Cette contribution examine les affirmations selon lesquelles les institutions culturelles allemandes et/ou le pouvoir d’État réduiraient systématiquement au silence les voix pro-palestiniennes depuis le 7 octobre 2023. Elle se concentre sur des exemples emblématiques de reports, d’annulations et de désinvitations ayant touché des artistes et des intellectuels en Allemagne, ce qui a conduit à l’accusation selon laquelle le pays chercherait, à tout prix, à protéger Israël de toute critique. L’article montre que ces annulations répondent à des motivations diverses et plaide en faveur d’une interprétation plus nuancée et moins simplificatrice de ces événements.
Mots-clés : censure, culture mémorielle, controverse, Holocauste, Israël, 7-octobre
L’une des caractéristiques les plus constantes des débats sur la mémoire de la période national-socialiste en Allemagne est l’affirmation selon laquelle certains aspects ont fait l’objet d’un tabou, principalement dû à la crainte de relativiser le sentiment de responsabilité des Allemands à l’égard de la mémoire de la Shoah. Au cours des années 1990, la résurgence du souvenir des bombardements alliés s’est accompagnée d’affirmations véhémentes – et pas seulement de la part de la droite politique – selon lesquelles les Allemands n’avaient pas pu parler de ce sujet pendant longtemps, en raison d’une sorte de censure discursive. Dans un essai publié en 1999, l’écrivain W. G. Sebald affirmait que les effets des bombardements alliés pendant la Seconde Guerre mondiale étaient restés sous une sorte de tabou, comme un secret de famille honteux dans la mémoire allemande (voir Sebald, p. 9-11). La fuite et l’expulsion des Allemands des territoires de l’Est à la fin et après la Seconde Guerre mondiale est un autre sujet qui a fait l’objet d’une grande attention de la part des médias en Allemagne au cours de la première décennie du XXIe siècle. Là encore, cette attention a été présentée comme la libération d’un sujet tabou1. Selon Andreas Kossert (Kossert, p. 9), rien de ce qui peut être attribué au nazisme – à l’exception du génocide des Juifs – n’a autant blessé la société allemande que la fuite, l’expulsion et la perte des territoires de l’Est. Et pourtant, affirme-t-il, la plupart des Allemands ne veulent pas le voir, l’entendre ou le savoir.
Les plaintes concernant la dimension prétendument répressive de la mémoire allemande sont réapparues au cours du débat sur le discours prononcé par Martin Walser en 1998 à la Paulskirche de Francfort, à l’occasion de la remise du prix de la paix des libraires allemands. Dans ce discours, Walser diagnostiquait une tendance en Allemagne à utiliser l’Holocauste comme ce qu’il appelait un Einschüchterungsmittel, en d’autres termes comme un moyen d’exercer une pression intimidante – en l’occurrence sur des écrivains comme Walser – pour s’assurer que le passé nazi soit évoqué d’une certaine manière dans le présent (Walser, p. 13). Le discours de Walser a anticipé de plus de dix ans le poème de Günter Grass intitulé « Ce qui doit être dit » (Was gesagt werden muss), publié en 2012. Grass y parle de la menace atomique qu’Israël fait peser sur l’Iran, une menace qui, selon lui, ne peut être évoquée qu’au prix d’une punition : « le verdict d’“antisémitisme” est courant2 ». Grass a clairement estimé que la contrition allemande sur la des- truction des Juifs d’Europe était responsable de ce silence. Il a immédiatement été cloué au pilori pour avoir écrit ce que beaucoup considéraient comme un poème antisémite, accusant l’État juif de soif de sang, tout en banalisant la menace posée par l’Iran3.
Il faut être conscient que certaines affirmations évoquant des tabous peuvent avoir une fonction douteuse. Par exemple, en 2006, lorsque Günter Grass a reconnu publiquement son appartenance à la Waffen SS, il a été critiqué pour avoir gardé le silence sur son propre passé, un silence que beaucoup ont jugé hypocrite compte tenu de la vigueur avec laquelle il a dénoncé, au fil des décennies, le rôle joué par d’autres personnes dans le Troisième Reich4. En condamnant l’incapacité de l’Allemagne à faire face à la menace nucléaire prétendument posée par Israël, Grass a cherché à renverser la culture mémorielle à l’origine des critiques dont il avait fait l’objet. Il serait d’ailleurs malvenu de parler de tabous pour aborder des sujets tels que la fuite et l’expulsion, ou les fautes de la politique israélienne, alors qu’il existe de nombreux contre-exemples. Ainsi, la diffusion de la série télévisée Holocauste en Allemagne en 1979 est considérée à juste titre pour son influence importante sur l’émergence de la culture de la mémoire du génocide des Juifs. Mais cela ne signifie pas que l’accent mis sur la victimisation de l’Allemagne a disparu. En fait, à peine deux ans plus tard, la télévision bavaroise a produit une série importante sur la fuite et l’expulsion des Allemands5. Quant à Israël, en février 2011, Angela Merkel, alors chancelière, a réprimandé Benjamin Netanyahou pour n’avoir rien fait en faveur de la paix au Moyen-Orient, après que ce dernier eut exprimé sa déception de voir l’Allemagne voter en faveur d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant les colonies israéliennes en Cisjordanie6. En fait, l’Allemagne soutient régulièrement les résolutions de l’ONU critiquant Israël7.
Il serait certainement logique de parler d’une tendance ponctuelle à la moralisation dans la culture mémorielle allemande, comme le fait la spécialiste de la mémoire Aleida Assmann, mais pas d’un « tabou » (Assmann, référence Kindle : 1435). Plutôt que de considérer cette tendance comme quelque chose de néfaste, il faut la comprendre dans son contexte historique. La mémoire publique de la fuite et de l’expulsion, par exemple, a longtemps été monopolisée par des groupes d’anciens expulsés de droite réclamant le retour des territoires perdus. Ainsi, pendant longtemps, les craintes éthiques selon lesquelles une focalisation sur ce sujet pourrait encourager des sentiments révisionnistes n’étaient pas infondées. Avec la reconnaissance juridique de la frontière Oder-Neiße entre la Pologne et l’Allemagne en 1990, ces préoccupations sont devenues obsolètes. Ce règlement de paix définitif a entraîné une dépolitisation potentielle de la mémoire des souffrances allemandes pendant la guerre, ce qui a permis de retirer le sujet des mains des groupes de droite et de le « restituer » à l’ensemble de la population. Certains commentateurs ont réagi à la redécouverte de l’expérience allemande de la fuite et de l’expulsion par les Soviétiques, les Tchèques et les Polonais comme s’il s’agissait en fait d’une tentative de « relativiser » la Shoah. En d’autres termes, une attitude de préoccupation s’est transformée en une attitude de suspicion : ils n’ont pas pu croire en la capacité d’une nouvelle génération d’Allemands à réfléchir sur les souffrances allemandes pendant la guerre sans perdre de vue le contexte général de la perpétration du génocide des Juifs par les Allemands. Pourtant, la redécouverte du thème dans les années 1990 était à bien des égards une reconnexion émotionnelle, non révisionniste. J’ai récemment soutenu que ce dont l’Allemagne avait besoin, c’était d’une mémoire post-moralisatrice, c’est-à-dire d’une sortie de la moralisation identifiée par Assmann. Et malgré certaines réserves, j’étais confiant dans le fait qu’une telle évolution soit désormais envisageable (Niven, 2021).
