Négociation de la pratique mémorielle : l’exemple d’Utøya

> Par François-Denève, Corinne
   Université de Bourgogne / CPTC
> Paru le : 07.04.2020
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How could the 2011 Utøya massacre in Norway be remembered? « Utøya » actually encompasses two events: the killing of 69 young girls and boys, members of the Workers’ Youth League, on the island, and the bombings in Oslo, who occurred just before, killing 8. The memory of this “22. Juli” is thus twofold: private and public, intimate and o·cial. This article sums up the di.erent ways with which the country tried to negotiate the memorialization processes of this extremely traumatic event.

Keywords: Utøya, Oslo, Norway, Breivik, politics of remembrance.

Le 22 juillet 2011, Anders Behring Breivik fait exploser une bombe dans le quartier des ministères à Oslo avant de prendre un ferry pour l’île d’Utøya, où se déroule la réunion annuelle de l’A.U.F. (Ligue des jeunes travaillistes). Se faisant passer pour un policier, il tire au hasard sur les jeunes gens présents. Au total, les deux attaques font 77 morts et de nombreux blessés. Ce double attentat marque les Norvégiens, à plusieurs titres. C’est en effet le massacre le plus meurtrier que le pays ait connu sur son sol depuis la Seconde Guerre mondiale. On estime ainsi qu’un Norvégien sur quatre connaissait de près ou de loin une des victimes – ces chiffres, qui insistent sur la rémanence, au niveau des individus, d’un traumatisme national, sont fréquents dans les pays scandinaves, relativement peu peuplés ; sur un tout autre plan, le drame de l’Estonia, en Suède, en 1994, avait fait l’objet de semblables mesures statistiques. De vifs débats entourèrent également l’événement, au nombre desquels une enquête sur d’éventuels manquements de la part de la police norvégienne. De fait, pour diverses raisons, structurelles ou conjoncturelles, malheureuses ou inévitables, l’intervention des forces de l’ordre à Utøya semble avoir été extrêmement tardive. Ce sont des civils qui ont assisté aux premières heures de la fusillade et ont procédé, avec un grand courage, à l’évacuation de nombre d’adolescents. S’ajoute donc, là encore, une mémoire privée, directe, intime, du traumatisme. Enfin, les attentats perpétrés par Breivik réveillèrent d’autres fantômes en Norvège. Le terroriste, à l’appui de son geste, a en effet invoqué ses sympathies pour l’extrême-droite, ravivant ainsi la hantise de la période Quisling (voir Eydoux, 2018). Devenu « Fjotolf Hansen » en juin 2017, Breivik purge depuis 2012 une peine de 21 ans de prison, la peine maximale possible en droit norvégien, durée à l’issue de laquelle la détention peut être prolongée de cinq ans en cinq ans si la justice l’estime nécessaire. Peu désireux de se faire oublier, Breivik-Hansen, de sa cellule, multiplie les procédures, en appelant par exemple en 2017 à la Cour européenne des Droits de l’homme quant à ses conditions de détention, qu’il juge inhumaines (La CEDH a jugé la plainte irrecevable en juin 2018).

La dimension symbolique des cibles visées (le siège du gouvernement et une réunion festive de jeunes militants de gauche), le nombre et la jeunesse des victimes, la publicité de la première attaque (filmée par les caméras de surveillance ; l’attentat a provoqué un nuage de fumée visible dans toute la ville, les transports ont été interrompus), ou au contraire l’invisibilité relative de l’attaque d’Utøya, (dont ne subsistent que quelques images peu montrées, en raison de l’âge des victimes) ont évidemment généré une forte émotion, et de nombreux hommages. Les premiers furent, en un sens, tragiquement traditionnels : minutes de silence ; réunion solennelle du Parlement en présence du gouvernement, du roi, du prince héritier et des familles des victimes, à qui l’on a donné la préférence face aux « officiels » ; récitation, à cette occasion, de la litanie des noms des morts ; dépôt de fleurs et de bougies en grand nombre, sur les lieux des attentats ou devant des endroits consacrés, comme la cathédrale d’Oslo ; concert qui met à l’honneur une chanson de 1994, « Mitt lille land » (« mon petit pays »), devenue une sorte d’hymne rassembleur autour d’une nation qui tente collectivement de panser ses plaies.

