Philippe Corcuff. Du confusionnisme dans l’après 7-octobre. Dans le sillage de la compétition entre luttes contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie

Cette notice fait partie du dossier: HORS-SÉRIE : Après, avec et malgré le 7-octobre
Philippe CorcuffInstitut d’Études Politiques, Lyon
Paru le : 01.08.2025

Il s’agit ici d’analyser les conséquences du 7 octobre et de ses suites sur la gauche française à travers le confusionnisme. Cette notion, entendue comme une « formation discursive », facilite l’extrême droitisation des débats publics à partir du milieu des années 2000. Plus particulièrement ici, elle permet de problématiser les formes d’hybridation idéologique entre la gauche, la droite et l’extrême droite. Ce faisant, on interroge comment l’événement a déplacé la compétition des combats contre l’antisémitisme et l’islamophobie qui ont commencé au début des années 2000. L’article met en évidence comment certains enjeux ont peu varié quand d’autres, à travers leurs formes d’expression, se sont considérablement radicalisés.

Mots-clés : antisémitisme, confusionnisme, extrême droitisation, hybridation idéologique, islamophobie, radicalisation.

Ce texte se situe dans le prolongement des ana- lyses avancées dans un livre publié en 2021 : La Grande confusion. Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées. Il cherche à éclairer des logiques à l’œuvre dans l’après 7-octobre en France sous l’angle d’un cadre théorique et d’analyses empiriques développés dans l’ouvrage. Le cadre théorique ? En particulier, la notion de confusionnisme, entendue comme une « formation discursive » facilitant l’extrême droitisation des débats publics à partir du milieu des années 2000. Les analyses empiriques ? La compétition entre lutte contre l’islamophobie et lutte contre l’antisémitisme à gauche comme un des terrains des dérèglements confusionnistes1. Une première partie rappellera quelques arêtes du cadre théorique et des analyses empiriques de La Grande confusion. Une seconde partie prendra appui sur ces acquis pour éclairer l’après 7-octobre dans la gauche française2.

LUTTES CONTRE L’ISLAMOPHOBIE VERSUS LUTTES CONTRE L’ANTISÉMITISME VERSUS EXTRÊME DROITISATION

Dans un premier temps, je vais présenter le cadre conceptuel de ma démarche, puis résumer quelques points concernant la concurrence entre combats contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie.

LE CADRE THÉORIQUE DE LA GRANDE CONFUSION

Dans La Grande confusion, je me suis efforcé de mettre en œuvre une théorie politique critique dans l’analyse de tendances prégnantes du contexte idéologique dans les espaces publics en France, mais pas dans la société française dans son ensemble3, depuis le milieu des années 2000, en répertoriant de manière ordonnée des indices empiriques de cette prégnance dans la logique des méthodes des sciences sociales. Ces tendances sont l’ultraconservatisme et le confusionnisme. Cette théorie politique, s’inscrivant dans le sillage des analyses du politiste Jean Leca, se déploie dans un espace de dialogue entre sciences sociales et philosophie politique, mettant en rapport des composantes principalement analytiques et des composantes normatives. Cette théorie politique est critique, dans une conception dessinée par la première théorie critique avancée par Theodor Adorno et Max Horkheimer (Horkheimer, 1996 ; Horkheimer & Adorno, 1983), dans le sens où elle met en cause des mécanismes structurels oppressifs dans l’ordre social et politique, comme les préjugés qui en brouillent le sens, et cela en s’inscrivant dans un horizon d’émancipation sociale, à la fois individuel et collectif. Depuis Theodor Adorno et Max Horkheimer, ce cadre s’est outillé, entre autres, de la méthodologie de l’intersectionnalité, appelant à être sensible aux croisements d’une pluralité de formes de domination (Corcuff, 2022a).

L’ultraconservatisme et le confusionnisme sont traités comme des « formations discursives » au sens de Michel Foucault (Foucault, p. 44-54). Une formation discursive, c’est un découpage alternatif pour analyser les discours et les idées qui ne partent ni d’auteurs, ni de courants idéologiques ou politiques dotés d’une certaine cohérence. C’est un espace composite en mouvement d’idées et de discours qui, de manière non intentionnelle, va être le lieu de convergences partielles et d’évidences partagées entre des locuteurs divers aux orientations idéologiques et politiques parfois opposées. C’est quelque chose qui déstabilise nos façons habituelles de voir et de découper les discours et les idées. Ainsi un même auteur peut participer à une formation discursive ultraconservatrice dans telle situation et à une formation discursive émancipatoire dans telle autre. Cela ne relève pas, non plus, d’un positionnement intellectuel et/ou politique cohérent, puisque c’est un espace peuplé de contradictions et de conflits, en associant de façon non voulue des locuteurs appartenant à des courants intellectuels et politiques différents, voire opposés. Cela renvoie plutôt à « une orchestration sans chef d’orchestre », pour reprendre une expression à Pierre Bourdieu (Bourdieu, 1980, p. 88-89). Le propre de telles « formations discursives », c’est que les locuteurs qui y participent ont une fort inégale conscience de ce à quoi ils participent ainsi, et que la dynamique d’ensemble leur échappe largement.

L’ultraconservatisme renvoie à des mélanges idéologiques associant plus ou moins xénophobies (dont la xénophobie anti-migrants, l’islamophobie et/ou l’antisémitisme), sexisme et homophobie dans un cadre nationaliste fantasmant « un peuple » homogène culturellement, un peuple-nation. Quant au confusionnisme (cf. aussi Marlière, 2021), il concerne le développement d’interférences transversales4 entre des postures et des thèmes d’extrême droite, de droite classique, du « macronisme », de gauche modérée dite « républicaine » et de gauche radicale. Des postures ? Par exemple, le remplacement de la critique sociale structurelle des inégalités et des dominations, portée historiquement par la gauche et par la pensée critique, par la mise en cause superficielle du « politiquement correct » et par des schémas complotistes. Des thèmes ? La valorisation du national et la dévalorisation du mondial et de l’européen, un amalgame dénonciateur de la dynamique de droits individuels portée par le libéralisme politique et de la domination du marché propre au néolibéralisme économique, la fixation positive (comme dans « l’identité nationale ») ou négative (comme avec « les musulmans ») sur des identités supposées homogènes et closes, etc. Cela s’opère dans le contexte d’un important recul du clivage gauche/droite. Et dans le recul du clivage gauche/droite, il y a surtout la crise de la notion de « gauche ». Confusionnisme n’est donc pas synonyme de confusion, mais a un sens politico-idéologique plus précis. Sans l’outil foucaldien des « formations discursives », je n’aurais pas bien pu produire une forme d’intelligibilité quant à des brouillages de repères qu’une partie des observateurs ressentent sans pouvoir mettre des concepts clairs sur ce ressenti. Formations discursives ultraconservatrice et confusionniste sont autonomes l’une par rapport à l’autre, avec des intersections et des interactions. Et l’appui de l’analyse sur un horizon émancipateur, loin des illusions de « neutralité » (Corcuff, 2018), permet d’éviter à la critique l’écueil du relativisme, en particulier quand on recourt à l’outil méthodologique de la symétrisation de polarités dans l’étude des débats publics.