Puis vint le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza. Depuis lors, l’Allemagne a été accusée au niveau international de poursuivre fermement une ligne pro-israélienne et de faire taire les voix propalestiniennes en raison de leurs critiques à l’égard d’Israël. En novembre 2023, la philosophe Susan Neiman a affirmé que les voix palestiniennes étaient étouffées en Allemagne, ainsi que celles des Juifs qui osaient exprimer des critiques à l’égard de la guerre d’Israël ou des réponses apportées par l’Allemagne8. En octobre, elle avait même affirmé que les aspirations de l’Allemagne pour faire face à son histoire criminelle étaient « passées de la vigilance à un maccarthysme philo-sémitique9. » L’essayiste et romancier indien Pankaj Mishra a affirmé que « les auto- rités allemandes avaient lancé une répression impitoyable contre les manifestations publiques de soutien à la Palestine », tandis que les institutions culturelles financées par l’État « pénalisent depuis longtemps les artistes et les intellectuels d’origine non occidentale » et, aujourd’hui, mettent même au pas les écrivains et les artistes juifs10. A. Dirk Moses, spécialiste des génocides, a également reproché à l’Allemagne de réprimer les voix propalestiniennes11. Tous ces commentateurs, et d’autres encore, critiquent la Staaträson, au sens de « raison d’État » allemande, terme appliqué en 2008 par la chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel, à la responsabilité historique particulière de l’Allemagne à l’égard d’Israël : « Cela signifie, a-t-elle poursuivi, que la sécurité d’Israël n’est pas négociable pour moi en tant que chancelière allemande12. »
Est-il vrai pour autant, comme le suggèrent les commentateurs cités, que la critique d’Israël soit devenue taboue depuis le 7 octobre ? La moralisation est-elle en train non pas de reculer, mais d’augmenter ? Est-ce dans l’intérêt d’un souci « névrotique » de prévention de l’antisémitisme ? Ou même, désormais, comme un moyen de s’assurer que l’Allemagne puisse recevoir l’absolution pour le crime de l’Holocauste par le biais d’une identification douteuse avec Israël ?
DES ÉVÉNEMENTS ANNULÉS
Il n’est pas possible d’examiner ici toutes les critiques dont l’Allemagne a fait l’objet. Je souhaite dans ce papier me concentrer sur la question des reports et annulations d’invitations de personnalités publiques, en examinant certains des exemples mentionnés par Neiman, Mishra et Moses. Moses et Neiman, par exemple, mentionnent le cas d’Adania Shibli, une écrivaine palestinienne. Shibli devait recevoir le prix littéraire Litprom (LiBeraturpreis) en Allemagne pour un court récit paru en traduction allemande en 2022 (Shibli). La première partie du récit décrit le viol collectif et le meurtre d’une jeune Bédouine arabe par une unité de l’armée israélienne en 1949, la seconde partie raconte les difficultés rencontrées des décennies plus tard par une Palestinienne qui tente d’en savoir plus sur l’incident. La cérémonie de remise du prix devait avoir lieu dans le cadre de la Foire du livre de Francfort d’octobre 2023. Cependant, peu avant le début de la foire, Litprom a annulé la remise du prix en donnant l’explication suivante : « en raison de la guerre déclenchée par le Hamas, qui fait souffrir des millions de personnes en Israël et en Palestine, l’organisateur Litprom a décidé de ne pas organiser la cérémonie de remise du prix du LiBeraturpreis à la Foire du livre de Francfort13. » Quel est le rapport entre la cérémonie de remise du prix de Shibli et l’attaque du Hamas ? Trois jours avant l’annonce de Litprom, un article avait été publié dans le grand journal allemand, Die Tageszeitung (Taz), condamnant l’idée de remettre le prix à Shibli lors de la Foire. Dans cet article, Ulrich Noller, qui avait quitté le jury de Litprom pour protester contre la décision prise plus tôt dans l’année de décerner le prix à Shibli, suggérait en fait que le récit, Un détail mineur, avait un caractère antisémite14. Le livre de Shibli met certes en lumière la violence israélienne et le système de contrôle auquel sont soumis les Palestiniens, mais le point de vue de Noller est plus que discutable.
Si le Litprom, qui est soutenu, entre autres, par le ministère allemand des Affaires étrangères et l’Institut Goethe, a annulé la remise du prix par crainte d’être accusé d’antisémitisme, il s’est plié précisément au type de pression que les critiques estiment que l’Allemagne applique en raison de son incapacité, voire de son refus, de faire la distinction entre la critique légitime d’Israël (Israelkritik) et l’antisémitisme. Mais dans une lettre d’excuses à Shibli, Litprom a fermement rejeté « les accusations et les diffamations faites contre elle et son livre dans une partie de la presse » et a clairement indiqué son intention d’organiser la cérémonie de remise du prix « à un autre moment, dans une atmosphère moins chargée politiquement15. » Car il ne faut pas négliger un facteur important. Le texte de Shibli étant centré sur une atrocité israélienne, la remise du prix si peu de temps après le massacre du 7 octobre aurait pu impliquer (involontairement) une tentative de détourner l’attention de ce massacre, ou de l’expliquer comme une réponse à la souffrance historique des Palestiniens. Depuis le 7 octobre, de nombreux membres de la gauche n’ont pas hésité à désigner l’encerclement ou l’« occupation » de Gaza par Israël comme le principal motif du massacre, le qualifiant même de résistance du Hamas, tout en négligeant le rôle de l’antisémitisme, de l’endoctrinement islamiste et du nationalisme arabe extrémiste16. Il est tout à fait compréhensible que Litprom ne veuille pas donner l’impression de s’identifier à ce point de vue.
