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Auschwitz (repère historique)


> Paru le : 16.12.2015

Le camp de concentration

Une fonction de répression

Dès la fin de 1939, la Silésie polonaise a été intégrée au Reich (Province de Haute-Silésie : Reichsgau Oberschlesien) et la ville d’Oświęcim a repris son nom d’Auschwitz du temps où elle faisait partie de l’empire d’Autriche-Hongrie. En février 1940, les Allemands décidèrent l’aménagement des casernes polonaises d’artillerie d’Oświęcim pour y créer un camp de détention dont le SS-Hauptsturmführer Rudolf Hoess a été nommé commandant en avril.

En mai, trente criminels de droit commun allemands de Sachsenhausen arrivèrent au KL Auschwitz. Ils furent employés à l’encadrement des détenus polonais internés le mois suivant. Pendant l’été, les familles polonaises des secteurs réservés à la zone du camp et aux logements des SS furent expulsées et la « SS-Siedlung Auschwitz » (établissement d’Auschwitz ou colonie d’Auschwitz) a été établie entre la voie ferrée et la rivière Soła, dans une partie de l’ancienne ville d’Oświęcim. Au-delà, entre la Vistule et la Soła, a été créée la « Interessengebiet des KL Auschwitz » (Zone d’intérêts du KL Auschwitz) d’une superficie d’environ 40 km². Le camp d’Auschwitz est ainsi devenu l’élément central d’une véritable cité SS. Le 14 juin, un premier convoi de 728 prisonniers politiques polonais dont des Juifs, venant de Tarnów, est arrivé à Auschwitz. Ils furent internés jusqu’en juillet à deux cents mètres du camp en aménagement, dans les bâtiments de l’ancien Monopole polonais des tabacs. Dès le début de juillet le premier four crématoire au coke de la firme Topf und Söhne d’Erfurt a été mis en construction dans l’ancienne poudrière de la caserne polonaise, le futur Crématoire I. À la mi-juillet, l’insecticide Zyklon B a été utilisé pour la première fois pour la fumigation d’une baraque.

 Une fonction économique

En novembre 1940, alors que le SS-Reichsführer Heinrich Himmler avait décidé de faire de la Silésie un grand centre d’exploitations agricoles, des négociations ont été engagées au niveau gouvernemental (Hermann Goering, chef du Plan économique de quatre ans) avec la société I.G. Farbenindustrie pour l’implantation en Silésie, riche en matières premières et en voies de communication, d’une usine de Buna (caoutchouc synthétique). La SS promit la disponibilité illimitée d’une main d’œuvre servile, louée à bas prix aux entreprises. Le camp et l’activité économique qui lui était liée n’ont pas cessé alors de se développer. Le 1er mars 1941, Himmler se rendit à Auschwitz. Il décida de faire passer à 30 000 le nombre de détenus du KL Auschwitz, de fournir 10 000 détenus à l’I.G. Farben pour la construction d’une zone industrielle sur l’emplacement du village de Dwory, de développer l’agriculture, de construire à Brzezinka (Birkenau) un camp pour 100 000 prisonniers. Auschwitz fut le seul camp où les détenus étaient identifiés par le tatouage de leur numéro d’immatriculation. À l’automne 1941, certains prisonniers de guerre soviétiques furent ainsi tatoués. La mesure s’étendit, en mars 1942, aux détenus de Birkenau dont l’état indiquait qu’ils allaient bientôt mourir, ainsi qu’à tous les détenus juifs. En février 1943, l’ensemble des détenus fut tatoué – y compris les femmes qui ne l’étaient pas encore – à quelques exceptions près (particulièrement les détenus allemands).

Les prisonniers soviétiques

Au cours du mois d’octobre 1941, 10 000 prisonniers de guerre soviétiques ont été internés au KL Auschwitz dans un Camp de travail pour les prisonniers de guerre russes (Russisches Kriegsgefangenen Arbeitslager). 9 000 Russes sont morts en particulier dans la construction de Birkenau où se précisaient les projets de construire de gigantesques crématoriums. Après des essais dans le sous-sol du block 11, les premiers gazages de prisonniers soviétiques épuisés et de Juifs ont commencé dans la morgue du Crématoire I à la fin de l’année 1941, alors que Birkenau était en construction et que la Zentralbauleitung der Waffen-SS und Polizei Auschwitz (Direction centrale des constructions) était placée sous la responsabilité de Karl Bischoff, pour la construction des grands crématoires.

