chiffres à l’appui, que la justice n’a pas été ni plus ni moins sévère pour les écrivains que pour d’autres catégories… 19 peines capitales ont été prononcées, dont 4 exécutées, 95 condamnations, 103 incarcérations… Après les lois d’amnistie, on ne compte plus aucun détenu en prison en 1957…

T. R. : Le tout premier à être jugé et condamné à la peine capitale par la cour de justice de la Seine, c’est Georges Suarez[9], en octobre 1944.  Sur les dix premiers procès de la cour de justice de la Seine, sept concernent des hommes de lettres. Or l’instruction, et Gisèle Sapiro l’a bien démontré, va plus vite pour les journalistes et les écrivains. On les condamne bien plus durement, mais souvent par contumace. Symboliquement, la France c’est la littérature, et la littérature c’est la France… Ils sont une centaine à voir connu un emprisonnement, mais la moitié seulement à la suite d’une peine judiciaire. Il en reste une cinquantaine qui connaissent l’internement et qui, comme Sacha Guitry[10], le vivent comme une iniquité. Et ils en souffrent. Pour ces écrivains, c’est un monde cognitif qui s’écroule.
Par ailleurs, s’il y a des témoins aux procès, il n’y a pas de parties civiles. Ainsi en est-il de l’organisation de la justice de l’épuration. A titre d’exemple, prenons le cas de Céline. L’écrivain défia, dans une lettre épouvantablement antisémite, le journal collaborationniste Aujourd’hui de produire une « photo de profil » de l’un de ses chroniqueurs. Il s’agissait de Robert Desnos[11]… On sait que le poète, non juif, ce qui en dit long sur la folie antisémite de Céline, est mort en déportation. On n’a aucune preuve de cause à effet, mais on imagine bien que cela n’a pas aidé pour la réputation de Robert Desnos. Or, au procès de Céline, n’est pas amenée à comparaître la famille de Desnos en tant que partie civile.

MeJ : Vous évoquez la date de fin 1946, début 1947 comme un « tournant »…

T. R. :  Le purgatoire au sein du monde des lettres n’excède effectivement pas 1947, pour les auteurs les plus connus[12]. Ce qui n’est pas le cas des « exclus » qui n’intéressent personne en terme éditorial et qui ne reviendront pas. Mais pour les auteurs connus qui ont pu s’estimer lésés, ce n’est pas la même affaire.

MeJ : Peut-on dire que, finalement, il n’y a pas eu discontinuité, sinon deux seules années de purgatoire ? Et que les éditeurs, dont Gallimard et Jean Paulhan, jouent un rôle important dans ce retour, relativement rapide, des écrivains épurés ?

T. R. : Gallimard est une maison complexe, et je ne voudrais pas qu’à la faveur des entretiens, on en revienne toujours à Gallimard.  Parmi les grands éditeurs que sont Flammarion, Gallimard, Grasset et Plon, le seul à être condamné, c’est Bernard Grasset. Tous les autres ont bénéficié de non-lieux. La première raison pour laquelle les éditeurs ne publient pas de suite des écrivains collaborateurs, c’est qu’ils ont un dossier d’instruction ouvert. Tous ces éditeurs-là ont une stratégie que j’observe, liée au rapport de force avec le Comité national des écrivains, et pour donner des gages aux écrivains résistants : ils rééditent discrètement mais ne publient pas de nouveaux titres d’écrivains collaborateurs.
Ainsi en va-t-il des rééditions de Montherlant et de Jouhandeau chez Gallimard. Des filiales telles que La Palatine ou SELF – Maurras est réédité par SELF qui est également une filiale de Plon -, permettent cependant de continuer à éditer Maurras et Brasillach, mais pas directement chez Plon[13].
C’est seulement à partir de 1947 que les éditeurs établis vont s’autoriser à publier des nouveautés. Je mentionne dans mon ouvrage les courriers insistants de Jean Giono à Gaston et Claude Gallimard (Rouquet, 2025, p. 125 à propos d’Un Roi sans divertissement). Suis-je obligé de publier ailleurs ? leur écrit Giono. Et les Gallimard de se plaindre que Giono publie à La Table Ronde. C’est complexe pour les éditeurs : ils sont à la fois sur le symbolique et sur l’économique. On ne souhaite pas qu’un auteur, qu’on a eu du mal à avoir dans son catalogue, file ailleurs. N’oublions pas que Gaston Gallimard regrettera toute sa vie d’avoir laissé passer Marcel Proust… Il y a donc, d’une part, la légitimité d’avoir signé avec tel auteur connu, et d’autre part, la rente économique, car ces auteurs se vendent. Il existe bien sûr une autre logique, de long salers, celle qu’adoptent les éditions de Minuit, par exemple.