LA COMPÉTITION ENTRE LUTTE CONTRE L’ANTISÉMITISME ET LUTTE CONTRE L’ISLAMOPHOBIE EN FRANCE DEPUIS LE DÉBUT DES ANNÉES 2000

Un risque de rivalité entre antiracismes est apparu à travers les divisions naissantes du mouvement antiraciste au début des années 2000, alors que les convergences antiracistes des années 1980-1990 dans le combat contre le Front national commençaient à s’effilocher. Deux événements forts de ce large consensus sont les manifestations de mai 1990 après la profanation du cimetière juif de Carpentras et celles qui ont accompagné, en avril-mai 2002, le deuxième tour de l’élection présidentielle qui voit un face-à-face entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Après 2002, son apogée, le consensus relatif antiraciste et anti-FN recule. Certains continuent à faire de l’antisémitisme un de leurs axes privilégiés tout en hésitant à intégrer la question récemment problématisée de l’islamophobie (tentation à l’œuvre, à l’époque, dans les positionnements nationaux de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, la LICRA, et de SOS Racisme5) ; d’autres sont actifs sur le nouveau terrain de l’islamophobie, une notion nouvelle dans le paysage public français, sans pour autant déserter celui de l’antisémitisme (à l’époque, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, le MRAP, et la Ligue des droits de l’homme, la LDH). Cela s’est traduit par le refus de la LICRA et de SOS Racisme de participer à une manifestation contre tous les racismes (dans lesquels l’islamophobie était incluse) initiée par le MRAP et la LDH le 7 novembre 2004 à Paris6.

Ensuite, la polarisation entre combat contre l’antisémitisme et combat contre l’islamophobie va être accentuée par deux secteurs politiques opposés : un pôle de la gauche qui va de plus en plus s’autodéfinir comme « républicain », alors que le qualificatif « républicain » était utilisé auparavant par une grande partie de la gauche et de la droite, et un pôle dit de « l’antiracisme politique », puis « décolonial », en référence à un courant de pensée critique né en Amérique latine. Ainsi la gauche dite « républicaine » va s’opposer à la notion même d’islamophobie, alors qu’une partie de la gauche radicale et les « décoloniaux » vont progressivement se retirer du terrain de la lutte contre l’antisémitisme.

Pour le pôle décolonial, un appel « Nous sommes les indigènes de la République » est lancé en janvier 2005, mais il n’utilise pas le terme « islamophobie », qui viendra seulement ensuite, ni d’ailleurs celui de « décolonial ». Le Mouvement des indigènes de la République (MIR) est créé en décembre 2005. Le MIR ainsi qu’une partie de la gauche radicale (dont à l’époque la Ligue communiste révolutionnaire) refusent de participer aux manifestations qui suivent la torture et le meurtre antisémite d’Ilan Halimi en février 2006. C’est une date-clé de basculement. Le Parti des indigènes de la république est créé en février 2010. En mars 2015, la porte-parole du PIR, Houria Bouteldja, lance le thème du « philosémitisme d’État », qui va contribuer à réactiver le vieux stéréotype antisémite sur « le lobby juif », sans toutefois assumer cette parenté jusqu’au bout dans une logique d’ambiguïté courante chez elle. En mars 2012, le PIR comme le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) ne manifesteront pas après les sept assassinats perpétrés par Mohamed Merah en mars 2012 à Toulouse et à Montauban, dont trois enfants dans une école juive. Houria Bouteldja publie même le 7 avril 2012 un texte, une nouvelle fois ambigu, sur le site du PIR, sous le titre « Mohamed Merah et moi », associant l’héroïsation tragique d’un djihadiste et l’effacement des victimes de ses crimes antisémites. Ce texte sera republié dans le numéro 5, de mai-juin 2012, d’un haut lieu de la gauche radicale intellectuelle parisienne : la Revue des Livres.

Autre repère chronologique important : un appel à manifester le 19 février 2019 « contre les actes antisé- mites » et « contre leur instrumentalisation », initié par l’Union juive française pour la paix (l’UJFP, héritière d’un « antisionisme » de gauche de culture juive) et le PIR, va introduire une nouvelle étape dans des secteurs de la gauche radicale et dans l’antiracisme décolonial : ils prétendent lutter contre l’antisémitisme, mais se préoccupent principalement de son « instrumentalisation », en minorant alors l’antisémitisme. Ainsi, au nom de la lutte contre l’antisémitisme, ils tendent surtout à disqualifier une part importante des critiques de l’antisémitisme, sauf quand l’antisémitisme peut être clairement attribué à l’extrême droite traditionnelle. Le thème de « l’instrumentalisation de l’antisémitisme » va contribuer à brouiller des visions au sein de la gauche radicale quant à la progression de l’antisémitisme dans l’hexagone et ailleurs. Ce thème pourra viser une part effective de la réalité observable dans l’après 7-octobre (dans l’autojustification des massacres à Gaza par un gouvernement israélien bâti sur une alliance avec l’extrême droite ou chez ses alliés « trumpistes » aux États- Unis, mais aussi en France : au Rassemblement national, chez Les Républicains ou au sein du « macronisme »), mais il a commencé à se banaliser avant dans un « antisionisme » de gauche.

Il y a là un schéma devenu aujourd’hui routinier dans ce secteur idéologique et politique. Il conduit à relativiser la question de l’antisémitisme, d’une part, dans une concurrence avec la visibilisation des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité perpétrés par l’armée israélienne à Gaza et, d’autre part, dans une relativisation inversée – voire une indifférence et pour quelques-uns même un acquiescement – quant aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés par le Hamas et ses alliés le 7 octobre. Cela apparaît comme un des axes des courants dits « antisionistes » à gauche et dans le « décolonialisme » à la française après le 7 octobre. Par exemple, un livre collectif a paru en octobre 2024 aux éditions de La Fabrique avec pour titre, Contre l’antisémitisme et ses instrumentalisations, avec notamment comme coauteurs Judith Butler, Houria Bouteldja et Frédéric Lordon. En fait, le « contre l’antisémitisme » est peu présent dans l’ouvrage, même s’il apparaît en premier dans le titre, alors que le principal ressort de l’ouvrage consiste en la dénonciation des « instrumentalisations » de l’antisémitisme.

Autre indice de la minoration de la question de l’antisémitisme dans la gauche radicale, une des figures intellectuelles principales de cette galaxie politique grâce à son blog sur le site du Monde diplomatique, Frédéric Lordon, va, dans un article publié en octobre 2017 dans Le Monde diplomatique et intitulé « Le complot des anticomplotistes », faire deux choses de manière associée. En premier lieu, il délégitime la critique de l’antisémitisme, qui serait principalement devenue une arme contre « toute critique du capitalisme ou des médias ». Et, en second lieu, il dénonce « la croisade anticomplotiste » comme un outil de « disqualification » de « toute critique radicale » de « l’ordre social ».

Du côté de ce qui va progressivement s’autodéfinir comme la gauche dite « républicaine », la polarisation va aussi s’activer. Dès 2003, Caroline Fourest et Fiammetta Venner avancent dans la revue ProChoix une fake news, qui sera par la suite démontée par les spécialistes (comme les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, p. 71-78), mais régulièrement activée depuis dans le débat public : le mot « islamophobie » apparaîtrait pour la première fois en 1979 comme une création des « Mollahs iraniens ». Aujourd’hui, cette fake news associe la création du mot « islamophobie » à « l’islamisme » en général, et sa diffusion au « lobbying islamiste ». Tant du côté de l’islamophobie que de celui de l’antisémitisme, « lobby » et « lobbying » apparaissent d’ailleurs comme une forme euphémisée et plus acceptable de la rhétorique conspirationniste. En février 2010, dans une tribune du journal Le Monde, Caroline Fourest condamne la candidature d’une jeune femme voilée avignonnaise sur la liste du NPA aux élections régionales, en associant nécessairement le port du voile à une politique « islamiste ». On a là une islamophobie soft rabattant et essentialisant une pratique musulmane courante comme relevant nécessairement d’une orientation politique islamoconservatrice. Dans ce type de discours dits « républicains » et « anti-islamistes », la catégorie d’« islamisme » apparaît extensive en conduisant à suspecter des pratiques musulmanes beaucoup plus larges que les seules politiques réactionnaires se réclamant d’une lecture inté- griste du Coran (cf. Seniguer, 2022).