Peu après l’attentat, une stèle, située sur le terrain de camping qui fait face à l’île, est érigée à la mémoire des victimes. D’abord couverte de fleurs et ornée d’un drapeau norvégien, elle est désormais plus dépouillée. Un autre ouvrage a été construit le long de la route E16, sur une aire de repos qui offre une vue sur Utøya. D’autres monuments du souvenir, signés Nico Widerberg, ont été également installés localement, dans les communes d’origine des victimes qui ont bien voulu le faire – la ville d’Oslo a refusé d’en accueillir un.

La question de l’érection d’un monument commémoratif national se posa très rapidement. On l’a vu, la mémoire du « 22. Juli » n’est toutefois pas aisée à construire. Comment, ainsi, commémorer la mémoire d’un double attentat commis en deux lieux différents, avec des victimes également fort différentes ‒ de jeunes militants de gauche d’un côté, des civils du quartier des ministères de l’autre, occasionnant un inextricable mélange privé/public, familial/ officiel ? Cette question de la mémoire de l’événement a été l’occasion d’un nombre certain de réévaluations, de négociations – au nom justement d’un principe démocratique qui serait l’exact contraire des actes de Breivik, une façon, per se, de définir l’essence de la mémoire de l’événement que la Norvège chercherait à construire. En affichant cette valeur démocratique, de fait, la Norvège peut aussi re-négocier son propre passé : Breivik serait en un sens utilisé comme un substitut de Quisling, pour l’enterrer définitivement, et la Norvège de la collaboration avec lui.

Tandis que le centre-ville d’Oslo garde encore quelques traces de l’attentat – sortes de reliques intouchées – la question la plus sensible concerne le massacre de l’île d’Utøya – objet d’une double commémoration privée et publique. Dès les lendemains de l’attaque, l’AUF, propriétaire de l’île d’Utøya, avait manifesté sa volonté de se réapproprier le lieu, et de continuer à le faire vivre en tant que centre actif du mouvement. Il s’agissait d’inscrire le traumatisme dans une continuité qui le dépassait et donc le réparait, d’autant que les réunions de l’AUF sont pensées par leurs membres comme des occasions d’« apprentissage de la démocratie », exact contrepoint, encore une fois, des actes et de l’idéologie de Breivik – il reste à savoir si cette valeur est portée par la seule AUF, qui l’affiche ou la récupère à la faveur de l’attentat, ou par la Norvège entière… De fait, le rassemblement annuel de l’AUF de 2012 a été annulé, les deux suivants ont été délocalisés. Pendant quatre années, l’île a ainsi été l’objet d’un recueillement uniquement privé et familial. Cependant, tout au long de ces années, l’AUF a aussi procédé à la réhabilitation des anciens bâtiments, et en a reconstruit de nouveaux, en bois. La cafétéria, dans laquelle treize victimes étaient mortes, qui devait être démolie, a finalement été maintenue en l’état, en conservant les impacts de balles. Elle a été conservée, comme « sanctuarisée », à l’intérieur d’une « maison de la sauvegarde » (« Hegnhuset »), inaugurée en 2016. La construction de cette Hegnhuset, qui est un « learning centre » (pour la démocratie) obéit à des lois symboliques : le toit est tenu par 69 colonnes (pour le nombre de victimes) et entouré par 495 poutrelles (le nombre de survivants ; on les célèbre donc « autant » que les victimes). La décision de reprendre les rassemblements à Utøya est loin d’avoir fait l’unanimité : sous un important dispositif policier, l’AUF a pour la première fois réutilisé le lieu en août 2015 (soit le mois suivant la date de l’événement ; décision avait été prise de laisser passer la date-anniversaire). Certains témoins ont cependant refusé de retourner sur l’île, jugeant que le temps de l’attentat était encore par trop proche.

C’est aussi lors de cette même année 2015, toujours quatre ans après l’événement, qu’a été inauguré un mémorial à Utøya. Voulu par l’AUF, branche « jeunesse » d’un parti politique, le monument n’est donc en rien une initiative étatique. Bien plus : l’AUF revendique l’idée que ce monument relève de la sphère privée, et qu’il n’est aucunement question de procéder à une récupération, ou à une valorisation politique. Les victimes célébrées ne seraient pas seulement des membres de l’AUF, mais surtout de jeunes gens fauchés de façon indigne. Le monument a en effet été conçu en lien étroit entre les familles et l’artiste Marianne Heier. Dans un lieu appelé « la clairière » (« Lysninga »), situé au milieu des bois, au nord, et au plus haut de l’île, une structure (« Ringen », l’anneau, le cercle) superpose deux dimensions : au sol, un cercle en dalles de schiste et, au-dessus, suspendue aux arbres, une structure ronde, en acier, épousant la forme de la clairière, qui porte les noms et les âges des victimes – neuf familles ont refusé l’inscription de leur enfant sur le monument. La personne qui entre dans le rond et lève les yeux vers les arbres, au milieu de la nature, est amenée à lire les noms et les (jeunes) âges. L’objectif, selon l’artiste, était de ne pas « narrativiser » l’événement, mais de simplement convoquer la mémoire des morts, par la seule grâce de leur nom, tandis que la forme du cercle impose l’idée de quelque chose qui ne peut être brisé. N’est rappelé ni la date ni l’événement.