MeJ : À propos des éditions de Minuit, vous mentionnez la division par deux de son chiffre d’affaires entre 1946 et 1948 (Rouquet, 2025, p. 128-129 citant Anne Simonin).

T. R. : Il y a eu une mode des écrivains résistants entre 1944 et 1946, comprenant les récits de déportés, et qui va s’essouffler dès 1947. Elsa Triolet le dit très bien, je cite de mémoire : à la sortie de la guerre, les étals des libraires sont garnis d’écrits de la Résistance, remplacés par les polars américains, eux-mêmes remplacés par les écrits de collabos (Ibid., p. 13). Il faudra la guerre d’Algérie et le Nouveau Roman pour relancer Minuit, avec tout l’art de Jérôme Lindon, comme l’a magistralement démontré Anne Simonin.
Il existe une très belle étude de Laurent Joly et de Françoise Passera, qui eux aussi ont compté à partir d’une base de données. Ils font le même constat que moi et que précédemment Gisèle Sapiro : 1947 voit le retour des proscrits (Joly & Passera). Et elle est là, la science, en quelque sorte : d’une intuition spontanée exprimée par une autrice de l’époque, comme Elsa Triolet en 1948, des historiennes, des historiens, des sociologues montrent que ce n’est pas une vue de l’esprit, c’est une réalité.

Tristan Rouquet © Jérémie Virgal / GIP Mission

MeJ :  Dans une seconde partie de votre recherche, vous passez les écrivains proscrits, maintenus et survivants, au prisme du stigmate. Il faut subir, endosser, se soustraire au stigmate, ne rien lâcher ou mourir… Pour la plupart, ils ne lâchent rien. Quels sont les cas les plus édifiants, au-delà de Céline ?

T. R. :  Ne lâchent rien ?… Pas si sûr. Il y a le cas particulier de Georges Blond sur lequel je voudrais revenir. Georges Blond, journaliste à Je suis partout, est condamné par contumace à 20 ans de dégradation nationale. Il développera énormément après-guerre – et il en existe encore en poche aujourd’hui[14] – les essais d’histoire. Alors qu’il a été l’un des écrivains qui ont fait le voyage de Weimar[15] en 1942, qu’il est de ceux qui rendent hommage à Robert Brasillach en 1965, donnent leur soutien à l’association des amis de Robert Brasillach et écrivent dans les Cahiers de ladite association, Georges Blond continue de manifester son affection, sa loyauté, vis à vis des personnes qu’il a connues, sans renier cette idéologie-là, tout en publiant des ouvrages à la gloire des Alliés. Ils ne sont pas très nombreux à être ainsi, mais cette ambivalence existe.
Des cas de repentirs explicites, j’en ai très peu vu. Marcel Jouhandeau ne fait pas le fier dans sa correspondance avec Jean Paulhan, sans que cela aille très loin (Jouhandeau-Paulhan).
A minima, on subit le stigmate, ce qui signifie : avoir son nom épinglé dans la presse, avoir connu, pour certains, la prison, des condamnations judiciaires, éprouver le fait de n’être pas publié ou publier dans des titres de presse et des maisons de moindre importance… et donc porter une identité sociale de collaborateur dont on aurait peut-être préféré se défaire pour mettre en avant d’autres identités comme celles d’écrivain ou de journaliste.
Au sein de cette cohorte, je constate qu’un groupe décide d’endosser le stigmate, c’est-à-dire de reprendre la plume dans la presse d’extrême-droite, principalement Rivarol, Aspects de la France, Les Écrits de Paris et Valeurs actuelles – qui aura d’ailleurs pour rédacteur en chef le collaborationniste Jean-Loustau Chartez[16] dans les années 1970. Cet entre-soi permet de bien se vivre, dans un petit cercle au sein duquel on est persuadé qu’on a raison et que les autres ont tort, que ce sont les autres les « déviants », qu’on est dans le vrai. Et la guerre froide les aide : vous qui luttez contre les communistes, eh bien nous, nous avons été les premiers à le faire… Ils ne se revendiquent pas de la collaboration, parce que c’est interdit par la loi d’amnistie de 1951, mais ils peuvent se présenter comme victimes de l’épuration. Et l’avantage, si on est une victime de l’épuration, cette dernière n’étant pas légitime, c’est que le rétablissement de la légalité républicaine n’aurait pas dû avoir lieu. Se dire victime de l’épuration, c’est une façon de nier la légitimité du retour à la République, et de maintenir ses idéaux fascistes.
Fasciste, c’est le terme même qu’utilise Lucien Rebatet pour ses mémoires, publiées en 1976 chez Jean-Jacques Pauvert. Lorsque Guy Crouzet, directeur politique du journal Les Nouveaux Temps de Jean Luchaire décède, on pleure dans le courrier des lecteurs de Rivarol, en parlant de Crouzet comme d’un « authentique fasciste ». Aucun repentir… Cet entre-soi permet de se reconnaître et d’en tirer une certaine reconnaissance, d’exprimer des positions politiques et de gagner sa vie. Un entre-soi où cependant la valeur symbolique de ce qu’on produit n’est valorisée que dans cet espace-là.