En juillet 2013 dans un entretien dans L’Obs (redevenu depuis Le Nouvel Obs), le ministre socialiste de l’Intérieur, Manuel Valls, lance : « Pour les salafistes, “l’islamophobie” est un cheval de Troie qui vise à déstabiliser le pacte républicain ». Autre exemple : en février 2017, l’essayiste Pascal Bruckner martèle dans un entretien pour la revue de la LICRA, Le Droit de vivre : « L’accusation d’islamophobie n’est rien d’autre qu’une arme de destruction massive du débat intellectuel, digne de ce qui se faisait contre “les ennemis du peuple” en Union soviétique ».

En mars 2016, est initié, notamment par un politiste issu du Parti socialiste, Laurent Bouvet, le mouvement Printemps républicain, qui va incarner médiatiquement pendant un temps la gauche dite « républicaine », en amalgamant des pratiques musulmanes courantes et « l’islamisme », avec des échos significatifs au sein du Parti socialiste et dans les gouvernements sous l’égide de François Hollande7. Par ailleurs, les débats publics connaîtront des pics islamophobes autour du « burkini » (en août 2016 et en juin-juillet 2019) et du « hijab de running » (en février 2019), jusqu’à l’interdiction à l’école d’une tenue traditionnelle, l’abaya, par le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Gabriel Attal, à la fin du mois d’août 2023 ; or, les spécialistes (comme le politiste Haoues Seniguer, 2023) ont montré que l’abaya n’avait pas de signification religieuse.

Le nom de Gabriel Attal est ici significatif, car progressivement c’est le « macronisme » qui va principalement prendre en charge la rhétorique à tonalités islamophobes de la gauche dite « républicaine », alors qu’elle va avoir des effets déclinants à gauche même.

Décembre 2018 est, de ce point de vue, un moment important. C’est le tournant identitariste d’Emmanuel Macron, alors que sa campagne pour l’élection présidentielle de 2017 avait tourné autour d’une vision pluriculturelle de la société française et d’une mise à distance des thèmes identitaires. On a alors quelque chose comme une « sarkozysation » du président de la République, comme réponse au mouvement des « Gilets jaunes », mais qui a perduré par-delà ce moment. Le vocabulaire du « communautarisme », puis celui du « séparatisme islamiste » va s’installer dans ses discours. En exprimant les thèmes d’une gauche dite « républicaine » largement macronisée, et de plus en plus détachée de la gauche politique, syndicale et associative, naît en novembre 2021 l’hebdomadaire Franc-Tireur, sous les auspices de Raphaël Enthoven et de Caroline Fourest.

Dans ce parcours menant des années 2000 à l’avant 7 octobre 2023, on a donc observé des dérèglements confusionnistes à gauche facilitant l’extrême droitisation. En quoi peuvent-ils être caractérisés comme confusionnistes ? À cause de plusieurs plans associés :

1/ cela a travaillé des intersections avec l’identitarisation des débats publics portée par la galaxie ultraconservatrice : identitarisme antisémite, chez Dieudonné et Alain Soral, et identitarisme islamophobe, chez Éric Zemmour ou dans « la théorie du grand remplacement » de Renaud Camus ;

2/ cela a participé même à la cristallisation des identitarismes en compétition, en les avivant via des concurrences victimaires et en les alimentant par des logiques socio-affectives ;

3/ cela a contribué à la banalisation des schémas conspirationnistes ; et

4/ cela a enrayé les réponses possibles à gauche face à l’extrême droitisation autour de convergences antiracistes et, au-delà, dans un horizon renouvelé d’émancipation sociale.

À noter que, au cours de ce processus échappant largement à ses protagonistes, du côté de la minoration, voire de la dénégation, de l’antisémitisme, on a mobilisé la caution de Juifs dits « antisionistes », et que du côté de la minoration, voire de la dénégation, de l’islamophobie, on a mobilisé la caution de Musulmans dits « laïques » (et fréquemment athées).

ACCÉLÉRATION ET DÉPLACEMENTS DU CONFUSIONNISME DANS LES ESPACES PUBLICS EN FRANCE DANS L’APRÈS 7-OCTOBRE

L’après 7-octobre va hériter des processus que je viens de résumer, va les accentuer et va aussi les déplacer en les dotant de tonalités renouvelées. Dans un premier temps, je vais regrouper un certain nombre d’indices empiriques du côté d’une galaxie se définissant comme « antisioniste », puis de la galaxie dite « républicaine » et « anti-islamiste ». Dans un deuxième temps, je pointerai certaines conséquences de cette polarisation. Et, dans un troisième temps, je mettrai plus précisément en évidence des effets de cécité et de lucidité croisées portés par cette polarité.

LA POLARISATION « ANTISIONISTES » / « RÉPUBLICAINS » À GAUCHE DANS L’APRÈS 7-OCTOBRE

Dans l’après 7-octobre, le pôle s’activant sur le terrain de la lutte contre l’islamophobie, en désertant la lutte contre l’antisémitisme, s’est de plus en plus autodéfini comme « antisioniste », vite oublieux des massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre, voire indifférents à eux, ou même pour quelques-uns approbateurs8. Quant au pôle de dénégation de l’islamophobie, il s’est de plus en plus affiché comme « républicain » et « anti-islamiste », souvent autoproclamé comme « universaliste » dans une prétention franchouillarde à avoir un droit de propriété sur la caractérisation de l’universel, en détournant les yeux des massacres perpétrés par l’armée israélienne à Gaza, voire en les justifiant. J’insisterai davantage sur le premier pôle, car si le pôle incarné un temps par le Printemps républicain a participé à donner le la médiatique et même gouvernemental (sous la présidence de François Hollande, avec notamment son ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre, Manuel Valls) à gauche avant le 7 octobre, ce n’était plus le cas depuis un certain temps, à cause notamment de sa macronisation. Et le pôle le plus dynamique de la séquence ouverte le 7 octobre est le pôle « décolonial » et « antisioniste ».

Houria Bouteldja quitte en octobre 2020 un PIR en perte de visibilité et largement éclipsé dans l’espace de l’« antiracisme politique » par le Comité Vérité pour Adama. Le secteur décolonial français tend alors à s’organiser à distance du PIR, sous des modalités plus ouvertes aux nouvelles problématiques intellectuelles et militantes (comme le genre et l’intersectionnalité), tout en gardant des relations avec des militants du PIR. Il y a d’abord l’expérience du bar et lieu culturel La Colonie initié par l’artiste Kader Attia dans le Xe arrondissement de Paris entre octobre 2016 et juillet 2020. Dans le cadre de La Colonie, est née en février 2017 une émission décoloniale de Web TV « Paroles d’Honneur », notamment animée par deux militants du PIR, Louisa Yousfi et Wissam Xelka. Paroles d’Honneur demeure relativement confidentielle à ses débuts et voit surtout développer son audience, en particulier au sein des milieux militants et sympathisants de la gauche radicale, dans l’après 7-octobre. Elle va jouer un rôle important dans l’écho donné à l’association entre les référents « décolonial » et « antisioniste ».