Mais ce n’est pas tout. Les atrocités commises par des soldats juifs et décrites dans le récit se déroulent dans le kibboutz Nirim ou à proximité, dans le Néguev, la première colonie juive à avoir été attaquée par l’armée égyptienne au début de la guerre israélo-arabe en 1948. Plus tard, le kibboutz Nirim, dont le musée et les archives sont visités par la narratrice de Shibli, a été déplacé à quelque 25 kilomètres au nord. Le 7 octobre 2023, il a été l’un des kibboutzim attaqués par le Hamas ; au moins cinq personnes ont été assassinées et d’autres ont été enlevées et emmenées à Gaza. D’autres kibboutzim proches du lieu d’origine de Nirim où se déroule le viol dans le roman (Dangour) ont également été attaqués par le Hamas. En d’autres termes, le fait que Litprom puisse célébrer le roman de Shibli si peu de temps après ce massacre lors d’une grande foire internationale du livre aurait sans doute été une démonstration d’insensibilité à l’égard des victimes des kibboutzim du 7 octobre. Toutefois, Litprom a agi de manière injuste envers Shibli en prenant sa décision sans la consulter au préalable17. Et ce n’est certainement pas la faute de Shibli si une remise de prix autour de son roman est devenue gênante en raison de la situation politique. La controverse a jeté une ombre sur l’autrice et sur son roman, tout en contribuant aussi à attirer l’attention du public sur ce dernier. Pour leur défense, les organisateurs ont essayé de fixer une autre date et un autre lieu pour la remise du prix à Shibli, mais pour des raisons non précisées, ils n’ont pas pu se mettre d’accord sur le format de la cérémonie. Ils ont sincèrement regretté de ne pouvoir remettre le prix et ont décidé de ne pas décerner de prix en 2024, afin de se donner le temps de repenser le concept sous-jacent et les méthodes de remise des prix18. Si l’on peut accuser Litprom d’autoritarisme, voire d’hypervigilance (un aspect de la moralisation évoquée plus haut), le report du prix ne résulte pas d’une volonté de faire taire une voix palestinienne critique, mais du souhait de respecter la mémoire de ceux qui, à peine une semaine auparavant, ont été victimes du pire massacre de Juifs depuis l’Holocauste.
Une évaluation similaire peut être faite dans le cas de l’annulation, à la fin du mois d’octobre 2023, d’une importante conférence organisée à Berlin par l’artiste sud-africaine Candice Breitz (l’un des exemples cités par Mishra) et le spécialiste de littérature Michael Rothberg, tous deux d’origine juive19. L’Agence fédérale pour l’éducation politique (Bundeszentrale für politische Bildung), qui devait accueillir l’événement, est responsable de l’annulation. Intitulée « Nous avons encore besoin de parler : Vers une culture relationnelle du souvenir » (We Still Need to Talk: Towards a Relational Culture of Remembrance), la conférence aurait exploré, selon une déclaration de Breitz et Rothberg du 24 octobre 2023, publiée immédiatement après l’annulation, « des questions cruciales liées au génocide, à la violence politique, à l’antisémitisme, au racisme et au renforcement des solidarités intersectionnelles au moment même où de tels dialogues – aussi difficiles soient-ils – sont plus nécessaires et plus urgents que jamais20. » L’Agence fédérale pour l’éducation politique a justifié son annulation, en suggérant plutôt un report, en se référant aux « terribles événements » du 7 octobre : « C’est un moment de deuil et de solidarité avec Israël et les victimes21. » L’Agence a déclaré que son souhait d’inclure un plus large éventail de perspectives à la conférence de Berlin, pour refléter la nature controversée du sujet, n’avait été que modérément couronné de succès. La crainte que la conférence ne produise une critique postcoloniale unilatérale d’Israël plutôt qu’une vision à multiples facettes semble être confirmée par les thèmes et les panels envisagés22. Les choses n’ont pas été facilitées par le fait que l’un des orateurs du programme initial, le conservateur libanais Edwin Nasr, avait utilisé l’expression « justice poétique » en référence aux événements du 7 octobre. Bien que Nasr se soit retiré du symposium le 12 octobre, ces remarques, y compris l’affirmation selon laquelle « la lutte anticoloniale implique intrinsèquement l’effusion de sang », ont laissé un goût amer dans la bouche23.
L’Agence n’aurait pas soutenu le projet de conférence We Still Need to Talk si elle avait voulu faire taire les critiques à l’égard d’Israël. Le report a eu lieu parce que les préoccupations concernant le manque d’équilibre de la conférence ont pris de l’importance dans le contexte de l’attaque du Hamas et de la réponse d’Israël. Si le report s’est transformé en annulation, c’est en grande partie à cause des déclarations faites par Candice Breitz lors d’une manifestation le 10 novembre 2023 à Berlin (We still still still need to talk). Elle s’y est plainte de « l’érosion continue de la sphère publique allemande par le biais d’accusations instrumentalisées d’antisémitisme » et du fait que « faire taire les voix qui dérangent ou qui sont inconfortables est une caractéristique des régimes autoritaires24. » On se demande, face à cette allégation, ce que l’Agence pour l’éducation politique aurait pu faire d’autre que d’annuler. Quoi qu’il en soit, elle ne semble pas avoir cherché à dialoguer avec Breitz ou Rothberg au cours de cette période. En effet, l’accusation d’autoritarisme peut certainement être soutenue dans le cas d’une autre annulation qui a affecté Breitz. À la suite de sa protestation du 10 novembre, la galerie moderne du musée de Sarrebruck a décidé de ne pas présenter son exposition « TLDR », qui consistait en une installation vidéo à 13 canaux mettant en scène une communauté d’activistes du travail sexuel au Cap. Breitz n’a pas été informée à l’avance de cette annulation. Dans une déclaration officielle, la Fondation du patrimoine culturel de la Sarre (SSK), se référant à ses messages sur les réseaux sociaux, a déclaré qu’elle n’offrirait pas de plateforme à une artiste qui qualifie de génocide le droit d’Israël à se défendre en réaction à l’attaque terroriste lâche et brutale du Hamas, et qui justifie cette attaque comme étant le résultat de la coexistence conflictuelle permanente des Palestiniens et des Israéliens. Pourtant, dans les messages cités sur les réseaux sociaux, Breitz n’a pas justifié ce qui s’est passé le 7 octobre, même si elle a qualifié la réponse d’Israël de génocidaire25. En fait, comme l’a dit un journal, elle était l’une des rares artistes à avoir « dès le début condamné très clairement le Hamas26. » Dans ce cas, l’attitude de l’Allemagne, qui se préoccupait de l’antisémitisme, s’est en effet transformée en une attitude de suspicion. L’annulation de Breitz était d’autant plus injustifiée que son exposition n’avait absolument rien à voir avec ses opinions politiques sur la guerre Israël-Gaza.