MeJ : Si vous voulez bien, parlons de Lucien Rebatet, antisémite notoire, auteur des Décombres, qui semble s’être notamment recyclé dans Une histoire de la musique, éditée en 1969 et rééditée depuis en toute « innocence » (Rebatet 1969, 1998, 2011). Critique musical, Rebatet fut par ailleurs lui aussi d’un voyage allemand, pour une Mozart-Woche à Vienne, orchestrée comme une grand-messe nazie. Rebatet est-il vraiment un « survivant », plutôt qu’un « maintenu » ?

T. R. : Pour Lucien Rebatet, je maintiens qu’il endosse le stigmate. C’est un survivant, voire un potentiel maintenu. Il émane de sa correspondance le désir d’embrasser une carrière littéraire. Il espérait vivement qu’avec son roman Les Deux Étendards[17], il pût publier d’autres romans. Or cela n’a pas marché. La presse n’a pas suivi. Et c’est en désespoir de cause qu’il devra endosser le stigmate. Il poursuit alors une activité de critique musical et de cinéma dans l’entre-soi et la presse d’extrême droite, notamment sous son pseudonyme de François Vinneuil. Encore une fois, il y a là un effet trompe l’œil. Moi-même, quand je commence cette thèse, je pense à Rebatet. Robert Laffont comme Gallimard avec la Blanche, cela en impose. Mais finalement, Rebatet n’est pas Drieu. Pour une raison simple, Rebatet n’est pas en poche. Là on entre dans des logiques de réception, très difficiles à étudier pour les sociologues. Qui a le roman Les Deux Étendards dans sa bibliothèque, et pour quelle raison ? Qui l’a lu, revendu ? Ce biais n’est pas facile à évaluer. Disons donc que Rebatet est un survivant et « potentiel maintenu » car, encore une fois, ces catégories n’ont pas vocation à être figées. Pour être un « maintenu », il faut avoir publié en poche. Drieu La Rochelle est publié en poche, et désormais dans La Pléiade. Peut-être Drieu, par son suicide, s’est-il racheté une légitimité ? Peu importe ce qu’on met derrière, cela reste de l’interprétation. Moi, ce que je peux évaluer, c’est statistiquement : Lucien Rebatet, même publié chez Robert Laffont et Gallimard, demeure une production de niche. D’autre part, et cela joue sur les statistiques, Rebatet est très publié à l’extrême droite, ce qui caractérise aussi sa production posthume.