Une minorité de députés de La France insoumise (LFI), comme Louis Boyard, Aymeric Caron, Sébastien Delogu, Alma Dufour, David Guiraud, Marie Mesmeur et Thomas Portes vont participer à diffuser une diabolisation de l’État d’Israël à gauche, voire à légitimer le référent « antisioniste », dans une association avec la critique du « colonialisme ». La direction de LFI refuse de participer à la marche contre l’antisémitisme le 12 novembre 2023, ce qui va contribuer à accroître la « dédiabolisation » du RN, qui lui participe à la manifestation. Le 7 novembre 2023, Jean-Luc Mélenchon écrit sur X à propos de cette marche qui aurait été initiée « sous prétexte d’antisémitisme » : « Les amis du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous9. » Jean-Luc Mélenchon attise ainsi une polarisation entre lutte contre l’antisémitisme en France et solidarité contre les massacres à Gaza. Pour des raisons vraisemblablement électoralistes, Jean-Luc Mélenchon focalise la campagne des élections européennes de juin 2024 sur la situation dramatique à Gaza et met en avant la candidature de la franco-palestinienne Rima Hassan. En novembre 2021, dans un live sur Twitch, Houria Bouteldja lançait déjà : « Il y a un butin de guerre qui s’appelle Mélenchon. »10

Dans le mouvement féministe et LGBTQI+, certains secteurs, sous l’effet de l’évidence très vite acquise du référent « antisioniste », vont exprimer une certaine indifférence aux massacres du 7 octobre. Ainsi, dans un appel à manifester le 25 novembre 2023 contre les violences sexistes et sexuelles, publié sur Mediapart le 20 novembre 202311, un ensemble d’associations défendant les droits des femmes et des personnes LGBTQI+ présentes dans différents départements français avancent : « ce 25 novembre 2023 nous appelons à des pôles féministes pour la libération de la Palestine et contre l’impérialisme des pays occidentaux comme la France qui est complice du génocide en cours à Gaza et en Cisjordanie par son soutien politique et militaire au régime d’apartheid israélien ». Et elles précisent ensuite : « En tant que féministes et LGBTQI+, nous refusons d’être prises en caution d’un génocide par un État colonial et réactionnaire ». Rien n’est dit sur les viols et les fémini- cides commis le 7 octobre, ni sur l’orientation sexiste et homophobe du Hamas. Le groupe Du pain et des roses, composante féministe de l’organisation trotskyste Révolution permanente, elle-même scission du NPA, a joué un certain rôle dans cette orientation. Ces associations ne se sont pas, pour la plupart, mobilisées après le viol « antisioniste » et antisémite d’une fillette de 12 ans à Courbevoie le 15 juin 2024. Par ailleurs, dans une tribune aux accents complotistes, publiée le 21 novembre 2023 sur le site de la WebTV Le Media, notamment signée par des figures du féminisme intersectionnel et de la pensée critique telles que Judith Bernard, Sam Bourcier, Elsa Dorlin, Émilie Hache ou Isabelle Stengers, on lit que « la reconnaissance d’un féminicide de masse en Israël le 7 octobre » constitue une « abjecte opération » au service du « colonialisme » et de « l’impérialisme »12.

C’est du côté de l’espace des humoristes de gauche que va aussi rebondir la diabolisation de l’État d’Israël associée à des stéréotypes antisémites non perçus comme tels. Le 29 octobre 2023, Guillaume Meurice fait une blague sur France Inter qualifiant Benjamin Netanyahu de « sorte de nazi sans prépuce »13. Il sera suspendu de la radio publique à cause de cela, puis sera licencié en juin 2024 après avoir réitéré sa blague à l’antenne le 28 avril. Avec cette blague, Meurice a mis le doigt, sans s’en rendre compte, sur une assimilation entre « juif » et « nazi » qui est devenu un stéréotype antisémite après la Seconde Guerre mondiale (du type : « Regardez, les Juifs font aux Palestiniens ce que les nazis leur ont fait »). Et, d’autre part, il alimente une relativisation à pente négationniste de la Shoah dans le rapprochement avec les massacres en cours à Gaza. Et loin de se rendre compte de ces problèmes, il s’est enfermé dans la dénégation, notamment dans un livre publié aux éditions du Seuil en mars 2024 et intitulé Dans l’oreille du cyclone. L’écho public important de la blague, des discussions autour d’elle, du livre et du licenciement ont grossi la légitimation de la dénégation de l’antisémitisme dans les secteurs les plus critiques de la gauche. Meurice commence une nouvelle émission de radio sur Nova le 8 septembre 2024 et devient un collaborateur régulier de Mediapart à partir du 25 octobre. Écho provincial : la blague de Meurice est même devenue un énorme tag sur une route des Cévennes dans la commune de Saint-Jean-du-Gard en décembre 2024, dans le cadre plus global d’inscriptions antifascistes et anticapitalistes : « Netanyahou nazi sans prépuce » !

Un sketch de Blanche Gardin et Aymeric Lompret, lors d’une soirée « Voices for Gaza » à la Cigale à Paris le 1er juil- let 202414, va avoir un effet similaire. Sous le ton de l’ironie, Blanche Gardin lance « depuis le 7 octobre, je suis antisé- mite », en disqualifiant la mise en cause de l’antisémitisme comme visant nécessairement les personnes indignées par les massacres à Gaza. Les participants applaudissent au mot « antisémite » sur l’invitation d’Aymeric Lompret et les hourras succèdent aux applaudissements quand ce dernier lance : « Ici on est tous antisémites. Pas vrai les copains ? ». Blanche Gardin ajoute, en visant explicitement sa consœur en humour Sophia Aram qualifiée d’« islamophobe » : « Si tu es islamophobe, ça te protège contre l’antisémitisme ». Le second degré du sketch laisse entendre que l’on doit malgré tout risquer une accusation erronée d’antisémitisme si l’on combat prioritairement l’islamophobie ; la critique même de l’antisémitisme étant complètement dévalorisée. On aurait bien à choisir son camp, encore plus dans le contexte de l’après 7-octobre, les massacres à Gaza donnant une tonalité socio-affective plus forte à la question.

Du côté d’une gauche modérée dite « républicaine », Raphaël Enthoven tend à effacer la responsabilité du gouvernement israélien dans les bombardements de Gaza et relativise les morts palestiniens, dans un humanisme hémiplégique, en parlant sur BFM TV dès le 10 octobre 2023 de « victimes collatérales »15. Le 29 octobre, sur le même plateau, Caroline Fourest explique qu’il s’agit à Gaza de « tuer involontairement des enfants en se défendant » et refuse de « renvoyer dos à dos les victimes »16. Dans un débat avec le journaliste Pierre Haski paru le 22 mars 2024 dans Libération, Bernard-Henri Lévy se déclare hostile à un cessez-le-feu à Gaza, autrement que sous la forme d’une pause « humanitaire », en ce qu’il marquerait une « victoire » du Hamas17.

