Yuval Kremnitzer, Maître de conférences à la Bezalel Academy of Arts and Design, Jérusalem
Cet article examine le phénomène du « réalisme catastrophique » qui a suivi l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, en explorant la manière dont les événements catastrophiques remodèlent le discours politique et l’expérience subjective. Yuval Kremnitzer soutient que si l’attaque a été vécue comme un « signal d’alarme » collectif, elle a paradoxalement renforcé une forme destructrice de réalisme qui présente la guerre totale comme la position ultime de la sobriété. S’appuyant sur le concept d’événement d’Alain Badiou et l’analyse de la catastrophe de Walter Benjamin, l’auteur distingue les événements émancipateurs qui ouvrent de nouvelles possibilités et les « anti-événements » catastrophiques qui excluent toute imagination politique. L’essai critique la manière dont le réalisme catastrophique contemporain fonctionne selon une « règle du pire », où la menace constante d’une escalade normalise la violence et efface la frontière entre l’exception et la normalité. Contre le faux choix entre analyse contextuelle et reconnaissance du traumatisme, Kremnitzer propose de comprendre comment les catastrophes politiques fonctionnent comme des expériences limites qui effondrent les distinctions temporelles et spatiales. L’essai se termine par un appel à la défétichisation de la guerre en tant que réalité ultime et à la culture de nouvelles alliances politiques qui résistent à la cannibalisation du traumatisme collectif à des fins destructrices.
Mots-clés : événement/anti-événement, Israël/Palestine, réalisme catastrophique, Traumatisme