Deux autres cas cités par Moses comme des exemples de répression de voix propalestiniennes révèlent en revanche une réaction sans doute compréhensible de la part des institutions concernées27. Le 7 février 2024, la Société Max Planck a publié un communiqué déclarant que, en accord avec l’Institut Max Planck d’anthropologie sociale, elle avait mis fin à sa relation de travail avec le chercheur libano-australien Ghassan Hage, qui était employé par cet institut depuis avril 2023. La raison : M. Hage avait récemment « partagé une série de messages sur les réseaux sociaux exprimant des points de vue incompatibles avec les valeurs fondamentales de la Société Max Planck ». La déclaration conclut : « Le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme, la discrimination, la haine et l’agitation n’ont pas leur place au sein de la Société Max Planck28. » En effet, dans l’un des messages postés sur Twitter (maintenant X) auxquels la Société faisait probablement référence, Hage avait écrit : « les Palestiniens, comme tous les peuples colonisés, continuent de démontrer que leur capacité de résistance est infinie. Ils ne se contentent pas de creuser des tunnels. Ils peuvent voler au-dessus des murs29. » Le fait que ce commentaire représente une glorification du 7 octobre est, pour le moins, une interprétation juste. Moses fait également référence à la décision de l’université de Cologne de ne pas offrir à la philosophe juive américaine Nancy Fraser la chaire Albertus Magnus en 2024. La raison en était la signature par Fraser de la lettre ouverte « Philosophie pour la Palestine » de novembre 2023, qui, selon une déclaration de l’université, remettait en question le droit d’Israël à exister, élevait l’attaque du Hamas du 7 octobre au rang d’acte de résistance légitime et appelait au boycott des institutions israéliennes30. Quoi que l’on pense de cette interprétation de la lettre ouverte, il est certain qu’elle dénonce Israël et semble le rendre responsable de l’attaque du 7 octobre, tout en l’accusant d’ethno-nationalisme et de génocide. Et elle appelle effectivement au boycott, ce que l’Université de Cologne considère comme « inconciliable avec nos liens étroits avec les institutions partenaires israéliennes31. » Tant cette université que la Société Max Planck respectaient leurs propres statuts et n’agissaient pas dans le but de faire taire les voix propalestiniennes. On peut également se demander à quel moment ces voix prennent des accents antisémites (Hage), auquel cas une certaine forme de rejet serait certainement justifiée.
RÉACTUALISATION DE L’ANTISÉMITISME
Les affirmations à l’emporte-pièce selon lesquelles l’Allemagne cherche systématiquement à museler les critiques à l’égard d’Israël sont donc profondément discutables. Par ailleurs, les annulations évoquées ci-dessus ont touché un certain nombre d’intellectuels juifs, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec leur judéité. Il est donc fallacieux de suggérer, comme le fait Dirk Moses à propos de certaines de ces annulations, que la « raison d’État » allemande est antisémite32. En tout état de cause, ces annulations sont rarement replacées par leurs détracteurs dans le contexte plus large de l’expérience juive dans son ensemble33. Depuis octobre 2023, les Juifs d’Allemagne et d’ailleurs sont devenus des boucs émissaires en réponse aux bombardements et à l’invasion de Gaza par Israël, simplement parce qu’ils sont juifs et indépendamment de leur opinion sur Israël. Selon les personnes juives interrogées en Allemagne dans le cadre d’une enquête récente, elles ont été confrontées dès le 7 octobre à la « relativisation », à la « banalisation » et même au « blâme ». Certains ont décrit des discriminations au travail34.
Le terme Empathielosigkeit, c’est-à-dire le manque d’empathie, est souvent utilisé dans ce contexte. Les étudiants juifs des universités allemandes, en particulier à Berlin, ont dû à plusieurs reprises faire face à des manifestations propalestiniennes où s’exprimait de l’antisémitisme – comme lorsque des activistes ont occupé l’amphithéâtre de l’Université des arts de Berlin avec des mains peintes en rouge, rappelant le lynchage de deux réservistes israéliens à Ramallah le 12 octobre 2000 (l’un des lyncheurs était apparu à une fenêtre en agitant des mains tachées de sang35). Les appels à la « mondialisation » de l’intifada ont eu leurs variantes locales allemandes, comme « De Dahlem à Gaza – Yallah Intifada », scandé par des manifestants propalestiniens à l’Université libre de Berlin en novembre 202336. Il n’est guère surprenant que les Juifs d’Allemagne se sentent menacés par de tels slogans. Un rapport publié en Allemagne en 2023 par RIAS, qui étudie et recueille des données sur l’antisémitisme, note qu’après le 7 octobre, l’antisémitisme s’est manifesté dans tous les domaines de la société « d’une manière inconnue jusqu’alors ». Ressentant un profond sentiment d’insécurité, les Juifs ont commencé à se retirer de la vie publique37. Il ne fait aucun doute que les Juifs d’Allemagne, et même d’Europe, sont ciblés comme partageant la responsabilité de la politique de Netanyahou. L’attribution collective de la responsabilité aux Juifs, indépendamment de leur implication réelle, est un trope antisémite classique.
Les menaces de mort, les attaques contre les biens juifs et les violences à l’encontre des Juifs en Allemagne ont considérablement augmenté depuis le 7 octobre 2023. Les restaurants juifs de Berlin, par exemple, ont fait l’objet d’actes de vandalisme et ont subi d’énormes pertes de revenus parce qu’ils étaient boudés, ce qui a conduit dans, au moins un cas, à la fermeture de l’établissement38. Des graffitis antisémites ont été inscrits sur des monuments commémoratifs de l’Holocauste, des maisons où vivent des Juifs ont été marquées d’une étoile de David, des drapeaux israéliens ont été brûlés. Des Juifs ont été attaqués dans la rue39. La véritable explosion d’antisémitisme en Allemagne depuis le 7 octobre est évidente dans le rapport du RIAS mentionné ci-dessus, qui a enregistré une augmentation de 83 % des incidents antisémites en 2023 par rapport à 2022, plus de la moitié (2 787) de ces incidents (4 782) s’étant produits au cours des trois derniers mois de 202340. 71 % de ces incidents ont été attribués par le RIAS à des formes d’« anti-sémitisme lié à Israël » (israelbezogener Antisemitismus), y compris la délégitimation d’Israël et l’identification des Juifs d’Allemagne à Israël. Un rapport ultérieur a révélé qu’au cours des six premiers mois de 2024, il y a eu plus d’incidents antisémites à Berlin que pendant toute l’année 2023, et plus d’incidents de nature abusive et violente41. Là encore, environ 71 % des incidents antisémites enregistrés renvoyaient à l’antisémitisme lié à Israël, souvent corrélé à ce que le rapport appelle « l’antisémitisme post-Shoah », qui consiste notamment à assimiler Israël ou le sionisme au nazisme42.