MeJ : Chez Soral, notamment[18]

T. R. : Mais aussi chez Via Romana, qui est une maison d’extrême droite à Versailles, chez Pardès, etc. Je m’interroge sur la publication de ses journaux d’après-guerre aux éditions de l’Homme libre (Rebatet, 2020), à savoir comment cet éditeur d’extrême droite a eu accès aux archives de Rebatet. Revenons aux statistiques : si Céline est également édité par des maisons d’extrême droite, il l’est beaucoup moins que chez Gallimard. Être aussi polarisé que Rebatet ne contribue qu’à sa survie et à son potentiel statut de survivant. J’ajouterais que, depuis que je travaille sur le sujet – et je l’ai constaté au contact de personnes qui avaient fait des études de lettres –, il y a même un certain chic, une forme de distinction, à dire qu’on a lu Drieu et Rebatet… Or, inversement, ce n’est pas le cas pour Céline qui fait pleinement partie du patrimoine littéraire, dont on apprécie le Voyage au bout de la nuit, voire Mort à crédit[19].

MeJ :  À propos de Céline, il y a dans votre ouvrage une illustration étonnante : il s’agit des couvertures de deux éditions de Rigodon en poche, collection Folio Gallimard, à seize ans d’intervalle. Dessin de Jacques Tardi. Avec une opération de gommage, de caviardage sur l’édition 2021 : La croix gammée a disparu…

T. R. :  Tardi est l’illustrateur en folio des couvertures de Céline et de Kafka. Il est également l’auteur d’une édition en roman illustré du Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit (Céline, 1988, 2008). J’ignore si Jacques Tardi est au courant de ce caviardage. J’ai été époustouflé lorsqu’en comparant les deux Rigodon, je m’en suis rendu compte… Anne Simonin m’a signalé une même opération de gommage pour l’édition du journal de Drieu La Rochelle (1992) : sur la photographie illustrant la couverture de l’ouvrage, a été supprimé l’aigle du Reich sur la casquette du soldat allemand, derrière Dieu la Rochelle[20]. Or, ce n’est pas la croix gammée qui gêne. Si on prend Le Complot contre l’Amérique de Philip Roth dans son édition Folio Gallimard, la croix gammée est en pleine page de couverture. Cela m’a fait rire en pensant aux polémiques relatives à la cancel culture : alors qu’on pourrait s’imaginer qu’il s’agisse de chasser Céline des librairies, le montage consiste ici à éviter de l’associer au nazisme…

MeJ : On arrive sur ce point à la conclusion de votre ouvrage… Et également sur le fait que vous faites état, non seulement d’une continuité sur le temps depuis l’après-guerre, mais aussi d’une dynamique, ou plutôt d’un monde en mouvement, en glissement, concernant ces auteurs, et au premier chef Céline qui a su retourner le stigmate…

T. R. : Je vous remercie de le souligner. Rien n’est figé. Le monde social n’est pas le même en 1945, en 1947, en 1951, en 2019, ou en 2021 avec la découverte des manuscrits de Céline. Sans compter qu’il y aura un enjeu Céline en 2032, lorsqu’il tombera dans le domaine public. Il y a en effet une vraie dynamique et elle connaîtra d’autres évolutions. Remontons dans le temps : au début des années 1960, Dominique de Roux, fondateur des Cahiers de l’Herne, dit que la sortie du Cahier Céline « emmerde » – c’est son terme – Gallimard, car il va révéler Céline. Pourtant, vingt ans plus tard, c’est au tour de Gallimard de publier les extraits de presse de Céline (Céline, 1976) et notamment ceux de l’Occupation. En 2018, la possible publication des pamphlets[21] a créé la polémique. Il reste aussi l’enjeu des correspondances retrouvées, notamment celle avec Brasillach. Mais cette tension entre la légitimité littéraire et les engagements de Céline contribue à entretenir sa postérité.

MeJ : Très récemment, Titaÿna, l’une des sept femmes épurées et listées dans votre cohorte et que vous avez évoquée plus haut, grand reporter à succès avant-guerre, aviatrice et bourlingueuse dans l’âme, a été rééditée aux éditions Marchialy (Titaÿna, 2016, 2020). Certes, il y a un regain d’engouement pour les écritures des lointains et les récits de voyages. Mais l’éditeur ne fait aucune mention du passé collaborationniste de Titaÿna, encore moins de sa condamnation, non plus de la promesse d’une carrière d’écrivaine brisée.

