Ariel Handel, maître de conférences à la Bezalel Academy of Arts and Design, Jérusalem
Mori Ram, maître de conférences en Sciences politiques, Newcastle University
Cet article explore les implications théoriques et pratiques de la décolonisation dans le contexte du colonialisme de peuplement, en mettant l’accent sur Israël/Palestine. S’appuyant sur les récentes invocations de la « décolonisation » à la suite des événements du 7 octobre 2023, les auteurs s’opposent à la métaphorisation associée au discours décolonial. Ils proposent plutôt une reconceptualisation du colonialisme d’implantationcomme une forme d’« habitation violente » – un monopole structurel sur le droit de construire, d’habiter et de revendiquer un « foyer » – et ils plaident en faveur d’une forme de décolonisation à la fois « déstabilisante » et « stabilisante ». À travers une analyse critique de Fanon, Wolfe, Tuck, Yang et d’autres, l’article remet en question les cadres binaires colonisateurs-autochtones et souligne la nécessité d’une approche dialogique et contextuelle de la décolonisation. Cela implique de reconnaître la coexistence de multiples formations coloniales au sein même d’Israël/Palestine et de rejeter l’idée d’un acte décolonial unique ou total. Les auteurs appellent à des transformations politiques, juridiques, spatiales et ontologiques qui démantèlent les structures de domination tout en permettant aux deux populations de partager un sentiment d’appartenance et de sécurité. La décolonisation ne doit pas être imaginée comme un effacement des colons ou des autochtones, mais comme une reconfiguration de la souveraineté, de l’appartenance et de la cohabitation dans un avenir décolonial.
Mots-clés : colonialisme de peuplement, décolonisation, foyer, coexistence.