Jérôme Bourdon, Université de Tel Aviv, Université Paris Panthéon Assas
Cet article explore le débat entourant l’utilisation des analogies dans la couverture du conflit israélo-palestinien, en analysant deux cas qui ont déclenché ce qu’on pourrait appeler un « scandale analogique », sur la base d’un corpus LexisNexis dans la presse internationale (en anglais seulement) : l’affaire « Auschwitz-Saramago » de 2002 (64 items) et l’affaire « Apartheid-Carter » de 2006-2007 (154 items). En s’appuyant sur la tripartition aristotélicienne du logos, de l’éthos et du pathos, l’article déploie la structure argumentative des controverses. Carter et Saramago ont utilisé leur statut personnel (éthos) et le caractère émotionnel de leurs analogies (pathos) pour déclencher un débat. Les commentateurs ont adopté leur focalisation sur l’éthos (les arguments relatifs à l’autorité et au caractère des auteurs) et sur le pathos, et ont négligé d’approfondir la question du logos (la pertinence de l’analogie en termes de ressemblances entre des situations historiques différentes). Les opposants, qui constituaient la majorité des commentateurs, ont considéré les analogies comme un moyen de porter un jugement sur l’un des acteurs du conflit (Israël) et de se mobiliser contre lui. Cette analyse suggère que, malgré les appels à une utilisation plus prudente (voire à l’interdiction) des analogies discutées, les participants au débat sur le conflit israélo-palestinien sont poussés à y recourir, de façon répétée, en raison de leur force polémique, avec des motivations qui incluent toujours un but : (re)mettre le sujet à l’ordre du jour du débat public, et adopter sur ce sujet un parti-pris donné contre un acteur donné, déclenchant de façon immanquable une levée de condamnations, suivies de plaidoyers en faveur moins de l’analogie elle-même que de celui qui en fait l’usage. En conclusion, nous illustrons la permanence de ce mécanisme à propos d’une affaire française toute récente, l’usage d’une analogie entre Auschwitz et Gaza par Rony Brauman, à Paris, en janvier 2025.
Mots-clés : Analogie, conflit israélo-palestinien, polémique, éthos, pathos, logos