Le secteur de l’humour est également affecté. Un dessin de la dessinatrice de Charlie Hebdo et de Libération, Coco, est publié sur X le 10 décembre 202318. Ce dessin reprend le narratif du gouvernement israélien selon lequel le responsable des dizaines de milliers de civils, dont beaucoup d’enfants, serait le Hamas et pas le gouvernement israélien. Ce ne serait pas les bombes israéliennes qui tueraient mais le Hamas, en faisant des enfants des boucliers humains.

Notons, hors de la gauche, mais qui va fournir des ressources justificatrices à ceux qui amalgament les catégories de « gouvernement israélien », « israéliens », « sionistes » et « juifs », une déclaration du Grand rabbin de France, Haïm Korsia. Le 26 août 2024, ce dernier apporte sur BFM TV son soutien inconditionnel au gouvernement israélien et refuse de condamner les massacres de Gaza19.

QUELQUES CONSÉQUENCES DE LA POLARISATION

Les effets de cette polarisation concernent majoritaire- ment le pôle de la gauche radicale, qui devient davantage sensible à la diabolisation de la catégorie « sioniste » et à la valorisation de la catégorie « antisioniste ». Avant le 7 octobre, sur Internet et les réseaux sociaux, l’appellation « antisioniste » avait majoritairement été travaillée à l’ex- trême droite, avec une orientation antisémite, notamment par Dieudonné et Alain Soral à partir du début des années 2000. L’« antisionisme de gauche » de culture juive, notamment du côté de l’UJFP, était devenu plus marginal, porté par des générations vieillissantes. Dans un retournement, après le 7 octobre, la revendication « antisioniste » devient plus dynamique et jeune à gauche. Ce nouvel « antisionisme de gauche » est peut-être majoritaire aujourd’hui sur le web et dans les réseaux sociaux « antisionistes ». Cependant, cet « antisionisme de gauche » renouvelé, touchant de nouvelles générations, garde des convergences ambiguës avec l’« antisionisme » de Dieudonné et d’Alain Soral : en particulier dans la démonisation du référent « sioniste », aux usages vagues, et dans des passages laissés ouverts avec des stéréotypes antisémites non-conscients quant au supposé « pouvoir occulte des Juifs » incarné dans ce cas par le petit État d’Israël transformé de manière démesurée en cœur mondial du Mal occidental. Or, Dieudonné et Alain Soral s’adressaient déjà aussi à la gauche, d’où venaient ces deux figures : antiracisme anti-RN pour le premier, Parti communiste pour le second. D’un point de vue biographique, le député LFI David Guiraud indique en décembre 2023 au journal Libération qu’il a commencé jeune à se politiser sur la question palestinienne à travers les vidéos de Dieudonné et d’Alain Soral (Belaïch).

Dans les usages ordinaires au sein des milieux critiques et militants, « sioniste » et « antisionisme » apparaissent alors, à travers une diffusion extrêmement rapide, des catégories floues, polysémiques et à géométrie variable, rarement précisément définies, voire clairement pas ou peu comprises par une partie significative de ceux qui les utilisent. Ce qui est apparaît stable toutefois, c’est que « sioniste » renvoie au Mal, à la fois « colonial » et « génocidaire », et « antisionisme », au Bien, « décolonial ». Dans cette configuration, la référence au « colonial » ne joue plus le rôle de forme d’intelligibilité d’une dimension de l’histoire européenne, avec ses effets postcoloniaux, mais est hypostasiée. Le « colonial » devient un tout homogène qui dit presque la même chose quelles que soient les situations. Or, si la colonisation d’un territoire, avec l’expulsion d’une partie de la population qui y vivait auparavant, a bien constitué une composante importante de la constitution de l’État d’Israël en mai 1948, elle n’est pas la seule composante d’une création précédée en novembre 1947 par le vote de la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies, prévoyant l’existence des « tats indépendants arabe et juif »20. Par ailleurs, des territoires ont été occupés par l’État israélien après la guerre des Six jours de juin 1967, ce qui a été condamné par la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU en novembre 1967. Et puis chercher refuge dans un nouvel État après la Shoah, à partir d’implantations juives existantes, en prenant possession de terres au détriment de leurs occupants antérieurs, ce n’est pas exactement la même logique que la colonisation européenne moderne menée depuis des métropoles. Il y a historiquement une distinction à effectuer, celle-ci n’empêchant pas la critique des différentes modalités de colonisation. Les usages miltants généralisés de « colonial » aujourd’hui risquent alors de se transformer en un bulldozer qui aplatit le réel plus qu’il n’aide la pensée critique à le comprendre de manière rigoureuse. Comme l’a remarqué Philippe Mesnard quant aux débats publics dans l’après 7-octobre, « si les questions mémorielles ouvrent la pensée à des possibilités heuristiques et critiques, elles peuvent tout autant réduire celle-ci à des lieux communs chargés de pathos » (Mesnard).

Cette tendance apparaît éloignée de la méthodologie intersectionnelle, dont se réclament pourtant souvent les groupes qui succombent à la focalisation sur le tout « colonial », car cette méthodologie nous invite à croiser une pluralité de logiques sociales et historiques dans l’analyse d’une situation. Un exemple d’une telle perspective se réclamant de l’intersectionnalité mais s’avérant bien peu intersectionnelle ? L’organisation trotskyste Révolution permanente a diffusé, à partir de mai 2024, un schéma rhétorique selon lequel la Palestine serait presque la même chose sous un angle « colonial » que la Kanaky, en les associant dans des textes, des tracts et des slogans et, de ce fait, en aplatissant les différences. Or, par exemple : d’une part, il n’y a pas dans le cas de l’État d’Israël de métropole comme la France coloniale pour la Nouvelle-Calédonie et, d’autre part, la répression des forces indépendantistes kanaks n’a rien à voir avec les dizaines de milliers de morts à Gaza. Cependant, le syndicat SUD Éducation (mon syndicat ! ) a repris cette rhétorique dans un communiqué daté du 27 novembre 202421, se souciant alors peu de l’indépendance d’une organisation syndicale par rapport à une organisation politique, ce qui participe pourtant de l’ADN historique de l’Union syndicale Solidaires.

Au-delà de cet exemple, dans le cadre de ce type de rhétorique faisant du « colonial » une clé homogène de lecture, tout serait toujours presque la même chose dans nos rencontres avec le réel. Ce qui permet de fixer des identités individuelles et collectives dans des clichés et des stéréotypes, alimentés par des affects moraux, le paysage étant stabilisé tout à la fois par des figures du Mal (telles que « les sionistes coloniaux et génocidaires au service de l’Impérialisme ») et des figures du Bien (telles que « les peuples opprimés soutenus par l’avant-garde antisioniste et anti-impérialiste »). On n’est pas principalement dans ce cas dans le domaine de l’argumentation raisonnée et de concepts logiquement construits, discutables dans l’espace public, mais surtout dans de l’identitaire adossé à du socio-affectif. Le flou permet alors de générer une boule de neige d’évidences, passionnellement enracinées et évanescentes dans leurs justifications argumentées.

Des exemples de ces mécanismes rhétoriques et socio-affectifs ? Deux incidents à Science Po Lyon, là où j’enseigne. Le lundi 7 octobre 2024, nous découvrons, dans une célébration macabre du 7 octobre 2023, un énorme tag sur ses murs extérieurs : « Le 7 octobre est une révolte. Vive la résistance contre le colonialisme ».