Les pratiques mémorielles « officielles » ont d’autres impératifs, et se heurtent en ce sens à d’autres problèmes. Le gouvernement norvégien devait ainsi faire face à la difficulté d’honorer tout à la fois les victimes d’Oslo (les ministères étaient visés, cela ne posait en soi pas de souci que ce soit l’État qui s’en charge), mais aussi celles d’Utøya (île privée et propriété de l’AUF, qui pouvait légitimement s’approprier, s’accaparer cette mémoire). Il s’agissait donc de marcher sur une ligne de crête qui ménageait le respect dû aux premières victimes d’Oslo, et les susceptibilités de celles d’Utøya, sans donner de préséance aux unes sur les autres, et surtout sans retirer à l’AUF (et aux familles, que l’AUF entraîne légitimement dans son sillage, parce que les victimes d’Utøya sont plus nombreuses, et plus jeunes) le droit de célébrer sa propre mémoire du massacre. Pour le dire autrement, une partition pourrait être faite d’un point de vue symbolique : à Utøya la mémoire « AUF » de l’attentat, et la mémoire « privée », des familles ; à Utøya et à Oslo (impossible de faire l’impasse sur un des deux lieux, pour l’État) la mémoire « double » et donc forcément fragile du « 22. Juli ». Cette partition supposait une scission, impossible dans un pays qui veut se penser, du fait même de cet attentat, comme un « petit pays » uni. S’ajoutait aussi une autre difficulté quant au mémorial national : pour des raisons pratiques aisément compréhensibles, il était sans doute essentiel de rapatrier la mémoire des attentats dans un lieu central – celui de la première attaque, celui du centre politique du pays – parce que construire le mémorial au centre de la capitale est aussi une façon d’assurer la visibilité de cette mémoire pour qui ne serait pas concerné directement par l’événement – le voyage mémoriel à Utøya a d’autres buts, suppose d’autres visiteurs, déjà informés. C’est d’ailleurs pour cette raison que le « 22. juli-senteret », centre de mémoire dédié aux deux attentats, a été inauguré le 22 juillet 2015 au rez-de-chaussée du bâtiment G du quartier des ministères, à Oslo.

Pour le monument national, le choix de deux lieux s’imposait donc – avec cette idée que le deuxième mémorial sur l’île ne devait pas être en concurrence ou en redondance avec « la clairière ». C’est de fait avant l’inauguration de la « Lysninga » que fut lancé un appel d’offre national. Le gouvernement a confié l’organisation de ce concours à KORO (« Public Art Norway »), organisme professionnel auquel, comme il est d’usage dans les pays scandinaves ou en Grande-Bretagne, le gouvernement délègue l’administration de l’art public. Ce concours fut remporté, en février 2014, au milieu de 300 projets proposés par 46 artistes, par le Suédois Jonas Dahlberg. Son projet, intitulé « Memory Wound » (« la blessure de la mémoire », le terme était en anglais, ce qui laisse à penser que le mémorial avait pour objectif de dépasser le scope d’une simple mémoire « nationale » et d’être compréhensible pour un public global) devait exister en deux endroits distincts, honorant ainsi la mémoire des deux attentats. Le premier projet prenait place sur la presqu’île de Sørbråten, située à environ un kilomètre au nord d’Utøya. La presqu’île s’avance dans le Tyrifjorden en indiquant en quelque mesure la direction de l’île de l’attentat. Il s’agissait de creuser dans un rocher, à la pointe de la presqu’île, interrompant ainsi le trajet vers son finistère, une fente verticale large de 3 mètres et demi, commençant du haut du rocher et plongeant en-deçà de la ligne d’eau. Était ainsi créé un canal, mais également une nouvelle île, artificiellement détachée de Sørbråten, brisant ainsi la direction vers Utøya. Sur un des côtés de la tranchée auraient été gravés les noms des victimes – impossible de les toucher, comme d’ailleurs pour « la clairière », mais ils auraient été visibles de l’autre côté, par les visiteurs restés sur la terre ferme. Les matériaux excavés par ces travaux (1 000 m3 de roche, sable, arbres) devaient être utilisés pour l’érection du second monument, à Oslo – une sorte d’amphithéâtre planté dans le quartier des ministères, qui aurait quant à lui porté le nom des victimes d’Oslo.

