Bruno Quélennec. Un antisémitisme mémoriel, « non pas malgré, mais à cause d’Auschwitz » ?

Cette notice fait partie du dossier: HORS-SÉRIE : Après, avec et malgré le 7-octobre
Bruno QuélennecMaître de conférences en études germaniques à l’université Paris 8, « Les mondes allemands » (EA 1577)
Paru le : 01.08.2025

Bruno Quélennec, Maître de conférences en études germaniques à l’université Paris 8, « Les mondes allemands » (EA 1577)

D’usage courant dans la recherche germanophone sur la judéophobie contemporaine, la notion d’« antisémitisme du rejet défensif de la culpabilité » ou « antisémitisme secondaire », apparue dans l’après-guerre, vise à saisir un phénomène spécifique au post-nazisme, à savoir le développement d’un antisémitisme dû à Auschwitz. Selon cette hypothèse, la Shoah donnerait paradoxalement aux Allemands une nouvelle raison de haïr les juifs, la simple existence de ces derniers rappelant aux premiers les crimes commis en leur nom sous le IIIe Reich. L’« antisémitisme secondaire » aurait ainsi pour particularité de se construire à partir d’un « complexe de culpabilité » et d’un rejet de la mémoire, sur fond de nationalisme. La Shoah constitue alors un obstacle insurmontable au développement d’une quelconque fierté collective allemande, la responsabilité de l’extermination doit être niée, relativisée, contournée, compensée, afin que son poids ne pèse plus sur la conscience individuelle, familiale ou nationale. Or, c’est souvent dans le cadre de ces tentatives d’auto-disculpation et de déresponsabilisation que des stéréotypes anti-juifs seraient réactivés. Cet article s’intéresse à la genèse, aux évolutions, mais aussi aux limites temporelles, spatiales et analytiques d’un tel concept pour penser les reconfigurations de l’antisémitisme contemporain.

Mots-clés : antisémitisme contemporain, Politique mémorielle, Histoire de l’Allemagne contemporaine, Shoah, National-socialisme, Histoire des sciences sociales en Allemagne, École de Francfort, Centre de recherche sur l’antisémitisme de Berlin