Shaul Shetter, Rédacteur en chef de la revue Théorie et critique, Institut Van Leer Jérusalem
Cet article propose un mode de critique rapprochée — une forme d’engagement théorique née des conditions de guerre prolongée, d’effondrement et de déstabilisation ontologique. À partir de la guerre en cours en Israël/Palestine et de la destruction catastrophique de Gaza, l’article remet en question la viabilité des formes traditionnelles de distance critique et de jugement universaliste. Il explore plutôt la critique comme proximité : une pratique immanente, affectivement impliquée et politiquement complexe. En s’engageant avec les débats récents sur les limites de la critique, Setter décrit le moment actuel comme un temps d’effondrement et interroge ses implications sur le discours politique en Israël et au-delà. Il analyse les dynamiques mimétiques et spectrales de la guerre numérique, la production médiatique de proximité et de distance, ainsi que la logique de miroir infini structurant les réactions publiques à la violence. En s’appuyant sur Susan Sontag, Maurice Blanchot et Achille Mbembe, l’article examine comment les médias, le traumatisme et l’idéologie s’entrelacent pour façonner les imaginaires politiques contemporains. Il plaide finalement pour une critique qui ne fuit pas la contradiction ni ne cherche une résolution prématurée, mais qui s’attarde dans les apories — notamment celles des positions anti-guerre en Israël — et insiste pour penser depuis la catastrophe, et non malgré elle. La critique rapprochée devient ainsi à la fois une nécessité éthique et une forme de persistance politique.
Mots-clés : Israël/Palestine, théorie critique, critique, médias, violence spectrale, réponse mimétique