On peut imaginer que l’idée de Dahlberg était de figurer le manque, la perte, par la découpe du minéral et du sol, et le retour de ces matières organiques (elles-mêmes reliques d’un mémorial) à l’endroit d’où tout était parti, dans une inversion du geste de Breivik qui pourrait symboliquement valoir réparation. Le projet, chiffré à 27 millions de couronnes (3,2 millions d’euros), devait être inauguré pour l’anniversaire des quatre ans de l’attentat, soit en même temps que « la clairière ».

Dès mars 2014, le projet s’est toutefois heurté à une grande résistance. Les riverains de Sørbråten, ceux-là même qui avaient participé au sauvetage des adolescents, ont fait savoir qu’ils ne voulaient pas que leur sol porte la marque de l’attentat de Breivik – le traumatisme en était suffisamment présent dans leur esprit, sans qu’un monument vienne le leur rappeler chaque jour. Leur avocat, le Norvégien Harald Stabell, évoqua des dommages mentaux irréversibles pour ces habitants, qui souffraient déjà de stress post-traumatique, si le mémorial devait être érigé ; un rapport, Nasjonalt kunnskapssenter om vold og traumatisk stress a/s, vint corroborer ses dires en avril 2015. Une autre résistance, venue des habitants de Sørbråten toujours, semblait tout aussi légitime : les riverains revendiquaient un droit au calme, face aux touristes de la mémoire, ou aux scolaires, qui n’auraient pas manqué d’affluer sur les presque lieux du drame. La qualité artistique du monument a pu également être qualifiée de douteuse et par là-même critiquée. Le projet, même inachevé, a toutefois remporté des prix. Objection plus intéressante, car plus objective : le projet de Dahlberg a fait polémique en ce sens qu’il proposait de découper un rocher, et de transporter plus loin les matériaux ainsi obtenus. L’idée en était très claire pour Dahlberg : il s’agissait d’opérer une « coupure dans la nature elle-même », pour évoquer les événements tragiques de « manière physique et directe ». Or pour des Norvégiens, proches de leur nature et de leur terre-mère, c’était aussi en un sens ajouter un crime au crime – certains ont même parlé d’un « viol » de la nature (« våldtäkt av naturen »). D’aucuns ont ainsi proposé, si le mémorial était érigé, de combler la fissure, reprenant le geste immémorial du « Kintsugi », au Japon – réparation à dimension sacrée des poteries brisées… En fait, on peut émettre l’hypothèse que le reproche séminal adressé à cette « memory wound » était celui-ci : il commémorait une blessure, justement, en représentant la perte, le vide. La mémoire que ce monument exhibait de l’événement était celle d’une perte que rien ne pouvait combler. En un sens, ce monument rappelait le geste de Breivik et semblait davantage être un mémorial pour l’attentat que pour ses victimes.

Après une série de passes d’armes diverses, en juin 2017, le gouvernement norvégien, par la voix du ministre Jan Thore Sanner, a fait machine arrière et annulé le projet. Le retrait prudent du gouvernement norvégien a été à son tour l’objet de nombre de polémiques, d’autant que Sanner a ensuite confié la question du mémorial non plus à KORO mais à un organisme relevant directement du gouvernement, provoquant des réactions indignées quant à cette manifeste ingérence de l’État dans les affaires culturelles. L’artiste Jonas Dahlberg a de son côté également protesté, évoquant la liberté intrinsèque de l’art et la toute-puissance de la création, seules aptes à « réparer » les vivants – et domaine dans lequel, en tout cas, le politique, au sens large, ne devrait pas avoir droit de cité. Divers intellectuels et penseurs ont élevé la voix, tentant de venir au secours de Dahlberg : pour eux, tout mémorial est polémique, et il s’agirait de ne pas céder au diktat de l’affect. Des voix sages et conciliantes se sont fait également entendre, nombre de gens évoquant surtout la rapidité de la commande mémorielle – il a fallu dix ans pour la complétion de « Ground Zero », et treize ans pour l’érection d’un monument en mémoire des victimes suédoises du tsunami.