T. R. : Des sept femmes proscrites, Titaÿna, de son vrai nom Elisabeth Sauvy, est la plus connue, au faîte de sa gloire avant-guerre, avec un style très prisé, celui du grand reportage. Elle part vivre aux États-Unis après-guerre, devient agent immobilier à San Francisco, se fait entretenir par un grand libraire, est très peu éditée. Et ce sont là aussi les paradoxes de la mémoire. Une biographie lui a été récemment consacrée (Heimermann), désormais en poche aux éditions Points. Mais quelques publications ponctuelles, même dans des grandes maisons d’édition, ne changent pas la postérité d’une autrice. Il faudrait que ces rééditions soient répétées dans le temps pour que la survie symbolique de Titaÿna soit réellement modifiée.

MeJ : Dans votre ouvrage, il est semé de petits moments de sensibilité bienvenue, notamment cette anecdote que vous relatez, racontée par Pierre Béarn, à propos du libraire et éditeur José Corti. Dominique, le fils de Corti, n’est pas revenu de déportation (Rouquet, 2025, p. 252 citant Béarn).

T. R. : Je vous remercie pour Corti de l’avoir noté, même si cela ne sert pas le propos strictement scientifique, mais il me semble cependant absolument indispensable de l’intégrer, d’un point de vue sensible et mémoriel.
Je me suis moi-même posé des questions pour mon livre. Je ne voudrais pas qu’il soit vu comme un panégyrique pour les écrivains collabos ou leur mausolée. Et les contre-points sont finalement assez rares. J’ai donc essayé d’en mettre, en exemples, en citations, en notes de bas de page…

MeJ : Pensez-vous que, dans l’état de confusion où nous sommes, la recherche puisse être un rempart, un garde-fou ?

T. R. : Oui, je le pense. Ce qui importe, c’est de savoir analyser des mécanismes à l’œuvre, l’aspect réellement processuel, et cela vaut de manière générale. Ce n’est pas tant de donner des noms, non plus de faire des comparaisons avec le passé. J’ajouterais que je ne trouve pas anodin non plus, par les temps qui courent, le fait que la recherche, et notamment la recherche en sciences humaines et sociales soit attaquée, lorsqu’est mis en place un régime illibéral.

 

Entretien réalisé par Véronique Donnat
Toulouse-Paris, le 29 juin 2026.

 

Œuvres citées

Béarn, Pierre, 1941, De Dunkerque en Liverpool, Paris, Gallimard.

Cariguel, Olivier, 2025, « L’impossible décompte des écrivains collaborateurs », Revue des Deux-Mondes, Dossier « Les écrivains collabos », mai-juin.

Céline, Louis-Ferdinand, 1976, Céline et l’actualité littéraire, 1932-1957, Paris, Gallimard, coll. « Les cahiers de la NRF ».

Céline, Louis-Ferdinand, 1988, Voyage au bout de la nuit, illustré par Jacques Tardi, Paris, Futuropolis/Gallimard.

Céline, Louis-Ferdinand, 2008, Mort à crédit, illustré par Jacques Tardi, Paris, Futuropolis/Gallimard.

Collectif, 1965, « Hommages à Robert Brasillach – 6 février 1965 », Cahiers des amis de Robert Brasillach, no 11-12.

Chardonne, Jacques & Paul Morand, Correspondance, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », Tome 1 : 1949-1960, 2013, édition de Philippe Delpuech, préface de Michel Déon ; Tome 2 : 1961-1963, 2015, édition de Philippe Delpuech ; Tome 3 : 1964-1968, 2021, édition de Philippe Delpuech et Bernard Lacarelle.

Dreyfus, Jean-Marc & Lior Lalieu, 2026, La Rafle du « Billet vert ». 14 mai 1941. Les photos retrouvées, Paris, Calmann-Lévy.

Drieu la Rochelle, Pierre, 1992, Journal 1939-1945, présenté et annoté par Julien Hervier, Paris, Gallimard, coll. « Témoins ».

Dubois, Sébastien, 2023, La vie sociale des poètes, Paris, Presses de Sciences Po.

Heimermann, Benoît, 2011, Titaÿna : l’aventurière des années folles, Paris, Arthaud.

Heller, Gerhard, 1981, Un Allemand à Paris 1940-1944, avec le concours de Jean Grand, Paris, Seuil.