Arrivée des femmes à Auschwitz

En mars 1942, une Section pour femmes (Frauenabteilung) fut créée au KL Auschwitz. Dès la fin avril, la section a regroupé 6 000 femmes. Pendant l’été, les femmes ont été transférées à Birkenau et un secteur particulier a alors été créé pour les hommes.

Les Kommandos extérieurs

Dans le même temps, les Kommandos miniers, industriels et agricoles se sont multipliés, lieux de travail et de mort : au début du mois d’octobre 1942 de jeunes détenues juives, en particulier françaises, ont été massacrées à l’arme blanche par les kapos allemandes et les SS dans le Kommando extérieur agricole de Budy, alors que les premiers déportés arrivaient au camp de Monowitz installé au sud du complexe des usines de Buna à Dwory.

 Arrivée des Tsiganes du Reich

En février 1943, les premiers Tsiganes arrivèrent à Birkenau. Ils furent internés dans le Camp des familles tsiganes (Familien Zigeunerlager). Le 6 septembre a été créé également à Birkenau un Camp des familles (juives) de Theresienstadt (Familienlager Theresienstadt). Mais les camps familiaux, qui différaient la mise à mort, ont été une exception.

La nouvelle organisation du camp

Le 22 novembre 1943, Arthur Liebehenschel, nouveau commandant du camp, annonce le partage officiel des différents camps :

  • KL Auschwitz I – Stammlager (camp-souche)
  • KL Auschwitz II – Birkenau et les camps extérieurs dont la plupart sont des camps d’exploitations agricoles, des fermes d’élevage et de pisciculture.
  • KL Auschwitz III – Aussenlager Monowitz (camp extérieur de Monowitz) et dix autres camps extérieurs dont la plupart sont des camps d’exploitation industrielle.

Les bombardements alliés

Les alliés ne s’intéressaient qu’à la destruction de l’appareil industriel allemand. Ils ont donc visé les usines de la région d’Auschwitz III-Monowitz. Le 20 août 1944, 127 bombardiers de l’USAAF Liberator escortés de 100 chasseurs Mustang ont largué 1 336 bombes de 500 livres sur l’usine de Buna-Werke à Monowitz. Le 13 septembre 1944, 96 bombardiers américains ont encore largué 1 000 bombes de 500 livres sur Buna-Werke. Des bombes sont tombées par erreur sur le KL Auschwitz I, endommageant la voie ferrée et tuant 15 SS, 40 détenus dans la zone d’extension du camp et 30 ouvriers civils.

Le centre de mise à mort

Euthanasie et mise en place des moyens des assassinats de masse

Mais Auschwitz n’a pas eu seulement une fonction de répression de la résistance en Pologne et en Europe tout en fournissant des esclaves aux entreprises. En juillet 1941, eut lieu la première sélection par le docteur SS Horst Schumann, dans le cadre du programme d’euthanasie, de 575 détenus d’Auschwitz malades. Les prisonniers désignés furent emmenés en Saxe dans un établissement pour malades mentaux où ils ont été gazés avec du monoxyde de carbone. En août, le SS-Obersturmbannführer Adolf Eichmann, le chef du Referat (Service) IV B4, du SS-RSHA, qui s’occupait des « affaires juives, de l’émigration et de l’évacuation » est venu à Auschwitz. À la fin de l’été, ont eu lieu les premiers gazages expérimentaux de personnes, malades et prisonniers soviétiques, utilisant le Zyklon B au KL Auschwitz dans les caves du block 11.

