Vered Maimon. La violence des images, l’image de la violence

Cette notice fait partie du dossier: HORS-SÉRIE : Après, avec et malgré le 7-octobre
Vered MaimonProfesseure associée en histoire de l’art, Université de Tel Aviv
Paru le : 01.08.2025

Vered Maimon, Professeure associée en histoire de l’art, Université de Tel Aviv

Cet article examine l’utilisation sans précédent de la violence diffusée en direct par les militants du Hamas le 7 octobre 2023, qui portaient des caméras GoPro pendant qu’ils commettaient des actes de terreur contre des civils israéliens. Vered Maimon soutient que ces images ne servent pas simplement à documenter les événements, mais agissent comme des instruments actifs de violence, d’humiliation et de mobilisation politique à travers les réseaux sociaux. L’article explore la manière dont les technologies numériques contemporaines transforment les pratiques de témoignage, en dépassant les cadres épistémologiques traditionnels vers des modes d’adresse affectifs qui consolident des « mondes » exclusifs au lieu de publics universels. L’analyse révèle comment les images filmées avec des GoPro produisent une forme troublante de vision non anthropocentrique où la subjectivité est distribuée entre corps, caméras et environnements, créant une documentation sans témoins humains. Cette médiation technologique permet ce que Maimon appelle un « témoignage sans témoin », où tout est enregistré mais rien n’est véritablement vu par des sujets humains. La réaction mondiale au 7 octobre a illustré des formes de « démenti pervers » qui contextualisaient soit la violence dans des récits de décolonisation, soit la sacralisaient par des comparaisons avec la Shoah, empêchant dans les deux cas une reconnaissance authentique de la catastrophe. Maimon critique les mécanismes de « construction de mondes » des réseaux sociaux qui favorisent un manichéisme moral et un binarisme politique, perpétuant au lieu de contester les structures de violence existantes. L’article se conclut en se demandant si les technologies d’imagerie non humaines contribuent à une politique éthique, ou si elles ne font qu’intensifier les cycles de violence réciproque.

Mots-clés :  Israël/Palestine, massacre du 7 octobre, témoignage, violence GoPro, déni politique, communautés affectives