Hubert, Nicolas, 2012, Éditeurs et éditions en France pendant la guerre d’Algérie, St-Denis, Bouchène.

Jeff, Alain & Magog H. J., 1942, L’étreinte de la pieuvre, Paris, Éditions littéraires et artistiques.

Jeff, Alain & Magog H. J., 1943, Le bracelet maudit, Paris, Éditions littéraires et artistiques.

Joly, Laurent & Françoise Passera, 2016, « Se souvenir, accuser, se justifier : les premiers témoignages sur la France et les Français des années noires (1944-1949) », Guerres mondiales et conflits contemporains, no 263.

Jouhandeau, Marcel & Jean Paulhan, 2012, Correspondance (1921-1968), Paris, Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF ».

Loiseaux, Gérard, 1995, La littérature de la défaite et de la collaboration, Paris, Fayard.

Rebatet, Lucien, 1969, Une histoire de la musique, Paris, Robert Laffont/Raymond Bourgine. Réédition Gallimard, « Bouquins » : 1998, 2011.

Rebatet, Lucien, 2015, Le dossier Rebatet – Les décombres – L’inédit de Clairvaux, édition établie par Bénédicte Vergez-Chaignon, préface de Pascal Ory, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins ».

Rebatet, Lucien, 2020, Journal d’un fasciste, 3 vol., 1 : 1952-1958, 2 : 1959-1962, 3 : 1963-1972, Saint-Maur-des-Fosses, Éditions de l’Homme libre.

Roth, Philip, 2006, Le complot contre l’Amérique, traduction Josée Kamoun, Paris, Gallimard, 2006.

Rouquet, Tristan, 2014, Un intellectuel en crise. Les prises de position d’Albert Camus vis-à-vis de l’Algérie coloniale, Mémoire de science politique, Université Paris Nanterre.

Rouquet, Tristan, 2025, Les écrivains collaborateurs. Engagement, stigmate et postérité, Paris, CNRS Éditions.

Roux, Dominique de, Michel Thélia & Michel Beaujour (dir.), 1963, Cahier Céline, Paris, L’Herne, coll. « Cahiers de l’Herne ». Dernière réédition : 2024.

Sapiro, Gisèle, 1999, La guerre des écrivains, 1940-1953, Paris, Fayard.

Sapiro, Gisèle, 2018, Les écrivains et la politique en France, De l’affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie, Paris, Seuil.

Simonin, Anne, 2008, Les éditions de Minuit, 1942-1955 : le devoir d’insoumission [1994], Paris, IMEC, coll. « L’édition contemporaine ».

Titaÿna, 2016, Une femme chez les chasseurs de tête, Paris, Marchialy.

Titaÿna, 2018, Une femme chez les chasseurs de tête, Paris, Points Aventure.

Titaÿna, 2020, Les ratés de l’aventure, Paris, Marchialy.

Notes

[1] Les Lettres françaises, publication clandestine née de l’initiative conjointe, en juillet 1941, de l’écrivain, germaniste et traducteur Jacques Decour (1910-1942) associé à Jean Paulhan (1884-1968). Elle est dirigée dès son premier numéro, septembre 1942, par Claude Morgan (1898-1980) après l’assassinat de Jacques Decour, fusillé par les Allemands au Mont Valérien le 30 mai 1942. Voir la présentation de Gisèle Sapiro, in DVD-ROM La Résistance en Ile-de-France, AERI, 2004, https://museedelaresistanceenligne.org/media7081-iLes-Lettres-franaises-i-n1-septembre-1942.

[2] Institué par ordonnance par le Gouvernement provisoire, le 30 mai 1945, sous l’autorité du ministère de l’Éducation nationale, ce comité est une instance hybride, avec un pouvoir de sanction légal et circonscrit. Il est composé de représentants des sociétés d’écrivains, dramaturges et compositeurs (SGDL, SACEM, SACD, SOC), ainsi que du Comité national des écrivains (CNE) et de l’Association des écrivains combattants (AEC). Une première session a lieu entre le 11 octobre 1945 et le 29 octobre 1946. Après une pause de plus de deux ans, le comité se réunit de nouveau entre avril et juillet 1949.