La création du centre de mise à mort

Le 15 février 1942, le premier convoi connu de Juifs, venu de Beuthen (Haute-Silésie), est arrivé à Auschwitz. En mars, les déportés sont arrivés sur la Judenrampe entre le KL Auschwitz et Birkenau. La chronologie montre la concomitance avec la création des centres de mise à mort des Juifs de Kulmhof et de l’Aktion Reinhard. Alors que les camions à gaz de Kulmhof (Chełmno) fonctionnaient depuis décembre 1941, les chambres à gaz au monoxyde de carbone de Belzec ont été mises en activité au même moment que celles du Bunker I à Birkenau fonctionnant à l’acide cyanhydrique (mars 1942). Les chambres à gaz de Sobibor ont été mises en service en mai et celles de Treblinka en juillet alors que de nouvelles chambres à gaz étaient installées dans le Bunker II à Birkenau. Au début de l’été 1942, a commencé la construction des grands crématoires dans lesquels, à partir de l’automne, des chambres à gaz, prévues avec de puissantes ventilations mécaniques, ont été installées. La première sélection de déportés juifs entre ceux qui étaient jugés capables de travailler et ceux qui étaient immédiatement tués dans les chambres à gaz, eu lieu en juillet 1942. Les fonctions de camp de concentration et de centre d’extermination d’Auschwitz étaient alors clairement établies et étroitement imbriquées.

Auschwitz: le plus grand centre d’anéantissement des Juifs européens

C’est probablement en juin 1942 que Hoess a rencontré Himmler à Berlin pour apprendre qu’Auschwitz avait été choisi pour devenir le plus grand centre de l’anéantissement massif des Juifs européens. Himmler revint à Auschwitz en juillet. Il annonça qu’il voulait agrandir le camp pour 200 000 détenus et ordonna de ne plus enfouir les corps des victimes comme on le faisait dans la zone des Bunkers, mais de les brûler. Hoess et deux de ses adjoints sont alors allés à Kulmhof, en septembre, pour étudier comment les SS brûlaient les corps des victimes des camions à gaz. La méthode, expérimentée au cours de l’Aktion Reinhard, consistait à placer les corps sur des rails de chemin de fer posés sur des piliers en ciment, au-dessus des brasiers. Les victimes furent probablement brûlées de cette manière dans le Birkenwald, au nord-ouest de Birkenau.

Premiers gazages dans les grands crématoires à Birkenau

Dans la nuit du 13 au 14 mars 1943, 1492 Juifs de Cracovie, après avoir dû se déshabiller dans une première salle, furent assassinés dans la chambre à gaz aménagée dans la morgue du Crématoire II, livré officiellement par la Bauleitung le 31 mars. La construction des trois autres crématoires a été achevée et ceux-ci livrés dans les mois suivants. Cependant, dès la fin du mois de mai, le crématoire II est tombé en panne. Il n’a repris son activité que trois mois plus tard. Après deux mois de fonctionnement, le four du Crématoire IV tomba en panne à son tour et celui du Crématoire V, construit sur le même modèle, se révéla d’une fiabilité incertaine. Seul le crématoire III a pu fonctionner à la pleine satisfaction des SS.

Les expériences médicales

Les détenus ont été non seulement assassinés par centaines de milliers ou soumis au travail forcé, mais ils ont aussi été utilisés comme cobayes par les médecins SS. En avril 1943, Karl Clauberg et Horst Schumann s’installèrent dans le block 10 du KL Auschwitz pour effectuer leurs expérimentations « médicales » sur plusieurs centaines de Juives mises à leur disposition. Fin mai 1943, le médecin SS-Hauptsturmführer Josef Mengele devient médecin-chef du camp des Tsiganes. Il sélectionnait particulièrement sur la rampe les jumeaux tsiganes et juifs pour ses expériences.