Massacrer des civils, tuer des personnes âgées et des enfants, violer des femmes : ce serait un acte de révolte et de résistance célébrable ! Quand j’interroge quelques étudiants dans les jours qui suivent, cela ne semble pas poser spontanément de problème, il faut gratter un peu pour que des interrogations critiques surgissent. La couche est donc superficielle d’un point de vue raisonné, mais son questionnement ne va pas de soi dans un premier temps. Cela suppose une médiation encourageant le travail critique sur des préjugés, sur des évidences… dans la tradition des Lumières, qui ne se réduisent d’ailleurs pas à des logiques coloniales, même si elles ont eu des impensés coloniaux (Corcuff, 2019).

Et puis le 3 décembre 2024, en sortant de cours, le choc est plus grand encore. Je découvre un autre tag imposant sur un mur extérieur de Sciences Po Lyon : « 1 sioniste, 1 balle, justice décoloniale ! ».

Qui est ce « sioniste », qui sont ces « sionistes », qu’on doit se réjouir de tuer ainsi ? Quid des luttes ayant abouti à l’abolition de la peine de mort en 1981, mais dans ce cas une peine de mort sans jugement, en-deçà de « la justice bourgeoise » que nous critiquions dans notre jeunesse marxiste. Nous nous retrouvons au Conseil d’administration de Sciences Po Lyon le 6 décembre. Les enseignants-chercheurs se sont mis majoritairement d’accord sur une motion condamnant le tag et précisant que « la dénonciation légitime des massacres perpétrés à Gaza sous l’autorité du gouvernement israélien ainsi que la solidarité avec les souffrances des peuples palestinien et libanais ne sauraient en aucune manière justifier cette dérive haineuse ». Les élus étudiants proposent de substituer « génocide » à « massacres ». Nous avançons un compromis avec les termes utilisés par la Cour pénale internationale : « crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». Ils refusent, sans guère expliciter pourquoi ils tiennent à « génocide ». Le mot « génocide » ne semble ainsi pas relever pour eux d’une question à discuter avec des arguments factuels, juridiques et politiques, pour et contre, mais d’une frontière identitaire presque intangible. Si on utilise seulement « massacres » ou « crimes de guerre et contre l’humanité » pour Gaza, il semble implicite chez eux que nous tomberions déjà dans le fameux abîme du Mal, « le sionisme ». Les élus étudiants s’abstiennent lors du vote de la motion. Et la représentante du syndicat largement majoritaire, Solidaires Étudiant.e.s (appartenant à la même Union syndicale que mon syndicat SUD Éducation : Solidaires ! ), lit une déclaration collective où elle explique que la motion qui vient d’être votée, sans leur amendement sur « génocide », participe de « la criminalisation du mouvement social et de la solidarité avec la Palestine »22… Bref condamner le tag « 1 sioniste, 1 balle », c’est mal, ce serait même le début du Mal. L’abolition de la peine de mort devient aussi implicitement, par la même occasion, une vieille lune…

Dans son petit livre Le 8-octobre, la sociologue Eva Illouz a raison de parler de « haine vertueuse » à propos de « l’antisionisme » qui se répand depuis le 7 octobre au sein de la gauche radicale et dans la galaxie décoloniale. Mais une forme de « haine vertueuse » réside aussi dans une certaine justification des massacres de Gaza qu’on a pu observer chez Raphaël Enthoven, Caroline Fourest, Bernard-Henri Lévy, Coco ou Haïm Korsia. Eva Illouz a également raison d’y voir une perte de l’horizon universalisable d’émancipation à gauche, mais une perte générée par les deux côtés de la polarisation, et qui remonte avant le 7 octobre, comme j’ai essayé de le montrer.

La dynamique « antisioniste », peu sensible aux massacres du 7 octobre ainsi qu’à la progression de l’antisémitisme en France, portée par des secteurs significatifs de la gauche radicale apparaît aujourd’hui la plus visible à gauche, ne serait-ce que parce que la gauche dite « républicaine » aux tonalités islamophobes et consentant aux massacres de Gaza a été en partie macronisée et est moins présente à gauche proprement dit. Toutefois, il ne faudrait pas oublier que, dans la majorité de l’espace politique, du « macronisme » à l’extrême droite (le Rassemblement national, issu d’une organisation antisémite, en ayant tiré un bond de « dédiabolisation »), en passant par Les Républicains, comme dans les médias mainstream et encore plus dans ceux extrême droitisés (CNews, Europe 1, etc.), la suspicion vis-à-vis des musulmans, réels ou supposés, comme par rapport à la solidarité avec les souffrances palestiniennes, demeure prégnante. Il en est de même de l’accusation élargie de manière erronée d’« antisémitisme » vis-à-vis de critiques non antisémites de la politique meurtrière menée par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. De ce double contexte décalé, le contexte de la gauche et le contexte des débats publics en général, les uns et les autres en tirent des justifications supplémentaires pour entretenir la polarisation : le pôle « antisioniste » face aux idées reçues du mainstream et le pôle « républicain » face à des impensés actifs au sein d’une gauche radicale plus visible à gauche.

EXEMPLES DE « CÉCITÉS ET LUCIDITÉS CROISÉES » : DE LA GAUCHE FÉMINISTE À LA GAUCHE INTELLECTUELLE

Pierre Bourdieu a identifié dans sa leçon inaugurale au Collège de France une « loi des cécités et des lucidités croisées » parmi ceux qui participent aux différents jeux sociaux (Bourdieu, 1982, p. 22). Pour clore provisoirement mon exploration, je vais mettre la focale sur cette tendance, en privilégiant cette fois une comparaison plus directe de points de vue aimantés par le pôle de la gauche « républicaine » et par la gauche « antisioniste ».

Le mouvement féministe constitue un espace où le pôle « républicain » demeure plus important à gauche sous la dénomination d’un « féminisme universaliste » s’opposant à ce qui est stigmatisé comme « néoféminisme »23. Dans cette perspective a paru le 8 mars 2025 sur le site de La Tribune Dimanche un texte signé par quinze féministes dites « universalistes » (Jaoui, Fourest, Horvilleur et al.). On y dénonce un supposé « féminisme totalitaire », portant une extension relativiste du concept de totalitarisme dans une incohérence logique avec la mise en cause peu après de « tous les relativismes ». Et surtout, dans une liste de violences récentes contre les femmes (en Afghanistan, en Iran, de l’armée russe en Ukraine ou du Hamas), on « oublie » les massacres de Gaza dans une invisibilisation des Palestiniennes meurtries. On voit le 7 octobre, mais on ne voit pas Gaza. Parmi les signataires, Caroline Fourest incarne, on l’a vu, une gauche macronisée, les prises de position de Delphine Horvilleur ont souvent eu un bon accueil à gauche même si sa fonction religieuse la situe à distance du clivage gauche/droite, Agnès Jaoui ou Ariane Mnouchkine sont considérées depuis longtemps comme des femmes de gauche. On n’est pas étonné de la signature de Caroline Fourest, mais la présence de la rabbine Delphine Horvilleur, qui avait incarné jusqu’à présent une ouverture au dialogue interreligieux avec l’islam (Horvilleur, Benzine), apparaît plus inattendue. Toutefois la rabbine est sortie de ce silence le 7 mai 2025, avec l’aggravation des horreurs produites à Gaza à partir du 18 mars 2025, dans un texte publié sur le site Tenoua : « Gaza/Israël : Aimer (vraiment) son prochain, ne plus se taire »24.