[3] Paris débarrassé de ses juifs étrangers. Ils sont envoyés dans des camps de concentration, 15 mai. Chez les juifs au camp de Pithiviers, 16 mai. À Pithiviers, les juifs font du camping… forcé, 18 mai. Le Matin, propriété de Maurice Bunau-Varilla (1856-1944) auquel est associé son fils Guy (1896-1984) est le premier quotidien reparaissant avec l’aval de l’Occupant le 17 juin 1940. En décembre 1940, son tirage est de 532 000 exemplaires. Ses responsables, Stéphane Lauzanne, Jacques Ménard, Robert de Beauplan, ainsi que Guy Bunau-Varilla, feront l’objet de condamnations sévères. Les trois premiers font partie de la cohorte des 227 enquêtés. À propos des photographies publiées dans Le Matin, et réalisées par Harry Croner au service de la propagande nazie, voir Dreyfus & Lalieu.

[4] Camille Fégy, dit Jean Meillonnas, est élu secrétaire adjoint des Jeunesses communistes socialistes en 1921. En 1923, il intègre la presse communiste, dont L’Humanité et Clarté. Proche d’André Breton et des surréalistes, exclu du Parti en 1931, malgré sa tentative d’appel qui traduit son attachement à l’organisation, il se rapproche de Jacques Doriot, lui-même exclu du PC. Dès 1936, Camille Fégy écrit pour Je suis partout. Après 1940, il collabore à Paris-Soir. Il assure la rédaction en chef de La Gerbe jusqu’en 1943, puis de nouveau en 1944 jusqu’à la disparition du journal, le 17 août 1944. Voir Rouquet, 2025, p. 73-76.

[5] Auteur prolixe pour la jeunesse et de romans populaires à gros tirage, Frédéric Causse, dit Jean d’Agraives, a à son actif plus d’une cinquantaine de titres publiés chez Hachette (Bibliothèque verte), Arthème Fayard, ou Berger-Levrault. Il fait partie de ces « déclassés » qui subissent une déliquescence éditoriale après 1945. Il décède en 1951.

[6] Son récit qui n’épargne ni les gaullistes ni les Anglais, est récupéré par la propagande allemande, abondamment commenté et cité par Bernhard Payr, chef du lectorat central de l’Amt Schrifttum à Berlin, sous l’autorité d’Alfred Rosenberg. Cf Loiseaux, La littérature de la défaite et de la collaboration, Paris, Fayard,1995.

[7] Georges Blond, ancien enseigne de vaisseau de marine, devenu journaliste et collaborateur de Je suis partout est notamment réédité : chez Gautier-Languereau en 1962 (Grands navigateurs), ainsi qu’aux Presses de la Cité, dans la collection Omnibus, en 2006 (Verdun), puis en 2011 (La grande aventure des océans).

[8]  André Castelot, collaborateur de La Gerbe, donne après-guerre dans la vulgarisation historique. Il publie chez Perrin, Tallandier et Robert Laffont. Il reçoit le prix de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre en 1984.

[9] Georges Suarez commence sa carrière de journaliste en signant avec Joseph Kessel au début des années 20, puis se fait un virulent critique de la IIIe République, se rapprochant du Parti Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot puis des collaborationnistes. Il prend la direction en novembre 1940 d’Aujourd’hui, succédant à Henri Jeanson, son fondateur. Georges Suarez est exécuté au fort de Montrouge le 9 novembre 1944.

[10] Arrêté le 23 août 1944, incarcéré deux mois sans inculpation, libéré en octobre 1944, Sacha Guitry obtient un non-lieu en août 1947.

[11] Après la démission de son ami Henri Jeanson, Robert Desnos demeure à la rédaction d’Aujourd’hui, et fournit en renseignements le réseau de contre-espionnage Agir. En guise de réponse à la chronique littéraire de Desnos consacrée à la parution des Beaux Draps, Céline accuse Desnos de mener une « campagne philoyoutre ». Le pamphlétaire antisémite l’invite à « publier sa photo grandeur ­nature, face et profil à la fin de tous ses ­articles » et met en doute la véracité de son patronyme. Robert Desnos est arrêté par la Gestapo en février 1944 pour être déporté à Auschwitz, par le convoi dit des tatoués du 27 avril 1944 au départ de Compiègne. Il meurt du typhus à Terezin le 8 juin 1945.