En outre, les voix propalestiniennes ne sont pas les seules concernées par la « cancel culture ». Peu après le 7 octobre, des lettres ouvertes ont circulé dans le monde entier pour condamner Israël et faire pression sur la société civile et les institutions pour qu’elles prennent position. Un exemple clé est la Lettre ouverte de la communauté artistique aux organisations culturelles, du 19 octobre 2023, qui accusait Israël de « génocide » et appelait les organisations artistiques internationales à « refuser l’inhumanité43 ». En janvier 2024, une campagne « Strike Germany » a été lancée, appelant les « travailleurs culturels internationaux à se mettre en grève des institutions culturelles allemandes » en raison de la répression prétendument « maccarthyste » de la liberté d’expression en Allemagne, « en particulier des expressions de solidarité avec la Palestine44 ». L’appel à la grève a été signé, entre autres, par Judith Butler et Annie Ernaux. La grève a eu des conséquences, même lorsqu’il s’agissait d’organiser une conférence à Mayence sur un sujet médiéval45. Des groupes de pression propa- lestiniens en Allemagne ont réussi à provoquer des boycotts. Fin 2024, les Étudiants pour la Palestine Leipzig, par exemple, ont lancé une campagne contre l’historien israélien Benny Morris ; l’université de Leipzig a finalement annulé la conférence qu’il devait donner46. Toujours à la fin de l’année 2024, une exposition créée par le British Natio- nal Holocaust Centre – « The Vicious Circle », consacrée aux pogroms antijuifs dans une perspective historique – a été annulée par l’Université libre de Berlin sans pression extérieure immédiate, prétendument parce qu’elle risquait de susciter une « forte émotion47 ». Mais il faut dire que l’Université libre avait connu, quelques mois plus tôt, de nombreuses manifestations propalestiniennes sur le campus48. Il convient de déterminer combien d’événements en Allemagne jugés « sionistes » par les groupes de pression propalestiniens ont été annulés depuis le 7 octobre 2023, pression qu’ils exercent de manière bien plus agressive que les groupes qui font pression en faveur d’Israël49. Cette pression crée des problèmes de sécurité pour les organisateurs.
Ainsi, un événement auquel participait la consule générale d’Israël, Talya Lador-Fresher, a été annulé par l’Université Goethe de Francfort pour des raisons de sécurité, à la suite de protestations massives50.
Enfin, les manifestants propalestiniens n’hésitent pas à perturber les événements pour tenter de les saper, perturbations qui prennent souvent la forme de chahut. Lors d’une lecture des Origines du totalitarisme de Hannah Arendt en février 2024 à la galerie Hamburger Bahnhof de Berlin, Mirjam Wenzel, directrice du musée juif de Francfort, a été conspuée par un groupe propalestinien présent dans l’assistance, qui l’accusait notamment d’être raciste, et le codirecteur libanais de la galerie, Sam Bardaouil, a essuyé des crachats lorsqu’il a tenté de s’interposer51. Le même mois, la professeure de droit israélienne Daphne Barak-Erez a été conspuée par des militants propalestiniens lors d’une conférence organisée par l’Université Humboldt de Berlin, et la discussion en tribune à laquelle elle participait a dû être abandonnée52.
L’AUTRE VERSANT DE LA CRITIQUE
C’est devenu presque un truisme pour les critiques de la culture mémorielle allemande – surtout depuis le 7 octobre 2023 – de suggérer que l’Allemagne a conclu un contrat politico-mémoriel plutôt douteux avec l’État juif. En d’autres termes, afin de recevoir l’absolution pour la Shoah, l’Allemagne fournit un soutien illimité (économique, politique, militaire) à Israël. Et pour préserver cet équilibre, l’Allemagne doit s’abstenir de critiquer son partenaire quasi-contractuel. Elle doit également faire taire les voix palestiniennes (se déchargeant par la même occasion des accusations d’antisémitisme sur les musulmans [Özyürek, 2023]) et celles de nombreux Juifs de gauche, principalement en Europe et en Amérique. Il s’agit donc d’un équilibre maintenu au prix de la liberté d’expression – en restant silencieux ou même en soutenant ce que beaucoup considèrent comme un génocide à Gaza, précisément le type d’horreur contre lequel la mémoire de la Shoah devrait s’élever. Pourtant, l’Allemagne n’a guère apporté un soutien inconditionnel à Israël, devenant de plus en plus critique au fur et à mesure que la guerre actuelle se prolongeait. En octobre 2024, la presse allemande a rapporté que la ministre des Affaires étrangères des Verts,
Annalena Baerbock, et son collègue Robert Habeck, ministre de l’Économie, bloquaient les livraisons d’armes à Israël depuis janvier, insistant pour qu’Israël signe une garantie écrite que les armes ne seraient pas utilisées à des fins de génocide53. Il n’y a certainement pas de tabou de la sorte non plus dans les médias allemands qui, même après le 7 octobre, sont restés assez critiques à l’égard d’Israël (Hessenauer & Uwira). Si c’était le cas, il serait difficile pour ceux qui prétendent qu’il existe un tabou de l’affirmer haut et fort dans les médias allemands grand public ou dans les talk-shows de la télévision allemande regardés par des millions de personnes54. Deborah Feldman, l’une des personnes dont Pankaj Mishra affirme que leur manifestation a été « annulée » en Allemagne, en est un bon exemple55. Comme le dit l’écrivain germano-russo-juif Boris Schumatsky : « Deborah Feldman dit qu’elle n’est pas autorisée à exprimer son opinion à cause du “fétichisme juif” allemand. Elle le dit dans les journaux, dans les discussions de podium, à la télévision, sur la radio de ma cuisine, et j’ose à peine utiliser mon grille-pain au cas où j’entendrais Feldman se plaindre à travers lui qu’elle n’a pas le droit de parler56. »
L’Allemagne, en raison de la Shoah, reste attachée à la sécurité d’Israël et à faire tout ce qui est en son pouvoir pour protéger les Juifs vivant en Allemagne, dont la vie est devenue beaucoup plus difficile depuis le 7 octobre. En réponse, certaines organisations publiques, institutions financées par l’État ou organismes culturels partiellement financés par l’État sont préoccupés par le fait d’offrir une plateforme à des personnes et à des événements lorsque les facteurs suivants (entre autres) peuvent entrer en jeu : soutien au BDS (un mouvement que l’on peut qualifier d’antisémite) et appels au boycott d’Israël et des Israéliens57, comparaisons indifférenciées d’Israël avec le système d’apartheid d’Afrique du Sud, représentations unilatérales d’Israël en tant qu’État colonial, accusations de génocide israélien parallèlement à l’idée que l’attaque du Hamas constituait une « résistance », et représentations déséquilibrées du conflit israélo-palestinien qui accusent essentiellement Israël d’avoir créé toutes les conditions qui ont conduit à l’attaque du 7 octobre et font preuve de peu de compassion pour les victimes. On pourrait penser que les organisations subventionnées par l’État sont sensibles aux préjugés dans toutes les activités menées sous leurs auspices. Le senti- ment de responsabilité de l’Allemagne à l’égard d’Israël crée évidemment une sensibilité particulière. Cependant, même si les préoccupations décrites ci-dessus ont parfois pris une dimension moralisatrice, névrotique et autoritaire, la plupart des annulations semblent compréhensibles, en particulier lorsqu’il faut tenir compte des sentiments des Israéliens si peu de temps après le 7 octobre, ou lorsqu’il y a des preuves réelles d’antisémitisme.