Le redoublement des massacres

Les massacres de Juifs redoublèrent alors que la Wehrmacht accumulait les défaites sur le front de l’est. Le 26 février 1944, 650 Juifs d’Italie venus du camp de Fossoli sont arrivés à Auschwitz. 29 femmes et 95 hommes dont Primo Levi furent admis dans le camp. Les 526 personnes restantes furent assassinées dans les chambres à gaz. Dans la nuit du 8 au 9 mars 1944, 3 790 Juifs arrivés de Theresienstadt en septembre 1943 furent gazés. Dans la nuit du 10 au 11 juillet et dans la journée du 12 juillet, 7 000 Juifs survivants de Theresienstadt ont connu le même sort. Le « Camp des familles » avait cessé d’exister. Entre-temps, à la mi-mai, la voie ferrée entrant dans le camp de Birkenau (Bahnrampe) a été mise en service pour l’arrivée des Juifs de Hongrie. Les chambres à gaz du crématoire V ont été activées pour des massacres de masse par l’installation d’une ventilation aussi puissante que celles des chambres à gaz des crématoire II et III. Le Bunker II qui avait été abandonné a été remis en service et des bûchers ont été installés dans la cour du crématoire V pour pallier les faiblesses de la conception du four crématoire. De la mi-mai au 9 juillet 1944, environ 438 000 Juifs hongrois ont été déportés vers Auschwitz et vers des camps de Silésie et d’autres régions du Reich. Plusieurs centaines de milliers ont été assassinées dans les chambres à gaz de Birkenau. Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, 2 897 Tziganes furent assassinés et le camp des Tziganes a été liquidé. Mais encore huit cents enfants et adolescents tsiganes qui avaient été auparavant envoyés, avec des adultes, de Birkenau au camp de concentration de Buchenwald comme aptes au travail, ont été de nouveau transférés à Auschwitz et tués dans le Crématoire V, le 10 octobre 1944. Enfin, un dernier grand convoi de 2 038 Juifs déportés de Theresienstadt arriva à Birkenau le 30 octobre ; 1 689 d’entre eux ont été assassinés dans les chambres à gaz.

La révolte du Sonderkommando juif

Les Juifs du Sonderkommando ont tenté une révolte désespérée. Le 7 octobre 1944, le Sonderkommando du Crématoire IV, dirigé, entre autres, par Zalmen Gradowski, s’est révolté. Les armes leur avaient été fournies par des détenues travaillant dans l’usine de munitions de l’Union-Werke dont une Juive polonaise de 23 ans, Roza Robota, qui avait réussi à établir un contact entre les femmes de l’Union-Werke et des membres du Sonderkommando. 451 détenus et 3 SS furent tués. Le Crématoire IV a été définitivement mis hors d’usage pendant la révolte.

 La fin d’Auschwitz

En novembre 1944 les assassinats par le gaz ont cessé à Birkenau et le 1er décembre ont commencé les travaux de démolition des Crématoires II et III, dynamités le 20 janvier 1945. Le Crématoire V a été dynamité le 22 janvier. Le 18 janvier 1945, les SS emmenèrent dans leur repli 58 000 détenus pour lesquels ont commencé les « marches de la mort ». Les premiers soldats de l’Armée rouge sont arrivés à Monowitz le 27 janvier.

Bilan du nombre des victimes

Pour les nombres des victimes, Francisezk Piper, historien du Musée d’Auschwitz-Birkenau, donne les ordres de grandeur suivants :

  • 1 300 000 personnes ont été déportées à Auschwitz. 400 000 ont été enregistrées. 1 100 000 y sont mortes dont environ 200 000 parmi les personnes enregistrées.
  • 1 100 000 Juifs de toutes nationalités ont été déportés à Auschwitz, 200 000 ont été enregistrés dans le camp. 900 000 Juifs sont morts dans les chambres à gaz et 100 000 qui avaient été enregistrés sont morts dans le camp de concentration ou les camps et Kommandos extérieurs.
  • Environ 208 000 autres détenus ont été enregistrés dans le camp, 120 000 y sont morts, soit :
  • 140 000 ou 150 000 Polonais non juifs ont été déportés, 140 000 ont été enregistrés, 70 000 à 75 000 sont morts,
  • 23 000 Tziganes d’origine surtout germanique ont été déportés, 23 000 ont été enregistrés, 21 000 sont morts,
  • 15 000 prisonniers de guerre soviétiques ont été déportés, 12 000 ont été enregistrés, 14 000 sont morts,
  • 25 000 personnes d’autres origines ont été déportées, 25 000 ont été enregistrées, de 10 000 à 15 000 sont mortes.