[12] La date de fin 1946 correspond à une période de désunion de la Résistance, dans un contexte de guerre froide, où se divisent les membres du Comité national des écrivains sur certains des écrivains listés dont Jean Giono et Marcel Jouhandeau. Cette division aboutira à la démission notamment de Jean Paulhan. Cf Rouquet, 2025, p. 118-119.

[13] La Librairie Plon crée la collection La Palatine dans les années 20, pour des ouvrages d’auteurs marqués à droite (Maurice Barrès, Georges Bernanos, Henri Massis). Les éditions de La Palatine voient le jour à l’automne 1942, le siège social est en Suisse. En 1973, le fonds est racheté par La Table Ronde. Les archives sont depuis 1990 conservés à l’IMEC.

[14] Georges Blond est publié en poche : chez Perrin, dans la collection « Tempus » (Histoire de la légion étrangère, 2008), mais aussi dans « Le Livre de Poche » (Le Débarquement, 1998) ou encore en collection « Texto », chez Tallandier (Histoire de la flibuste, 2021).

[15] Georges Blond fait partie de la délégation des écrivains français à participer aux Dichtertreffen à Weimar en octobre 1942, aux côtés de Jacques Chardonne, Pierre Drieu la Rochelle, Andrè Fraigneau et André Thérive.

[16] Militant très actif du Comité d’action antibolchévique en 1941, adhérent du PPF de Jacques Doriot, Jean-Loustau Chartez collabore au Cri du Peuple et assume la revue de presse à Radio-Paris. En décembre 1943, il s’engage dans les Waffen SS, combat contre les Alliés en Normandie. Condamné à mort, gracié par le général de Gaulle, libéré en 1952, il devient notamment le rédacteur en chef de Valeurs actuelles, que crée Raymond Bourgine en 1966.

[17] Cf Rouquet, 2025, p.276-279. Lucien Rebatet publiera deux seuls romans, Les Deux Étendards dans la collection Blanche, Gallimard (1952, réédition 1991), suivi des Epis mûrs (1954). Ce dernier ne fait plus partie du catalogue Gallimard.

[18] Alain Soral crée les éditions Kontre Kulture en 2011. Lucien Rebatet fait partie des « InfréKentables », avec notamment une réédition en 2020 de ses Tribus du cinéma et du théâtre, 1e édition aux Nouvelles Éditions Françaises en 1941.

[19] La publication de Louis-Ferdinand Céline dans la Bibliothèque de la Pléiade est inaugurée en 1962 sous l’égide d’Henri Mondor, avec les romans Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit. La « trilogie allemande », D’un château l’autre (1957), Nord (1960) et Rigodon (1969) qui marquent le retour en grâce de Louis-Ferdinand Céline chez Gallimard dès la fin des années 50, intègrent la Pléiade en 1974, édition et préface d’Henri Godard.

[20] Drieu La Rochelle est au centre de la photographie, avec à sa gauche, Gerhard Heller, en poste à Paris de 1940 à 1944, Sonderführer au sein de la Propagandastaffel pour la politique littéraire de l’Occupant, et chaperon des écrivains qui auront fait le voyage de Weimar. Cette même photographie (collection Roger-Viollet) recadrée, prise sur un quai de la gare de l’est au retour des écrivains français de leur voyage en Allemagne à l’automne 1941, a précédemment été utilisée en couverture des mémoires de Gerhard Heller, Un Allemand à Paris 1940-1944. Le macaron tête de mort n’y est pas non plus.

[21] Devant le tollé qu’en a suscité le projet, la publication des pamphlets antisémites de Céline a été suspendue par Antoine Gallimard. Cf l’entretien accordé par Laurent Joly à La Revue des Deux Mondes, le 19 janvier 2018 : « Concernant Céline, dit-il, la réédition des pamphlets est à terme inévitable. Et elle pourrait conduire à une réinterprétation globale de toute son œuvre. » https://www.revuedesdeuxmondes.fr/pamphlets-de-celine-projet-gallimard-etait-eloigne-de-quon-attendre-dune-edition-scientifique/

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