Dans le pôle de la gauche radicale et « décoloniale » du mouvement féministe, les cécités et les lucidités sont inversées : on voit Gaza, mais on ne voit pas le 7 octobre. C’est le cas d’un tract produit, dans la perspective des manifestations féministes du 8 mars, par un regroupement d’associations propalestiniennes, antifascistes et juives « antisionistes », et intitulé « Le 8 mars : On arrête tout, surtout les fascistes, les sionistes ». Il est publié le 4 mars 2025 sur le site Paris-luttes-info25. Les mots « fascistes » et « sionistes » ainsi qu’« antisioniste » et « antifasciste » sont associés. L’indifférence de celles qui sont qualifiées de « sionistes » à l’égard des massacres de Gaza y est amalgamée au « fascisme ». La critique des féminicides et des viols du 7 octobre, comme de la politique sexiste du Hamas, n’a pas de place.

Un autre exemple de cécités et de lucidités croisées concerne la gauche intellectuelle. Le sociologue Didier Fassin, auréolé du prestige de sa triple appartenance au Collège de France, à l’Institute for Advanced Study de l’université américaine Princeton et à l’École des Hautes Études en Sciences sociales, revient, le 13 février 2025 dans le site culturel AOC, sur le traitement médiatique en Occident des massacres perpétrés à Gaza par l’armée israélienne (Fassin). Il y parle d’une « police de la pensée » qui « a eu pour conséquence une restriction sans précédent, au moins depuis les années du maccarthysme aux États-Unis, de la liberté d’expression ». Via une exagération polémique qui ne prend pas en compte les déplacements et les différencia- tions des médias occidentaux au cours du temps, il perçoit toutefois bien une tendance de la presse mainstream, en remettant en pleine lumière, à l’inverse d’elle, la question des massacres à Gaza. Cependant, d’un autre côté, il relativise : le 7 octobre devient une simple « attaque », le Hamas n’apparaît que comme un « mouvement de résistance » (et non pas, aussi, sous sa filiation théocratique islamiste), la notion d’« antisionisme » est défendue en la bornant uniquement à « la critique de la politique israélienne » et l’antisémitisme est réduit à une « accusation » visant les points de vue propalestiniens (et non pas aussi comme un racisme en recrudescence).

La revue K. Les juifs, l’Europe, le XXIe siècle constitue une revue de la gauche intellectuelle se concentrant sur la situation actuelle des Juifs européens et de l’antisémitisme. Elle a souvent exprimé une remarquable lucidité quant aux impensés de « l’antisionisme de gauche » après le 7 octobre et la façon dont il était poreux à des stéréotypes antisémites. Cependant, quand on fait une recherche sur le mot Gaza sur son site, on ne trouve pas de condamnation claire des massacres opérés à Gaza sous l’égide du gouvernement israélien. La cécité est inversée par rapport à Didier Fassin. Dans un entretien avec le juriste Yann Jurovics, à propos de l’émission de mandats d’arrêt contre des dirigeants du Hamas et israéliens par la Cour pénale internationale, Stéphane Bou (rédacteur en chef) et Elie Petit (rédacteur en chef adjoint) avancent dans une de leurs questions : « Il y a néanmoins un problème de taille : dresser la liste des accusations contre les dirigeants du Hamas en même temps et dans le même texte que celui qui dresse la liste des accusations contre Netanyahu et Gallant dresse un parallèle entre les accusés. […] car n’est-ce pas un geste politique ou symbolique problématique de conjoindre ainsi les accusations ? » (Jurovics). La primauté donnée à l’horreur du 7 octobre freine la prise en compte des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité mis en cause dans les mandats de la CPI.

Dès le 8 novembre 2023, le chapeau d’un article du philosophe Bruno Karsenti (membre de l’équipe éditoriale) parle de « l’appel légitime au cessez-le-feu ». Le texte lui-même est pris entre deux types d’affirmation : 1) « puisqu’Israël est un État de droit, la restauration de sa sécurité ne peut pas se payer d’un prix qui équivaudrait à des pertes humaines massives et insupportables, contraires aux droits fondamentaux, dans la population de Gaza », et 2) « la mort des Palestiniens sous les bombes israéliennes, le désastre de la situation sanitaire, ne sont pas et n’ont jamais été le résultat recherché de la réponse israélienne » (Karsenti, 2023). Plus tard, il écrit dans la nouvelle introduction à la republication en octobre 2024 d’un article initialement paru en mars 2024 :

Face aux attaques du 7 octobre, la guerre devait être menée, avec son double but : la libération des otages et le rétablissement durable de la sécurité d’Israël, c’est-à-dire l’éradication du Hamas. Cela dans les conditions inextricables d’un combat où l’adversaire souhaite le martyre de son peuple et où Israël en tant qu’État juif et démocratique doit veiller à ce qu’il n’arrive à aucune de ses fins, y compris celle-là. Or ce n’est pas ce qui est en train de se produire (Karsenti, 2024).

Et le texte de mars 2024 se conclue ainsi : « Ce qui sup- pose d’abord de cesser la guerre telle qu’elle est actuellement menée ». Une reconnaissance partielle des massacres et une critique timide de la politique israélienne à Gaza sont donc présentes, mais pas dans une prise de conscience nette de l’ampleur des crimes commis et encore moins des responsabilités de l’État israélien, dont les bombardements initiaux de civils sont même légitimés.

La notion foucaldienne de « formation discursive » offre un outil limitant ce croisement des cécités et des lucidités en invitant à construire un espace global de discours. Par ailleurs, en revendiquant une théorie politique critique adossée à un horizon normatif d’émancipation sociale globale, on freine la tentation d’insensibilités partielles et partiales face aux malheurs du monde, sans pour autant glisser sur la pente d’un « tout se vaut » relativiste.

*

Je me suis efforcé de suivre dans ce texte certains conseils méthodologiques de Pierre Bourdieu, sans pour autant recourir à ses instruments théoriques, quand il s’agit de bâtir de l’intelligibilité réglée à propos de faits dispersés dans nos expériences successives et partielles du monde, par deux modalités : 1) mettre en perspective historique le présent ; et 2) resituer des éléments habituellement séparés au sein d’un espace global (Bourdieu, avec Wacquant, 1992). Cela constitue une contre-tendance face à la pente « des cécités et lucidités croisées ». Car, ceux qui perçoivent le dénigrement du combat contre l’islamophobie et de la solidarité avec Gaza ne sont pas les mêmes que ceux qui perçoivent l’indifférence vis-à-vis de l’antisémitisme et de la diabolisation du « sionisme ». Dans cette polarisation borgne, le confusionnisme c’est surtout les autres ! À ce moment de notre exploration des égarements idéologiques et politiques actuels, on peut se demander avec Maurice Merleau-Ponty dans Humanisme et terreur : « N’y a-t-il pas comme un maléfice de la vie à plusieurs ? » (Merleau- Ponty, p. 68). Ce qui, sans conscience critique globalisante de ce qui se passe, est en train de nous mener au bord du précipice de l’extrême droite, en France et dans d’autres pays sous d’autres modalités. Comme l’écrit Jean-Jacques Rousseau dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes : « Tous coururent au-devant de leurs fers croyant assurer leur liberté. » (Rousseau, p. 239)

Saurons-nous dès à présent préparer l’après-précipice, c’est-à-dire l’après-moment d’extrême droite qui est en train de gagner une partie du monde ? Avec des outils analytiques et critiques liés à un idéal d’émancipation, donc non « neutres », et puis, surtout, des pratiques alternatives aux polarisations désastreuses en cours. Dans le contexte de gauches en décombres, la création du RAAR (Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes) en février 2020 a constitué une frêle bonne nouvelle. C’est pourquoi je l’ai rejoint quelques mois après sa constitution. L’engagement radical dans la nuance et pour la nuance (cf. Birnbaum) est plus que jamais requis dans des jours sombres qui sont les nôtres et qui risquent de durer.