Le défenseur israélien des droits de l’homme Natan Sharanksy a mis au point le « test 3D » pour distinguer les critiques légitimes d’Israël de l’antisémitisme. Les D sont la délégitimation, la diabolisation et les deux poids, deux mesures (Sharansky). On pourrait également appliquer un test 3D pour distinguer la critique légitime de la réponse de l’Allemagne au 7 octobre de la condamnation injuste – une condamnation souvent accompagnée d’un discrédit de la culture mémorielle allemande58. Dans ce cas, la délégitimation opère en rejetant toutes les annulations comme si elles étaient le résultat d’un complexe de culpabilité socio-pathologique allemand en quête de rédemption, en négligeant les préoccupations décrites plus haut – et en négligeant l’objection selon laquelle il serait beaucoup plus facile pour l’Allemagne de chercher à se soulager du fardeau de la culpabilité en fustigeant Israël en tant qu’entreprise génocidaire. La diabolisation fonctionne à son tour, par exemple, en qualifiant l’Allemagne de « maccarthyste », une appellation erronée étant donné qu’il n’y a aucune preuve réelle de répression ; ironiquement, des sections de la gauche d’aujourd’hui sont en effet engagées à saper un État, en l’occurrence Israël.
Il y a bien ainsi deux poids, deux mesures lorsque des voix propalestiniennes se plaignent de la campagne du gouvernement allemand contre le BDS tout en soutenant haut et fort les boycotts demandés par cette même organisation. Il y a également deux poids, deux mesures lorsque des critiques, comme Moses, n’hésitent pas à accuser l’Allemagne d’antisémitisme lorsqu’il s’agit de ce qu’ils perçoivent comme la réduction au silence des voix juives progressistes59, tout en omettant de mentionner que le soutien à la cause palestinienne est, malheureusement, souvent allé de pair avec une revitalisation de l’antisémitisme. Il est vrai que, parfois, les institutions allemandes ont adopté une posture moralisatrice dans leur réponse au 7 octobre. Mais cela ne s’est pas produit de manière aussi généralisée que ne le prétendent leurs détracteurs. En réalité, ce sont justement les généralisations de ces critiques qui relèvent elles-mêmes d’une condamnation moralisatrice.
Bill Niven, Université de Nottingham Trent
Œuvres citées
Assmann, Aleida, 2013, Das neue Unbehagen an der Erinnerungskultur, Munich, C.H. Beck (version Kindle).
Hessenauer, Jonas & Lukas Uwira, 2024, « The German Press, Israel, and October 7, 2023: Initial Research Findings on the Israeli-Palestinian Conflict », in Rosa Freedman, David Hirsch & Odeliya Lanir Zafir (dir.), Responses to 7 October : Antisemitic Discourse, Londres et New York, Routledge, p. 71-79.
Kossert, Andreas, 2008, Kalte Heimat: Die Geschichte der Deutschen Vertriebenen nach 1945, Munich, Siedler.
Niven, Bill, 2021, « Jüngere Strömungen deutscher Erinnerungskultur – einige Beobachtungen », in Magnus Brechtken (dir.), Aufarbeitung des Nationalsozialismus. Ein Kompendium, Göttingen, Wallstein, p. 647-668.
Özyürek, Esra, 2023, Subcontractors of Guilt: Holocaust Memory & Muslim Belonging in Postwar Germany, Stanford, Stanford University Press.
Sebald, W.G., 2003, De la Destruction comme élément de l’histoire naturelle [1999], traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau, Anthea Bell, New York, Random House.
Sharansky, Natan, 2004, « 3D Test of Anti-Semitism: Demonization, Double Standards, Delegitimization », Jewish Political Studies Review, 16, p. 3-4.
Shibli, Adania, 2020 [2011], Un Détail mineur, traduit de l’arabe palestinien par Stéphanie Dujols, Arles, Actes sud, Babel.
Walser, Martin, 1999, « 11.10.1998: Erfahrungen beim Verfassen einer Sonntagsrede », in Frank Schirrmacher (dir.), Die Walser-Bubis-Debatte: Eine Dokumentation, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, p. 7-17.
Notes
1 Voir « Das Tabu der vertriebenen Deutschen », Deutsche Welle, 23 septembre 2003. https://www.dw.com/de/das-tabu-der-vertriebenen-deutschen/a-977260 (consulté le 28/02/2025).
2 Günter Grass, « Was gesagt werden muss », Süddeutsche Zeitung, 4 avril 2012. Voir la traduction française par Olivier Mannoni (Le Monde, 5 avril 2012) : https://www.lemonde.fr/europe/article/2012/04/05/gunter-grass-ce-qui-doit-etre-dit_1681403_3214.html (consulté le 25 mai 2025).
3 « Grass-Gedicht ruft wütende Reaktionen hervor », Süddeutsche Zeitung, 5 avril 2012. https://www.sueddeutsche.de/politik/antisemitismus- vorwurf-gegen-nobelpreistraeger-grass-gedicht-ruft-wuetende-reaktionen- hervor-1.1326110 (consulté le 09/03/2025).
4 Sven F. Kellerhoff, « Flucht aus der Wirklichkeit », Die Welt, 15 août 2006. https://www.welt.de/politik/article236002/Flucht-aus-der-Wirklichkeit.html (consulté le 09/03/2025).
5 Flucht und Vertreibung, Bayerischer Rundfunk, 1981.
6 Harriet Sherwood, « Merkel rebukes Israeli PM Netanyahu for failing to advance peace », The Guardian, 25 février 2011, https://www.theguardian. com/world/2011/feb/25/merkel-rebukes-netanyahu-peace-israel (consulté le 09/03/2025).
7 Lennart Pfahler, « Auswärtiges Amt rechtfertigt Zustimmung zu Resolution gegen Israel », Die Welt, 23 avril 2020. https://www.welt.de/politik/deutschland/article230572665/UN-Menschenrechtsrat-Auswaertiges-Amt-rechtfertigt-Zustimmung-zu-Resolution-gegen-Israel.html (consulté le 09/03/2025).
8 Susan Neiman, « Germany on Edge », The New York Review of Books, 3 novembre 2023. https://www.nybooks.com/online/2023/11/03/germany-on-edge-israel-palestine/ (consulté le 09/03/2025).
9 Susan Neiman, « Historical Reckoning Gone Haywire », The New York Review of Books, 19 octobre 2023. https://www.nybooks.com/articles/2023/10/19/historical-reckoning-gone-haywire-germany-susan-neiman/ (consulté le 09/03/2025).