En février 2017, l’AUF, soutenue par des familles des victimes, avant tout soucieux d’éviter de longues procédures juridiques (Dahlberg avait toute légitimité à contester l’annulation de sa commande, les riverains toute latitude de porter l’affaire devant les tribunaux) et dans un souci d’apaisement ‒ ce conflit de mémoire étant suffisamment douloureux pour les victimes ‒ a proposé que le mémorial « officiel » soit donc déplacé à Utøykaia, en face d’Utøya, lieu de départ des ferrys pour l’île – le terrain appartient aussi à l’AUF. L’AUF exprimait le désir louable que l’érection du mémorial national soit source de concorde et non de conflits. C’est donc un parti politique qui a décidé de mettre un terme à l’impasse dans laquelle la commande publique était tombée. Il le faisait, disait-il, au nom de considérations humanistes, de la mémoire privée et intime de l’événement – nul doute toutefois que ce geste honore aussi le parti politique – même si le cynisme n’est sans doute pas de mise ici. Cette proposition, examinée avec intérêt par le gouvernement, qui veut que la proposition soit « discrète et respectueuse » (l’opposé de l’oeuvre de Dahlberg ?) s’est toutefois heurtée à la résistance des habitants d’Utøykaia, peu désireux d’affronter à leur tour la mémoire de cet événement.

Entretemps, un mémorial provisoire a été inauguré à Oslo en juin 2016. Un autre projet, qui devait être installé à Stensparken, n’a finalement pas reçu d’autorisation, du fait de son gigantisme : il s’agissait d’un énorme bouquet de 900 roses d’acier. En 2018, une nouvelle commande officielle a sélectionné le bureau d’architecture du Belge Bas Smets, déjà auteur d’un monument pour les victimes des attentats de Bruxelles. Il s’agira pour l’architecte, en lien avec les Norvégiens Manthey Kula et Matthias Ekman, de proposer un mémorial qui satisfasse tout le monde – le projet n’est pour l’instant pas connu. On notera toutefois que le monument pour les victimes des attentats de Bruxelles, délocalisé dans la forêt de Soignes – 32 bouleaux en cercle comme autant de morts ‒ ressemble beaucoup à « la clairière ».

Lors de la commémoration des sept ans de l’événement enfin, a été inauguré, place Johan Nygaardsvold, à Oslo, un autre monument. Il s’agit d’un mur qui porte le nom et l’âge des victimes des deux attentats. Le matériau en est le verre, ce qui symbolise les vitres brisées par l’attentat du centre-ville d’Oslo.

À la pierre, au granit, à la minéralité indestructible des premiers monuments, droits et rigides, puis au vide, au creux, au manque du « Memory Wound » finalement rejeté, se sont donc substitués des matériaux plus fragiles (le verre), des constructions plus légères et non moins allégoriques (des cercles, en l’air), voire des symboles « vivants » (des arbres) : tout se passe comme si la mémoire de ce 22. Juli voulait décidément s’inscrire dans une continuité d’histoire organique.

ŒUVRES  CITÉES

Eydoux, Éric, 2018, Le Chemin de la trahison. La Norvège à l’heure de « Quisling », Paris, Gaïa.

LIENS UTILES

http://www.jonasdahlberg.com : le site de Jonas Dahlberg indique encore les projets des mémoriaux du 22 juillet, mais les pages ne portent que l’information : « more info coming soon », et un mail de contact.

http://www.jerestecharlie.eu/fr/oslo : site fondé par 19 étudiants en journalisme de l’Axel Springer Akademie (la « team 17 ») après les attentats de Charlie Hebdo, il propose en particulier une étude de « la clairière », et une interview de la psychologue Renate Grønvold Bugge, interlocutrice des jeunes survivants de l’AUF (documents semblant d’être arrêtés en 2016-2017).

https://app.bam.archi/project-page/00-hors-france-metropolitaineout-of-france-construction-lieu-de-culte-memorial/5aa54f075cbb145db9d83910 : évocation de la « clairière » d’Utøya sur le site « Because Architecture Matters ».

 

http://www.bassmets.be/projects/ : site de Bas Smets sur le mémorial des attentats de Bruxelles en forêt de Soignes.

 

https://www.ntnu.edu/july22memory : « July 22 and the negociation of memory » (en anglais), site du « Centre pour le 22 juillet ».