Philippe Corcuff, Sciences Po Lyon et CERLIS (UMR 8070, CNRS-Université Paris Cité-Université Sorbonne Nouvelle)

ŒUVRES CITÉES

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Rousseau, Jean-Jacques, 1992, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes [1755], Paris, GF-Flammarion.

Seniguer, Haoues, 2022, La République autoritaire. Islam de France et illusion républicaine (2015-2022), Lormont, Le Bord de l’eau.

Seniguer, Haoues, 2023, « Il faut distinguer rigoureusement celles qui portent l’abaya de l’islam en tant que tel », site de La Croix, 12 septembre, https://www.la-croix.com/debat/Il-faut-distinguer-rigoureusement-celles-portent-labaya-lislam-tant- tel-2023-09-12-1201282395 [consulté le 09/12/2024].

Storti, Martine, 2022, « Néoféminisme », in Alain Policar, Nonna Mayer & Philippe Corcuff (dir.), Les mots qui fâchent. Contre le maccarthysme intellectuel, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, p. 111-116.

Tiberj, Vincent, 2024, La droitisation française. Mythe et réalités, Paris, PUF.

Valls, Manuel, 2013, « L’islamophobie est le cheval de Troie des salafistes », entretien avec Agathe Logeart, site du Nouvel Obs, 31 juillet, https://www.nouvelobs.com/politique/20130731.OBS1612/manuel-valls-l-islamophobie-est-le-cheval-de-troie-des-salafistes.html> [consulté le 09/12/2024].

NOTES

1 Cf. La Grande confusion (Corcuff, 2021, p. 401-448) et pour un prolongement (Corcuff, 2022b).

2 Pour une vue élargie du point de vue international sur l’après 7-octobre à gauche, cf. le dialogue entre le politiste français enseignant à Londres Philippe Marlière et le sociologue britannique Ben Gidley (Marlière, Gidley, 2024).

3 Je converge avec les analyses de Vincent Tiberj selon lesquelles l’extrême droitisation en cours des débats publics en France ne constitue pas une extrême droitisation de la société française, plus composite et mouvante.

4 Des interférences « diagonales » dira-t-on plutôt dans le monde anglophone, où la notion de diagonalism (Callison & Slobodian) apparaît proche de celle de confusionnisme.

5 Sous le second mandat de Dominique Sopo à la présidence de SOS Racisme, depuis 2014, cette association a de plus en plus pris en compte ce qu’elle préfère appeler « musulmanophobie » ou « racisme anti-musulmans ».

6 Cf. un appel à la manifestation du 7 novembre 2004, qui est en même temps un premier constat quant aux divisions antiracistes (Benhelal & Corcuff, 2004).

7 Sur les convergences et les différences entre l’approche littéraire du Printemps républicain formulée par Aurélien Bellanger et des travaux de science politique, voir Corcuff & Seniguer, 2024.

8 Pour des applaudissements aux massacres du 7 octobre 2023 au sein de la gauche radicale et décoloniale, cf. le communiqué du NPA du 7 octobre, https://npa-lanticapitaliste.org/communique/offensive-de-gaza-nous-sommes-tous-et-toutes-palestiniennes (rectifié par un communiqué le 9 octobre, https:// npa-lanticapitaliste.org/communique/offensive-de-gaza-les-solidarites-du- npa-vont-la-lutte-legitime-du-peuple-palestinien) ; le tweet du 7 octobre d’Anasse Kazib (du groupe trotskyste Révolution permanente), https://x. com/AnasseKazib/status/1710616347124641851 ; le communiqué du syndicat Solidaires étudiant.e. EHESS le 8 octobre, https://x.com/SolidairesEHESS/ status/1711063251843248467 ; ou le tweet du PIR du 8 octobre (repris sur le site de Marianne, 14 octobre 2023, https://www.marianne.net/politique/lrem/gerald-darmanin-a-t-il-annonce-vouloir-dissoudre-le-parti-des-indigenes-de-la-republique).

9 Cf. https://x.com/JLMelenchon/status/1721968817012650060

10 Cf. un extrait de la vidéo dans « Les grandes Gueules », RMC, 1er décembre 2021, https://www.dailymotion.com/video/x85zjwh

11 Cf. « Pour un 25 novembre aux couleurs de la solidarité avec la Palestine » : https://blogs.mediapart.fr/organisations-feministes-et-lgbtqia/blog/201123/pour-un-25-novembre-aux-couleurs-de-la-solidarite-avec-la-palestine

12 Cf. « Propagande de guerre pro-israélienne : notre féminisme ne se laissera pas enrôler ! », https://www.lemediatv.fr/articles/2023/propagande-de-guerre-pro-israelienne-notre-feminisme-ne-se-laissera-pas-enroler- i7Hc1eCST7miT1iGrjVL3A

13 Cf. la vidéo reprise sur le site du Nouvel Obs, le 31 octobre 2023, https://www.nouvelobs.com/monde/20231031.OBS80261/guerre-israel-hamas- saisines-de-l-arcom-pour-des-propos-tenus-par-guillaume-meurice-et- caroline-fourest.html

14 Cf. https://www.youtube.com/watch?v=5riRhsKYH0Q.

15 Cf. https://www.bfmtv.com/replay-emissions/le-20h-de-ruquier/le-20h-de-ruquier-israel-pret-a-sacrifier-les-otages-10-10_VN-202310100957.html.

16 Cf. https://x.com/CarolineFourest/status/1718878528383361401.

17 Cf. « Pierre Haski : “Les Palestiniens, c’est votre angle mort” ; Bernard Henri-Lévy : “Non, je suis de ceux que ces images rendent malade” », https://www.liberation.fr/idees-et-debats/pierre-haski-les-palestiniens-cest-votre-angle-mort-bhl-non-je-suis-de-ceux-que-ces-images-rendent-malade-20240322_QAD3HHZQVJCJNJ4G7KK5ORF77Q/.

18 Cf. https://x.com/CharlieDechaine/status/1733812927143002376?t=6k- nuVvpYMpFkwXY6c_aZw.

19 Cf. https://www.bfmtv.com/police-justice/synagogue-attaquee-haim- korsia-grand-rabbin-de-france-accuse-la-france-insoumise-de-desinhibition- de-l-antisemitisme_VN-202408260696.html.

20 Cf. sur le site de l’ONU : https://www.un.org/unispal/wp-content/ uploads/2016/04/ARES181II.pdf.

21 Cf. « Kanaky, Palestine : les universités françaises censurent les libertés académiques et la liberté d’expression », https://www.sudeducation.org/ communiques/kanaky-palestine-les-universites-francaises-censurent-les- libertes-academiques-et-la-liberte-dexpression/

22 J’étais présent lors de ce Conseil d’administration en tant qu’élu enseignant-chercheur.

23 Des féministes se définissant comme « universalistes », comme Martine Storti, peuvent toutefois critiquer les usages conservateurs du terme « néoféminisme » (Storti).

24 https://tenoua.org/2025/05/07/gaza-israel-aimer-vraiment-son-prochain- ne-plus-se-taire/

25 Cf. https://paris-luttes.info/le-8-mars-on-arrete-tout-surtout-19210.