10 Pankaj Mishra, « Israel and the delusions of Germany’s “memory culture” », The Guardian, 30 janvier 2025. https://www.theguardian.com/news/2025/jan/30/israel-and-the-delusions-of-germanys-memory-culture (consulté le 09/03/2025).
11 Dirk Moses, « The German Reason of State as State Anti-Semitism », American-German Institute, 28 janvier 2025. https://americangerman.institute/2025/01/the-german-reason-of-state-as-state-anti-semitism/ (consulté le 09/03/2025).
12 Die Bundesregierung, « Rede von Bundeskanzerlin Dr. Angela Merkel vor der Knesset », 18 mars 2008. https://www.bundesregierung.de/breg-de/service/newsletter-und-abos/bulletin/rede-von-bundeskanzlerin-dr-angela-merkel-796170 (consulté le 09/03/2025).
13 Cité dans Denis Muller, « A Palestinian author’s award ceremony has been cancelled at Frankfurt Book Fair », The Conversation, 18 octobre 2023. https:// theconversation.com/a-palestinian-authors-award-ceremony-has-been-cancelled-at-frankfurt-book-fair-this-sends-the-wrong-signals-at-the-wrong- time-215712 (consulté le 09/03/2025).
14 Carsten Otte, « Schatten auf der Buchmesse », taz, 10 octobre 2023. https://taz.de/Debatte-um-Autorin-Adania-Shibli/!5965811/ (consulté le 09/03/2025).
15 Litprom, « Apology to Adania Shibli », 15 octobre 2023, https://www.litprom.de/beste-b%C3%BCcher/liberaturpreis/preistr%C3%A4gerin-2023/ (09/03/2025).
16 Voir par exemple Judith Butler, « The Compass of Mourning », London Review of Books, 19 octobre 2023, https://www.lrb.co.uk/the-paper/v45/n20/judith-butler/the-compass-of-mourning (09/03/2025).
17 Voir Aishvarya Kavi, « Award Ceremony for Palestinian Author at Frankfurt Book Fair is Cancelled », The New York Times, 13 octobre 2023. https://www. nytimes.com/2023/10/13/books/frankfurt-book-fair-cancels-award-adania- shibli.html (consulté le 09/03/2025).
18 Voir Aishvarya Kavi, « Award Ceremony for Palestinian Author at Frankfurt Book Fair is Cancelled », The New York Times, 13 octobre 2023. https://www. nytimes.com/2023/10/13/books/frankfurt-book-fair-cancels-award-adania-shibli.html (consulté le 09/03/2025).
19 Mishra, « Israel and the delusions of Germany’s “memory culture” », cf. supra note 10.
20 Cité dans Meghna Singh, « Art Inhibition », The Caravan, 31 décembre 2023. https://caravanmagazine.in/art/germany-special-responsibility-for-israel-stifles-art (consulté le 09/03/2025).
21 Bundeszentrale für politische Bildung, « Termin abgesagt, Veranstaltung verschoben: We Still Need to Talk », octobre 2023, https://www.bpb.de/ veranstaltungen/veranstaltungskalender/542134/termin-abgesagt-veranstaltung-verschoben-we-still-need-to-talk/ (consulté le 09/03/2025).
22 Voir Novina Göhlsdorf, „Das ist kein Spiel mehr“, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 19 novembre 2023. https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/zur-absage-der-tagung-we-still-need-to-talk-19320980.html (consulté le 09/03/2023).
23 Margaret Carrigan, « Berlin Court Convicts Curator over Social Media Posts », artnet, 19 novembre 2024. https://news.artnet.com/art-world/berlin-court-convicts-curator-2570289 (consulté le 09/03/2025).
24 Voir la page Instagram de Candice Breitz à l’adresse https://www.instagram.com/candicebreitz/p/C1K-dvwIJwS/?img_index=1 (consulté le 28/01/2025).
25 Voir Klaus Harth, « Presseerklärung Stiftung Saarländischer Kulturbesitz », Zeichenblock, 22 décembre 2023. https://www.zeichenblock.info/ presseerklaerung-stiftung-saarlaendischer-kulturbesitz/ (09/03/2025). Les deux messages sur les médias sociaux retenus par la SSK sont les suivants : « Se ranger du côté du génocide ne rendra pas les Juifs plus sûrs », et « il est également possible de soutenir la lutte des Palestiniens pour les droits fondamentaux et la dignité humaine – y compris la libération de décennies d’oppression – tout en condamnant sans équivoque l’horrible carnage perpétré le 7 octobre, et l’emprise cruelle que le Hamas exerce sur les civils de Gaza (au profit des dirigeants sadiques d’Israël) ».
26 Niklas Maak, « Die Kunstwelt ist vom Gazakrieg überfordert », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 3 décembre 2023, https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/antisemitismus-die-kunstwelt-ist-vom-gazakrieg-ueberfordert-19353386.html (consulté le 09/03/2025).
27 Dirk Moses, « The German Reason of State as State Anti-Semitism », cf. supra note 11.
28 Max-Planck-Gesellschaft, 7 février 2024, « Statement of the Max Planck Society about Prof. Ghassan Hage », https://www.mpg.de/21510445/statement-ghassan-hage (consulté le 09/03/2025).
29 Cité dans Ben Cohen, « World-Renowned German Research Institute Fires Top Academic Over Antisemitic Media Posts », the algemeiner, 9 février 2024. https://www.algemeiner.com/2024/02/09/world-renowned-german-research-institute-fires-top-academic-over-antisemitic-social-media-posts/ (09/03/2025).
30 Université de Cologne, « Statement of 5 April 2024 », https://www.uni- koeln.de/en/university/news/news/news-detail/withdrawal-of-the-albertus-magnus-professorship-2024 (consulté le 09/03/2025).
31 Voir « Philosophy for Palestine », 1er novembre 2023, https://sites.google.com/view/philosophyforpalestine/home (09/03/2025) ; et Université de Cologne, « Statement of 5 April 2024 ».
32 Dirk Moses, « The German Reason of State as State Anti-Semitism », cf. supra note 11.
33 La nécessité de prendre en compte cette expérience est également soulignée par Andrew Port, « Germany, genocide and Gaza », Eurozine, 22 mars 2024. Cf. https://www.eurozine.com/germany-genocide-and-gaza/ (consulté le 09/03/2024).
34 « Ein Jahr nach Terroranschlag der Hamas : Juden berichten von fehlender Empathie und Solidarität », Tagesspiegel, 4 octobre 2024. https://www.tagesspiegel.de/gesellschaft/panorama/ein-jahr-nach-terroranschlag-der-hamas-juden-berichten-von-fehlender-empathie-und-solidaritat-12481718.html (consulté le 09/03/2025).
35 Pour des images de cette action étudiante, voir « Judenhass : Unser Leben nach dem 7. Oktober », Kontraste (RBB), diffusé le 11 janvier 2024 (21:45), à partir de 2:50 https://www.rbb-online.de/kontraste/archiv/judenhass–unser-leben-nach-dem-7–oktober.html (consulté le 09/03/2025).
36 David Gebhard & Julia Klaus, « Antisemitismus an deutschen Unis », zdfheute, 25 novembre 2023, https://www.zdf.de/nachrichten/politik/deutschland/universitaeten-antisemitismus-deutschland-israel-gaza-krieg-100.html (consulté le 09/03/2025).
37 Bundesverband RIAS, Antisemitische Vorfälle in Deutschland 2023, p. 5, https://report-antisemitism.de/documents/25-06-24_RIAS_Bund_ Jahresbericht_2023.pdf (consulté le 09/03/2025).
38 Ninve Ermagan, « Jüdische Restaurants : ’Wir sind nicht sicher’ », zdfheute, 16 juin 2024. https://www.zdf.de/nachrichten/politik/deutschland/antisemitismus-israel-restaurants-juden-angst-100.html (09/03/2025).
39 « Zentralrat der Juden fordert Exmatrikulation von Schläger », ZeitOnline, 6 février 2024. https://www.zeit.de/gesellschaft/2024-02/antisemitismus-angriff-student-berlin-zentralrat-juden-universitaeten (consulté le 09/03/2025).
40 Pour un résumé du rapport, voir « Antisemitismus äußert sich immer gewaltvoller », tagesschau.de, 25 juin 2024, https://www.tagesschau.de/inland/gesellschaft/rias-jahresbericht-antisemitismus-100.html (consulté le 09/03/2025).
41 RIAS Berlin, « Antisemitische Vorfälle in Berlin, Januar bis Juni 2024 », p. 5. https://report-antisemitism.de/documents/2024-11-28_rias-be_Antisemitische-Vorfaelle-Berlin-jan_jun_2024.pdf (consulté le 09/03/2025).
42 Ibid., p. 21.
43 « Lettre ouverte de la communauté artistique aux organisations culturelles », 19 octobre 2023, Artforum https://www.artforum.com/columns/open-letter-art-community-cultural-organizations-518019/ (consulté le 09/03/2025).
44 Voir https://strikegermany.org/ (consulté le 09/03/2025).
45 Voir Eva von Contzen, « Erste Zungen stehen still », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 5 mars 2024. https://www.faz.net/aktuell/wissen/forschung-politik/strike-germany-in-der-wissenschaft-erste-zungen-stehen-still-19531375.html (consulté le 09/03/2025).
46 « Uni Leipzig sagt Vortrag von israelischem Professor nach Protesten ab », Die Welt, 2 décembre 2024. https://www.welt.de/politik/deutschland/article254734256/Universitaet-Leipzig-sagt-Vortrag-von-israelischem- Professor-nach-Protesten-ab.html (consulté le 09/03/2025).
47 Kerstin Herrnkind, « Deutsche Universitäten dürfen nicht aus Angst Diskurse zensieren », stern.de, 12 décembre 2024. https://www.stern.de/gesellschaft/fu-berlin-will-ausstellung-ueber-judenverfolgung-nicht-zeigen– ein-armutszeugnis-35305436.html (consulté le 09/03/2025).
48 Philipp Krach, « German police clear pro-Palestinian camp at Berlin university », Reuters, 7 mai 2024. https://www.reuters.com/world/german- police-clear-pro-palestinian-camp-berlin-university-2024-05-07/ (consulté le 09/03/2025).
49 D’une manière plus générale, il convient également d’approfondir les recherches sur ce que l’on a appelé le « boycott silencieux » des Juifs en Allemagne, en particulier dans le domaine des arts. Il s’agit d’un processus par lequel des artistes juifs sont discrètement exclus d’événements, c’est-à-dire sans référence explicite à un appel au boycott. Voir par exemple Henning Hübert, « Z.B. Stiller Boykott – Stella Leder i.G. über Antisemitismus im Kulturbetrieb », Deutschlandfunk, 6 octobre 2024. https://www. deutschlandfunk.de/z-b-stiller-boykott-stella-leder-i-g-ueber-antisemitismus-im-kulturbetrieb-dlf-5aa2af1e-100.html (consulté le 09.03.2025).
50 « Sicherheitsbedenken: Gespräch mit Israels Generalkonsulin wegen Protesten abgesagt », Jüdische Allgemeine Zeitung, 5 juin 2024. https://www.juedische-allgemeine.de/politik/gespraech-mit-israels-generalkonsulin-wegen-protesten-abgesagt/ (09/03/2025).
51 Sandra Kegel, « “Mir schlug pure Aggression entgegen” », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 19 février 2024. https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/ debatten/mirjam-wenzel-ueber-hassreden-im-hamburger-bahnhof-19530908. html (consulté le 09/03/2025).
52 Stefan Peter, « Israel-Hasser erzwingen Abbruch von Veranstaltung », BZ Die Stimme Berlins, 8 février 2024. https://www.bz-berlin.de/berlin/mitte/israel-hasser-sorgen-fuer-abbruch-einer-uni-diskussion (consulté le 09/03/2025).
53 « Schriftliche Garantien von Jerusalem gefordert? Habeck und Baerbock sollen Waffenexporte an Israel blockiert haben », Tagesspiegel, 14 octobre 2024. https://www.tagesspiegel.de/politik/schriftliche-garantien-von-jerusalem-gefordert-habeck-und-baerbock-sollen-waffenexporte-an-israel-blockiert- haben-12528029.html (consulté le 09/03/2025).
54 Une récente enquête sur les journaux allemands a révélé que les reportages sur Israël étaient toujours critiques, même s’ils l’étaient un peu moins depuis le 7 octobre (Hessenauer & Lukas Uwira, 2024).
55 Mishra, « Israel and the delusions of Germany’s “memory culture” », cf. supra note 10.
56 Boris Schumatsky, cité dans « Antisemitismus ist ein Lackmustest für jede Gesellschaft », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 8 novembre 2024. https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/bilder-und-zeiten/antisemitismus-im-deutschen-literaturbetrieb-seit-dem-7-oktober-2023-110098542.html (consulté le 09/03/2025).
57 Le BDS demande la fin de l’occupation et de la colonisation de toutes les terres arabes, le démantèlement de la barrière de Cisjordanie et promeut le droit au retour des Palestiniens. Il ne fait aucun doute que si les objectifs du BDS étaient atteints, Israël cesserait d’exister.
58 Pour une critique incisive de la condamnation postcoloniale de l’Allemagne, voir Andrew Port, « Germany, genocide and Gaza », cf. supra note 33.
59 Dirk Moses, « The German Reason of State as State Anti-Semitism », cf. supra note 11.